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Le monde ou rien

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Marcus Jansen, « History of an Imperialist » (Histoire d'un impérialiste), 2022.

Quel est le point commun entre Augusto Pinochet, Frédéric Encel et Le Monde diplomatique ? Le premier a enseigné la géopolitique à l'université militaire de Santiago et publié un traité intitulé Geopolítica cinq ans avant son coup d'État au Chili, en 1973. Le deuxième compte au nombre des experts les plus fréquemment invités dans les médias, où il savoure avec un sourire faraud l'énoncé de sa qualité : « docteur en géopolitique ». Le troisième a conçu le manuel que vous avez sous les yeux pour interroger les visions du monde portées par les deux premiers : pour l'un, la compétition entre États pensés comme des organismes voués à la conquête de leur espace vital ; pour l'autre, l'idée que la politique internationale se réduit à l'affrontement entre démocraties libérales et régimes autoritaires, au nom de valeurs que l'Occident aurait vocation à défendre et, au besoin, à diffuser.

Si la vieille géopolitique allemande dont s'inspirait Pinochet a été reléguée aux livres d'histoire, la croisade morale que mènent les éditorialistes connaît, avec le conflit russo-ukrainien et les massacres israéliens à Gaza, un moment de consécration en même temps qu'une mise à l'épreuve. Désorientés par le lâchage de leur tuteur américain, les dirigeants européens et leurs relais médiatiques tiennent simultanément deux discours incompatibles : l'agresseur russe menace les démocraties ouvertes, lesquelles soutiennent l'Ukraine qui se « bat pour nos valeurs » ; mais l'agresseur israélien, qui bombarde ses voisins et multiplie les crimes contre l'humanité, ne fait qu'exercer son « droit de se défendre ».

La supériorité morale de l'Occident, fondement de la politique étrangère

Une telle contradiction, sur des sujets qui engagent la sécurité du continent, serait relevée sans relâche si l'univers des commentateurs internationaux n'était pas aussi étroitement quadrillé. Le statut convoité d'invité permanent suppose de cocher plusieurs cases : atlantiste, pro-européen, adepte d'un idéalisme qui fait de la supériorité morale de l'Occident le fondement de la politique étrangère. Ainsi sélectionnés, analystes et stratèges semblent reprendre le flambeau des néoconservateurs américains, discrédités au mitan des années 2000 par l'aventurisme de George W. Bush.

Leur passion de la démocratie ne supporte pas la contradiction : en France, les voix dissidentes en matière de politique étrangère sont si rarement sollicitées par la presse dominante que chacune des interventions de Dominique de Villepin, Emmanuel Todd, Pascal Boniface ou John Mearsheimer suscite un vif succès d'audience. Le raidissement occidentaliste des commentateurs exprime, faute de mieux, la réaction d'un Vieux Continent déclinant face à une puissance américaine toujours dominante et à l'essor de la Chine. Le contretemps est manifeste : après la crise financière de 2008, historiens, intellectuels publics et journalistes exhortaient leur public à « décentrer le regard » pour penser « un monde multipolaire ». Presque vingt ans plus tard, il reste impossible, à écouter le clergé géopolitique, de se faire une idée de la manière dont les puissances émergentes voient le monde, nous perçoivent, se projettent.

Cette incapacité à regarder ailleurs tient aussi au petit monde qui fabrique le savoir géopolitique. À cheval entre universités, chancelleries et groupes de réflexion, ce milieu fonctionne en vase clos. Il élabore des récits globaux qui s'imposent moins par la force des arguments que par leur répétition. La matière peut paraître rébarbative, réservée à un milieu d'initiés dont les représentants rappellent le jugement d'Étienne Bonnot de Condillac sur ses adversaires philosophiques : « Ils doivent leur réputation à l'importance des sujets dont ils s'occupent plutôt qu'à la manière dont ils les traitent. » (1) L'introduction de la géopolitique dans certaines filières de l'enseignement secondaire n'a pas encore suffi à combler le fossé entre l'importance des enjeux internationaux pour quiconque participe à la vie publique et leur confiscation par un cercle restreint de spécialistes.

La politique étrangère engage en effet la guerre et la paix, la sécurité de populations entières. Pourtant, les choix militaires et les grandes orientations stratégiques restent largement soustraits à la discussion publique. Au cours des deux dernières décennies, la France a engagé des opérations en Afghanistan, en Côte d'Ivoire, en Libye, au Mali et dans le Sahel, en République centrafricaine, en Irak et en Syrie sans que leurs objectifs, leurs résultats ou leurs conséquences fassent l'objet d'un véritable examen démocratique ; ces interventions extérieures sont d'ailleurs restées largement absentes des campagnes présidentielles. Aujourd'hui, l'explosion des budgets de défense et la militarisation de la politique étrangère européenne, qui servent de palliatif à sa marginalisation diplomatique, s'imposent, elles aussi, sans débat. D'autres choix stratégiques, d'autres priorités diplomatiques seraient pourtant nécessaires quand les interdépendances, le dérèglement climatique, les pandémies, les bouleversements technologiques ou les risques liés à la prolifération nucléaire appellent de nouvelles formes de coopération internationale.

Ce Manuel d'autodéfense intellectuelle entend donner à chacun les outils pour se forger une opinion éclairée sur les conflits et la situation internationale. Appuyé sur les acquis de la recherche, il passe au crible les grandes idées reçues qui façonnent les représentations du monde depuis la fin de la guerre froide. Son appareil cartographique explore les rapports entre espace et puissance — dont le contrôle du détroit d'Ormuz illustre l'importance. Car, si le XXIe siècle offre à la géographie sa revanche sur la Terre prétendument plate et sans histoire de la mondialisation, se réapproprier la géopolitique ouvre un possible nécessaire : contester aux dirigeants le monopole des affaires du monde.


(1) Cité par Olivier Zajec, Nicholas John Spykman, l'invention de la géopolitique américaine, Sorbonne Université Presses, Paris, 2016.

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Macron, worst ever president?

Emmanuel Macron leaves the Élysée in eight months. And, in keeping with the political journalism tradition whereby last-minute criticism apparently makes up for a decade of deference, the brickbats are coming thick and fast. The Economist, having once regarded him as the ‘saviour of Europe', now mocks a ‘lame duck' president. Two Parisian courtiers have devoted a book to ‘the story of an exceptional man … who screwed things up in an exceptional way'. Alain Minc, mouthpiece of the liberal (…)

- 2026/09 / editorial
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Governar ou representar?

Hoje assinala-se o Dia Mundial do Teatro. Em teoria, é um dia para celebrar a arte, os
atores, os textos que nos fazem pensar e sentir. O teatro, quando é sério, não é só
entretenimento, é um espelho desconfortável daquilo que somos. Expõe, provoca,
obriga a encarar verdades que muitas vezes preferíamos evitar.
Talvez por isso seja impossível não fazer um paralelismo com aquilo em que se
transformou a nossa vida política.
Há qualquer coisa de profundamente teatral — no pior sentido da palavra — na forma
como hoje se faz política. Não no sentido nobre da representação, mas na encenação
vazia. Nos discursos cuidadosamente ensaiados. Nas indignações seletivas. Nas
conferências de imprensa onde já se sabe, à partida, o que vai ser dito e como vai ser
dito.
Tudo parece coreografado. Nada parece espontâneo.
Os políticos falam, mas raramente dizem. Prometem, mas quase nunca se
comprometem. E, acima de tudo, representam proximidade, representam convicção,
representam firmeza. É uma sucessão de papéis, ajustados ao momento, ao público e
às sondagens.
O problema é que isto já não engana muita gente.
Ao contrário do teatro a sério, onde há talento, trabalho e respeito por quem está a
ver, esta versão política da representação vive de clichés e de frases feitas. É uma peça
repetida vezes sem conta, com pequenas variações, mas sempre com o mesmo fundo:
pouco conteúdo e muita aparência.
E depois há o público — nós. Durante muito tempo, aceitámos este papel de
espectadores. Uns aplaudem, outros assobiam, mas no fundo continuamos sentados, à
espera que a peça melhore.
O mais grave é que, enquanto se representa, o essencial vai ficando por fazer. Os
problemas acumulam-se, as decisões adiam-se, e a realidade — essa, que não se deixa
encenar — acaba sempre por impor-se.
Talvez este Dia Mundial do Teatro sirva, pelo menos, para isto: para nos lembrar que
há uma diferença enorme entre representar bem e fingir mal.
A política não precisa de mais atores. Precisa de menos teatro.

(Aqui tem uma gravação com o texto lido pela autora)

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