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Ma vie sans moi, suivi de Fragments

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« Ne pas être de mon temps, ne pas être de ma vie ! » Le poète Armand Robin (1912-1961), qui fut un temps « écouteur » au ministère de l'information, est mort un soir entre les mains de la police, d'une façon encore mystérieuse. Deux amis sauvent alors trois valises de papiers dans l'appartement qui doit être vidé. Ces textes, mêlés par d'ingénieuses constructions éditoriales aux poèmes d'un recueil intitulé Ma vie sans moi, ont servi à constituer la légende d'un poète maudit. C'est contre cette légende que s'élève Françoise Morvan, qui propose cette nouvelle édition d'une partie des œuvres de Robin. Le présent volume rétablit l'intégralité de Ma vie sans moi, dont ses traductions de Vladimir Maïakovski, Sergueï Essénine, Rainer Maria Rilke ou encore Julian Tuwin — car Robin, étonnant polyglotte, a beaucoup traduit : « Par le choix de mots / Reproduire une âme parallèle / Être avec elle jusqu'au bout de sa route. » La deuxième partie, consacrée aux fragments, donne à voir et à comprendre le travail d'un homme qui, après avoir cherché à s'affranchir et traverser toutes les frontières, notamment linguistiques, se sentit brisé, « objet sans sujet ».


Gallimard, Paris, 2026, 416 pages, 11,40 euros.

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Les Éléphants de Goethe

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« J'en ai une telle joie que cela me remue jusqu'au fond des entrailles. » Le lecteur pourra être surpris d'apprendre que ce cri triomphal de Johann Wolfgang von Goethe accompagne sa découverte d'un os. Oliver Matuschek raconte la passion avec laquelle il a cherché à démontrer toute sa vie l'existence de l'os intermaxillaire chez tous les mammifères, contre l'avis de ses contemporains : « pour presque tous les anatomistes », son absence « chez l'homme constituait une caractéristique décisive qui prouvait une évolution distincte de celle des animaux ». La volonté de démontrer que l'éléphant en possède un lui aussi anime Goethe, qui composera finalement un Essai d'ostéologie comparée, dont le texte était accompagné de dix-huit illustrations de Johann Christian Wilhem Waitz, reproduites avec soin par les éditions Macula avec d'autres documents d'époque. On plonge dans un monde intellectuel passionné pour lequel un détail anatomique n'est pas une information vaine ni sèche : « Chaque créature n'est qu'une nuance et un son à l'intérieur d'une vaste harmonie qu'il faut étudier elle aussi dans sa totalité, sinon chaque élément n'est qu'une lettre morte. »


Traduit de l'allemand par Brigitte Cain-Hérudent, Macula, Paris, 2025, 96 pages, 18 euros.

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