Le patron de Verizon relativise la menace SpaceX
Le directeur général de Verizon, Dan Schulman, balaie les inquiétudes liées au projet de service mobile de connexion directe aux mobiles (D2D) de SpaceX lors d’une conférence consacrée aux résultats du troisième trimestre. Il souligne que l’opérateur de satellites fondé par Elon Musk fait face à des années de construction et à des centaines de milliards de dollars de dépenses pour bâtir un réseau terrestre concurrent.
« Je commencerais simplement par dire que ma philosophie d’action repose en général sur la réflexion approfondie, l’analyse et sur l’idée que rien n’est jamais acquis », répond Dan Schulman, interrogé sur la menace qu’un service D2D de SpaceX représenterait pour les opérateurs américains et sur la question de savoir si Verizon envisagerait un jour un accord MVNO pour donner à un acteur satellitaire accès à son infrastructure.
« Je garde toujours les yeux grands ouverts, ajoute Dan Schulman. De toute évidence, le secteur technologique et le paysage du sans-fil évoluent rapidement, et nous devons évoluer rapidement avec eux. »
Le dirigeant précise qu’il opère « dans l’hypothèse où SpaceX fera tout ce qu’elle dit et l’exécutera sans faute ».
Ces propos font suite à des informations selon lesquelles SpaceX cherche à accéder à au moins 80 000 sites cellulaires américains pour Starlink Mobile. Bloomberg a cité Crown Castle parmi les TowerCo en discussion sur d’éventuelles locations.
Dan Schulman estime que proposer un service concurrentiel nécessiterait de 65 000 à 80 000 sites macro, du backhaul, des équipements RAN et des alimentations électriques substantielles, ainsi que des activités de vente au détail, de service client et de back-office.
Pour le dirigeant, la mise en place complète du réseau prendrait au moins quatre à six ans et coûterait 300 à 500 milliards de dollars (270 à 450 milliards d’euros) sur sept ou huit ans, ce qui donnerait à SpaceX des capacités et une structure de coûts globalement identiques à celles de Verizon aujourd’hui.
« Je pense que SpaceX en a conscience et qu’elle explore une voie potentielle pour créer un réseau terrestre, assure le patron de Verizon. Il n’y a pas de baguette magique, pas d’ingrédient secret, pas de raccourci, pas d’avantage de coût structurel radicalement inférieur. »
Outre les locations de tours, SpaceX prévoit d’associer ses satellites à des stations radio au sol, le tout appuyé par un accord visant à acquérir jusqu’à 14 MHz de spectre apparié dans la bande 800 MHz auprès de Grain Management, pour un service D2D dont le lancement est attendu début 2028.
Dan Schulman soutient que le haut débit par satellite est surtout adapté aux zones isolées et ne peut égaler les réseaux terrestres dans les zones urbaines et périurbaines, qui représentent selon lui environ 98 % du chiffre d’affaires de Verizon.
Pour lui, Verizon continuera d’améliorer son réseau et sa structure de coûts pendant que SpaceX construit le sien. Il met en exergue les perspectives offertes par le spectre en ondes millimétriques (mmWave), les travaux sur des applications 6G et les projets de services dopés à l’IA.
Tout en laissant la porte ouverte à une collaboration avec des fournisseurs de satellites pour une couverture complémentaire, Dan Schulman écarte la perspective d’un accord MVNO et affirme que les accords existants n’offrent pas d’accès détourné.
Il dit ne voir aucun avantage à étendre un accord MVNO à un fournisseur de satellites, tout en observant qu’« il est très difficile de se battre contre quelque chose qui n’existe pas, mais dès qu’ils entreront sur le marché, nous serons férocement concurrentiels ».
Lors d’une conférence sur les résultats trimestriels d’AT&T la semaine dernière, son directeur général John Stankey a exposé pour sa part les avantages dont il estime disposer face à la menace potentielle d’un service D2D de SpaceX.
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