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Des milices palestiniennes contre le Hamas

À Gaza, des organisations arabes supplétives de l'armée israélienne sont de plus en plus actives. Financées par Tel-Aviv, elles constituent un défi militaire et politique pour le mouvement islamiste. L'Autorité palestinienne voit en elles un moyen de reprendre le contrôle d'un territoire dont elle a été chassée en 2007.

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Mohammed Joha. – « Houseless #6 » (Sans domicile n° 6), 2024
© Mohammed Joha

Le 1er septembre 2026, un raid lancé dans l'ouest de la ville de Gaza par une milice locale hostile au Hamas, appuyée par les forces israéliennes, a conduit à la capture du chef de la sécurité intérieure de ce mouvement, M. Moueïn Al-Arabid, recherché de longue date par Tel-Aviv. Quelques jours plus tard, un combattant du Djihad islamique, allié du Hamas, est enlevé puis abattu à Khan Younès, dans le sud de l'enclave, par un autre groupe gazaoui opérant aux côtés des troupes d'Israël. Constituées ou remises en selle à Gaza dès 2024 avec l'aide de Tel-Aviv, dans le contexte du vide sécuritaire créé par la guerre, les milices anti-Hamas n'en sont pas à leurs premiers coups de main armés contre le mouvement et ses alliés. Depuis le « cessez-le-feu » qu'il a conclu avec Israël en octobre 2025, leurs attaques se sont même multipliées, faisant près d'une centaine de victimes (1).

Issus, pour certains, de clans familiaux, comme les Forces de défense populaire (FDP) de M. Rami Hilles (originaire d'une grande famille de la ville de Gaza, mais désavoué par les siens), et le plus souvent proches du Fatah, le parti du président de l'Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, ces groupes comprendraient au total plusieurs milliers d'hommes, contre près de vingt mille combattants et dix mille policiers du côté du Hamas. Outre les FDP, les plus importants sont les Forces populaires, fondées par l'ancien chef de gang Yasser Abou Shabab (tué fin 2025 et remplacé par M. Ghassan Al-Douhaini), l'Armée populaire - Forces du Nord de M. Ashraf Al-Mansi, la Force de frappe antiterroriste de M. Houssam Al-Astal et les Forces de la patrie libre du très redouté Shawki Abou Nassira (dit « le Crocodile »). Elles sont installées dans des camps fortifiés, à proximité de la quarantaine d'avant-postes militaires israéliens érigés le long du côté est de la « ligne jaune ». Tracée par Tel-Aviv lors du « cessez-le-feu » et déplacée plus à l'ouest au fil des mois, cette ligne de démarcation sépare désormais les deux tiers de l'enclave occupés par Israël (ou « zone verte ») de la portion territoriale encore administrée par le Hamas (« zone rouge »). D'après une enquête du journal Haaretz (2), les miliciens et leurs proches disposent notamment dans leurs camps de « modules préfabriqués dotés de climatiseurs », d'une « aire de jeux avec du gazon synthétique », mais aussi d'une « boutique de vêtements » et d'une « épicerie bien garnie » — un « luxe », alors que le reste de la bande de Gaza est frappé par les pénuries alimentaires, d'eau et d'électricité, en raison des restrictions israéliennes, et que la reconstruction reste bloquée…

Financées, équipées et entraînées par Israël, ces organisations supplétives sont devenues un instrument-clé de la stratégie suivie par Tel-Aviv à Gaza. Ainsi, selon le témoignage d'un officier recueilli par Haaretz, l'armée israélienne « envoie des miliciens dans des secteurs difficiles d'accès, situés au cœur du territoire contrôlé par le Hamas (3) », entre autres pour récupérer des drones ou accomplir des missions risquées que les soldats ne peuvent entreprendre eux-mêmes. Mais leurs activités ne se limitent pas aux actions contre le mouvement islamiste. Il les charge aussi d'agir contre leurs concitoyens en assurant le déplacement forcé de populations. En mai 2026, le groupe de M. Abou Nassira a ainsi violemment évacué des centaines de familles d'un quartier oriental de Deir Al-Balah (dans le centre de l'enclave) afin de faire place nette pour les troupes d'occupation (4). Un militaire israélien raconte avoir vu, lors d'une opération conjointe, des miliciens « tirer sur les gens » pour les déloger de chez eux, puis « incendier les maisons » après avoir « volé tout ce qu'ils pouvaient » (5). Les milices sont également accusées du pillage de convois d'aide humanitaire, de contrebande, d'extorsion, mais aussi d'assassinats de civils soupçonnés d'être proches du Hamas — d'après une commission d'enquête des Nations unies (6), celui-ci est l'auteur de nombreuses « exécutions sommaires et extrajudiciaires » de collaborateurs d'Israël et de militants du Fatah.

Reprendre pied à Gaza

En juin 2025, face aux critiques suscitées par les révélations sur le soutien apporté en secret par Tel-Aviv à ces milices, le chef du gouvernement, M. Benyamin Netanyahou, a reconnu avoir recours à des groupes supplétifs et à des clans locaux pour lutter contre le Hamas. « Où est le problème ?, a-t-il déclaré. C'est une bonne chose car cela permet d'épargner la vie de soldats (7). » De fait, la stratégie israélienne concernant ces groupes répond à un objectif précis poursuivi par M. Netanyahou : fragmenter la société gazaouie et empêcher l'émergence d'une entité politique unifiée dans la bande côtière (8). C'est pourquoi celui-ci martèle depuis le début de la guerre qu'Israël exclut toute possibilité de voir l'AP remplacer le Hamas dans l'enclave.

Ce faisant, M. Netanyahou passe sous silence le rôle joué par l'AP, sise à Ramallah (Cisjordanie), dans le « marigot milicien » de Gaza. Maintenue dans l'ombre, son implication auprès des groupes supplétifs, dont la plupart des chefs sont d'anciens employés des forces de sécurité de l'AP, est documentée par plusieurs médias — malgré les démentis officiels de Ramallah — et a été confirmée par Abou Shabab et M. Al-Astal eux-mêmes (9). Selon des sources sécuritaires palestiniennes, l'aide que leur fournit l'AP leur parvient sous l'égide de M. Bahaa Balousha, une figure du service de renseignement général de l'AP, natif de l'enclave et proche du président Abbas (10). Des membres de milices seraient ainsi rémunérés par l'AP, qui aurait même fait transférer — avec l'aval d'Israël — des combattants blessés dans des hôpitaux de Cisjordanie, où ils auraient été soignés sous une fausse identité (11).

En appuyant ces groupes armés, le régime de M. Abbas veut reprendre pied à Gaza, d'où le Hamas a chassé l'AP en 2007, et à affaiblir son rival islamiste. En outre, malgré l'opposition d'Israël, il entend s'imposer comme un interlocuteur incontournable de la « communauté internationale » dans le cadre de la reconstruction prévue par le « plan de paix » de M. Donald Trump.

Voir en ligne : /2026/11/PIRONET/70186

(1) Cf. en particulier Nasser Khdour, « Who are the Israel-backed armed groups fighting Hamas in Gaza ? », Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled), 27 avril 2026.

(2) Yarden Michaeli, Yaniv Kubovich et Jack Khoury, « “Israel is sending armed militias in Gaza to commit war crimes — and I have to protect them” », Haaretz, Tel-Aviv, 27 août 2026.

(3) Ibid.

(4) Cf. Thaer Abu Aoun, Mahmoud Bashir et Omar Moussa, « Expanding evacuation zone, Israeli-backed militia forcibly displaces hundreds of families from Deir Al-Balah », Mada Masr, 20 mai 2026.

(7) Sebastian Usher, « Netanyahu confirms Israel arming clans opposed to Hamas in Gaza », BBC News, Londres, 5 juin 2025.

(8) Giorgio Cafiero, « Gaza's armed fragmentation : clans, militias, and rival power centers », Stimson Center, Washington, DC, 27 octobre 2025.

(9) Cf. notamment Ben van der Merwe, Sam Doak et Celine Alkhaldi, « Revealed : the plan for a “New Gaza” — and the four militias Israel is backing to defeat Hamas », Sky News, 25 octobre 2025, et « Gaza militia leader denies involvement in aid killings, discusses PA, GHF collaboration », The Jerusalem Post, 11 juin 2025.

(10) Cf. Jonathan Sacerdoti, « Is Hamas's grip on Gaza weakening ? », The Spectator, Londres, 10 juin 2025, et Mohsen Mohammad Saleh, « Political analysis : armed collaborator groups in Gaza Strip : what are the prospects ? », Al-Zaytouna Centre for Studies and Consultations, Beyrouth, 9 décembre 2025.

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Gaza, juger les complices

Tel-Aviv n'est pas seul coupable des crimes commis depuis trois ans. Il appartient aux peuples de se saisir de la question, en examinant les implications de leurs gouvernements. Au Royaume-Uni, un tribunal citoyen donne l'exemple. L'écrivaine Sally Rooney s'y est associée. Elle signe cette postface du livre « The Gaza Tribunal : Britain's Complicity in Genocide », issu des audiences.

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Saher Nassar. – « Chronicles no. 7 », 2025
© Saher Nassar - Zawyeh Gallery, Dubaï

Le génocide à Gaza constitue un nouveau chapitre dévastateur dans l'histoire sans fin de la violence infligée au peuple palestinien. Depuis 2023, nous sommes nombreux, en Europe et ailleurs, à nous sentir impuissants face à une telle horreur. Nos propres États, nos propres élus ont totalement failli à leur devoir de prévenir le génocide. Mais nous n'avons pas toujours clairement saisi en quoi consistait, dans le détail, cette faillite. Après tout, le conflit se déroule loin de nos frontières. Il ne semble pas y avoir de levier facile à actionner pour faire cesser cette violence effroyable. Certains de nos dirigeants ont fait des déclarations qui pouvaient sembler empathiques sur les droits humains et le droit international. Dans l'ensemble, les médias dominants n'aident pas à comprendre ce que nos gouvernements devraient ou même pourraient réellement faire d'autre. Pourtant, nous suspectons que nos dirigeants politiques se sont, d'une manière ou d'une autre, montrés incapables d'agir.

Le Royaume-Uni a fourni des armes utilisées pour massacrer des civils

Sur ce point, nous nous trompons. Ce que le tribunal britannique pour Gaza établit indubitablement, c'est que le Royaume-Uni n'a pas été incapable d'agir. Au contraire, le gouvernement britannique a œuvré de manière décisive, en mobilisant d'importants moyens militaires, politiques, diplomatiques et économiques pour faciliter le génocide à Gaza. Comme ce livre (1) le démontre, le Royaume-Uni a fourni des armes utilisées pour massacrer en masse des civils ; opéré des vols de surveillance dans le ciel de Gaza et partagé les renseignements issus de ces missions avec l'armée israélienne ; contribué à entraîner des officiers israéliens ; garanti à des personnalités militaires israéliennes une immunité spéciale lors de visites ; défendu publiquement la famine imposée à des millions de civils ; travaillé activement à bloquer et à saper le système juridique international afin qu'Israël n'ait pas à rendre des comptes, etc.

Si le gouvernement britannique s'est ainsi rendu complice, ce n'est pas à la demande de son électorat, mais, au contraire, en dépit de l'opposition continue de l'opinion publique. Les sondages montrent que près de deux tiers des Britanniques sont favorables à un embargo complet sur les ventes d'armes à Israël. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, donnant corps à ce que The Guardian a qualifié de « plus grand mouvement de protestation dans l'histoire récente du Royaume-Uni ». Comme ce fut le cas lors du mouvement antiguerre de 2003, certains ont même estimé qu'ils devaient passer à l'action directe et ont tenté de perturber la chaîne d'approvisionnement militaire en sabotant des usines d'armement, des avions et des armes. En réaction, le gouvernement du Royaume-Uni n'a pas pris ses distances avec l'État israélien mais avec le peuple britannique, adoptant des mesures d'exception pour criminaliser la protestation pacifique, restreindre la liberté d'expression et traiter la désobéissance civile comme du terrorisme.

L'implication du Royaume-Uni dans le génocide a commencé sous un gouvernement conservateur et s'est poursuivie, sans interruption, jusqu'à aujourd'hui, sous l'actuelle majorité travailliste. Face à une opposition massive, les deux partis se sont entendus pour priver l'électorat britannique de toute influence sur les relations entre Londres et Tel-Aviv. Les élections ont été arrangées de manière à n'offrir aucune alternative. Les manifestations pacifiques ont été ignorées. Les protestations plus perturbatrices ont été rudement criminalisées. Même aujourd'hui, la complicité perdure. Le génocide à Gaza a tout à la fois révélé et accéléré la détérioration de la vie démocratique au Royaume-Uni. Et, si ce déclin n'est pas stoppé — si les partis dirigeants, qui se sont entendus pour aller contre la volonté du peuple et ont mis toute critique hors la loi, ne subissent pas les conséquences de leurs actes —, alors tous les aspects de la vie civique s'en trouveront affectés. C'est la démocratie elle-même qui est en jeu.

L'absence de toute volonté politique de s'opposer aux États-Unis

Ce livre établit le rôle particulier qu'a joué Londres dans la facilitation des crimes de guerre commis à Gaza. Mais le tribunal traite aussi, plus largement, de l'intégration de l'État israélien au sein d'un vaste réseau de soutien international. Au moment où ces lignes sont écrites, par exemple, chaque nation européenne viole certains de ses devoirs internationaux définis par la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide — y compris les alliés supposés de la Palestine comme l'Irlande. De telles enquêtes sont essentielles pour établir la nature de la complicité des États et faire connaître au public ces faits capitaux. Le tribunal britannique pour Gaza doit servir de déclencheur et susciter une prise de conscience nationale au Royaume-Uni, mais aussi des investigations publiques ailleurs, débouchant sur la mise en cause de responsables.

Le calcul qui a conduit tant de nations prospères, tout autour du globe, à faciliter le génocide est, en dernière instance, politique. En ce qui concerne la fourniture illégale de composants militaires pour les avions de combat israéliens, ce livre l'affirme clairement : la « véritable raison » pour laquelle l'approvisionnement a continué est l'« absence de toute volonté politique de s'opposer aux États-Unis ». Israël, en soi, n'est en définitive qu'une petite nation, agressive et diplomatiquement toxique, du Proche-Orient ; ce n'est qu'en tant que prolongement de la puissance américaine qu'il jouit d'un soutien international si extraordinaire. L'absence, en Europe et ailleurs, de volonté politique d'affronter les États-Unis est, bien sûr, une forme de lâcheté, mais il s'agit d'une lâcheté calculée. Guigner les faveurs d'une superpuissance mondiale a certes quelque chose d'humiliant, mais on en attend des rétributions. Et c'est parce qu'ils espéraient ces rétributions que des États ont, aux quatre coins du monde, choisi non seulement de détourner les yeux d'un génocide, mais aussi, bien souvent, d'y prendre part.

Des États comme le Royaume-Uni ont trahi leur propre peuple et bafoué le droit international. Et pour quel résultat ? Le régime israélien, enhardi par les complicités internationales dont il bénéficiait, a envahi le Liban, tuant des milliers de personnes et provoquant le déplacement forcé de plus d'un million d'habitants. Dans le même temps, le tandem américano-israélien a déclenché une guerre illégale contre l'Iran, conduisant à la fermeture du détroit d'Ormuz et à une crise de l'énergie catastrophique à l'échelle de la planète. Des pays comme le Royaume-Uni — qui ont docilement permis la perpétration de crimes atroces pour s'attirer les bonnes grâces des États-Unis — sont maintenant confrontés au chaos économique à l'intérieur de leurs frontières et à une dynamique de violence incontrôlable au Proche-Orient. Le pari incroyablement cruel des Européens s'est révélé perdant. Et nous n'avons même pas commencé à en mesurer les conséquences.

Entrer dans un rapport différent à notre avenir

La Palestine représente peut-être le point de contradiction le plus aigu du système géopolitique mondial. La violence inhérente aux rapports impériaux — qui, ailleurs, est souvent disséminée et exercée par l'intermédiaire d'organisations et d'agences non étatiques — se trouve ici mise à nu et étalée aux yeux du monde entier. Et, de même que la question palestinienne révèle, mieux qu'aucune autre, le gouffre qui sépare, dans le « Nord global », l'opinion publique et l'action de l'État, elle fait apparaître l'écart abyssal entre les institutions du droit international et une réalité géopolitique faite d'apartheid, de tortures, de déplacements forcés, d'assassinats et de génocide. Ces contradictions, qui atteignent en Palestine leur niveau le plus suffocant, s'avivent désormais partout. La fragilité du système alimentaire mondial, la domination politique accablante des industries militaires et pétrolières, les inégalités galopantes qui ont sapé la vie de la collectivité, l'écroulement des organisations syndicales dignes de ce nom et l'imminence d'un effondrement climatique total : ce sont là quelques-unes des réalités qui ont permis et intensifié un génocide retransmis en direct. Gaza nous oblige à les regarder en face, non pas comme une lointaine image de l'avenir, mais ici et maintenant.

Dans une lettre-essai écrite au cours de son interminable emprisonnement, le romancier Walid Daqqa (2) avançait la notion de « temps parallèle » pour décrire l'expérience des prisonniers palestiniens : « Nous, dans le temps parallèle, nous vous voyons, tandis que vous ne nous voyez pas… Nous sommes un passé continu et sans fin. C'est de là que nous nous adressons à vous aujourd'hui, afin que cela ne devienne pas votre avenir. » Gaza est aujourd'hui peut-être le « temps parallèle » de toute civilisation, voyant sans être vu, passé et sans fin. Voir Gaza — non comme un événement tragique, non comme une liste de faits et de statistiques, mais comme un lieu réellement existant, en ce moment même —, c'est entrer dans un rapport différent à notre avenir.

« J'avoue que mon cœur s'emballe à la vue d'une fleur à la télévision, devant le spectacle de la nature, devant la mer, écrivait Walid Daqqa après presque vingt années passées en prison. J'avoue que je suis joyeux malgré tout… » Oui, Gaza est depuis longtemps une prison à ciel ouvert, et elle est maintenant devenue un vaste charnier. Mais c'est aussi l'endroit où demeurent des millions de Palestiniens vivants, et aimés. En regardant Gaza telle qu'elle est aujourd'hui, nous devons prendre conscience que la vie est une chose indiciblement précieuse : que même un seul moment de vie, un simple instant de conscience vivante, est d'une beauté infinie et irremplaçable. Et nous devons être prêts à nous battre pour cela : pour la vie des vivants, pour notre avenir et pour une Palestine libre.

(Traduit de l'anglais par Antony Burlaud.)

Voir en ligne : /2026/11/ROONEY/70152

(1) Jeremy Corbyn, Neve Gordon et Shahd Hammouri, The Gaza Tribunal. Britain's Complicity in Genocide, Pluto Press, Londres, 2026.

(2) Mort en prison à 62 ans, le 7 avril 2024, ce Palestinien de 1948 est resté détenu pendant trente-huit ans.

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Revue des livres et des idées

Cette nouvelle publication entend proposer de longues recensions critiques. Elle consacre son premier numéro aux tensions du système-monde, de l'effacement de Gaza à l'ascension de la Chine. Au même sommaire, « En finir avec le cycle du seum » de Nathalie Quintane ou un portrait de Dionys Mascolo. (N° 1, septembre-novembre, trimestriel, 15 euros. — Paris.)

Voir en ligne : /revues/rdli
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Une « guerre totale »

Le 7 septembre, un colon a été blessé à l'arme blanche dans le nord de la Cisjordanie occupée. Le ministre israélien de la défense, M. Israël Katz, a alors menacé l'Autorité palestinienne d'une « guerre totale » si une attaque de grande ampleur venait à se produire contre l'armée ou une colonie. « Dans l'éventualité où (…) nous apprendrions avec certitude qu'ils s'apprêteraient à lancer une attaque “terroriste'' similaire à celle du 7 octobre [2023] contre les forces de “Tsahal'' et la population juive des implantations [nom officiel donné aux colonies], le premier ministre Benyamin Netanyahou et moi-même avons donné pour instruction à l'armée de se préparer à une guerre totale contre les dirigeants et les mécanismes de l'Autorité palestinienne », a ainsi déclaré le ministre, en ajoutant que, sous cette hypothèse, les représailles comprendraient aussi l'« assassinat de personnalités de premier plan » et l'« évacuation des habitants de villes ou de villages d'où des activités “terroristes” sont menées » (AFP, 7 septembre 2026).

L'inquiétude des Palestiniens s'est aggravée deux semaines plus tard après qu'un colon a été tué par balle à quelques heures de la fête de Yom Kippour. Israël a alors été placé en état d'alerte maximale, et l'armée a annoncé le renforcement de ses troupes. « Ils n'attendent qu'une occasion pour transformer la Cisjordanie en Gaza », nous confie un cadre de l'Autorité palestinienne craignant qu'un acte isolé contre une colonie — scénario maintes fois évoqué depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 — n'embrase la situation. Pour lui, les Israéliens ne s'attaqueraient pas forcément à toutes les villes en même temps, mais en viseraient une en particulier afin de la vider de ses habitants. Laquelle ? « Je crains beaucoup pour Jénine ou Naplouse, mais Ramallah et surtout Al-Khalil [Hébron] ne sont pas à l'abri. »

Quoi qu'il en soit, de nombreux habitants de Cisjordanie ont retrouvé des réflexes qui remontent aux deux Intifadas en stockant de l'eau et des denrées de première nécessité dans la perspective de combats, de bouclages empêchant les déplacements ou de longs couvre-feux imposés par l'armée à la population.

C'est dans ce contexte que l'Autorité palestinienne, présidée par M. Mahmoud Abbas, prépare les élections législatives du 28 novembre prochain. Ce scrutin, le premier depuis 2006, est censé avoir lieu en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Pour mémoire, le Conseil législatif palestinien (CLP), qui fait office de Parlement, ne s'est plus réuni depuis 2007. Le Hamas a fait savoir qu'il participera à ces élections et qu'il tentera de former une large coalition afin de battre le Fatah, la formation de M. Abbas. Nombre d'observateurs estiment que le scénario de 2021 pourrait bien se reproduire avec une annulation sine die du scrutin, cette fois en raison des tensions en Cisjordanie et la situation à Gaza. La tenue de l'élection présidentielle annoncée pour 2027 — la première depuis 2005 — paraît quant à elle des plus improbables.

Voir en ligne : /2026/10/BELKAID/70057
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Le dernier espoir

À Gaza, l'exiguïté des lieux et le poids écrasant des jours qui passent sans rien changer à notre situation m'obligent sans cesse à chercher le calme, même s'il ne dure que quelques minutes. Me voici sur le front de mer. Le bruit est omniprésent. Comment pourrait-il en être autrement dans un périmètre de quelques kilomètres carrés où s'entassent plus de deux millions de personnes, au cœur de l'une des tragédies les plus cruelles au monde ?

Mais ce n'est pas le grondement de la mer ou les vibrations des groupes électrogènes qui assaillent mes oreilles. C'est une discussion animée entre quatre jeunes hommes avachis sur des chaises en plastique. Ils parlent de la guerre. De ceux qui nous ont oubliés. De ceux qui font mine de nous aider mais qui n'ont rien à offrir si ce n'est quelques gesticulations. L'Iran ?

Hassan, 22 ans, a obtenu son diplôme universitaire il y a quelques mois. Il a perdu plusieurs membres de sa famille pendant les bombardements. Il s'est longtemps accroché à l'idée que l'Iran restait le dernier espoir capable de renverser la situation en modifiant le rapport de forces avec Israël. Il n'a pas perdu espoir. Pour lui, cela vaut encore la peine d'attendre. En infligeant une défaite aux Israéliens, la République islamique pourrait contribuer à ce que l'étau sur Gaza se desserre. « Téhéran, dit-il, n'a jamais abandonné ses alliés lors des crises précédentes. » Hossam et Rifât, à peine plus âgés, voient les choses différemment. Ils n'attendent rien de personne. Pas plus de l'Iran que des pays arabes. « Chacun son bât », disent-ils. « Gaza paye seule le prix lourd », dit l'un pour qui, même s'ils sont bombardés tous les jours, les Iraniens sont loin d'éprouver les mêmes souffrances que les Palestiniens. L'autre ne veut pas parler de géopolitique. Pour lui, la seule chose qui compte, c'est « la fin de cet enfer » que nous vivons depuis des années. La discussion se prolonge. Elle ne diffère guère de ce que j'ai pu entendre ici ou là. Tout tourne autour de ce que nous avons subi et de cette question lancinante : pourquoi le monde a-t-il laissé faire ça ? Comment en sommes-nous arrivés à espérer que l'Iran, pays auquel nombre d'entre nous ne se sont jamais intéressés, puisse voler à notre secours ? Le quatrième jeune homme, silencieux jusque-là, me dit que l'Iran est juste l'un des derniers espoirs auxquels on peut se raccrocher. Rifât n'est pas d'accord et se lève en maugréant : « Ces trois dernières années, Israël a démontré qu'il imposait sa volonté au monde entier. Il est vain d'attendre des miracles », lâche-t-il avant de s'en aller d'un pas traînant. Hossam acquiesce : « Après des années de guerre, le fossé entre ce que nous vivons et ce que nous espérons s'est considérablement creusé, et les vœux ne changent pas la réalité. » Pour nous tous, la situation en Iran nous apparaît tragique à double titre. Nous savons ce que la guerre fait aux peuples. Et nous craignons de ne plus avoir le moindre espoir.

Voir en ligne : /mav/209/AABED/69911
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