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Responsabilités

« Vous aviez raison. » Le 28 septembre dernier, lors de la conférence travailliste à Liverpool, le nouveau ministre des affaires étrangères bat sa coulpe auprès « des millions de personnes émues et indignées par le sort du peuple palestinien ». Interrogé le soir même par LBC, M. Edward (« Ed ») Miliband élude néanmoins sur les exportations d'armes vers Israël ou l'interdiction du réseau de désobéissance civile Palestine Action (1). Les travaillistes refusent toujours de prendre leurs responsabilités. Déjà, en juin 2025, quand le député indépendant Jeremy Corbyn avait proposé une enquête parlementaire sur l'implication du Royaume-Uni dans les massacres à Gaza, le gouvernement avait estimé que ce serait « inutile ». Pour établir la vérité sur les livraisons d'équipements britanniques à l'armée israélienne, ou l'appui que lui aurait apporté la Royal Air Force (RAF) basée à Chypre, l'élu a donc lancé une autre initiative : la convocation du tribunal citoyen pour Gaza, sur le modèle du tribunal Russell, présidé par Jean-Paul Sartre (2).

Avec ses deux coprésidents, les juristes Neve Gordon et Shahd Hammouri, M. Corbyn a récapitulé les deux jours d'audience à Londres, en septembre 2025, dans The Gaza Tribunal, publié en juillet dernier. Ils rapportent la parole des témoins, du journaliste palestinien Abubaker Abed, chassé de Gaza en 2025, à la rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese. Les éléments recueillis confirment la production britannique de composants d'avions F-35 destinés à Tel-Aviv — malgré la suspension partielle des exportations d'armes en septembre 2024 —, comme la transmission à l'armée israélienne de renseignements recueillis par la RAF lors de vols au-dessus de Gaza, depuis la base chypriote d'Akrotiri (plus de six cents entre décembre 2023 et octobre 2025).

Verdict ? Le Royaume-Uni a bien pris part au génocide, en plus d'avoir réprimé ceux qui le dénonçaient. Notamment Sally Rooney, qui signe la postface de l'ouvrage (lire « Gaza, juger les complices »). Auteure de romans vendus à des millions d'exemplaires — dont Normal People (L'Olivier, 2021) —, l'Irlandaise avait annoncé en 2025 le reversement d'une partie de ses droits à Palestine Action, juste après que ce groupe avait été classé terroriste par Londres. Le 14 octobre dernier, son éditeur britannique Faber a suspendu la distribution de ses livres au Royaume-Uni par crainte d'une loi qui punit d'emprisonnement la fourniture d'argent ou d'autres biens « en sachant ou en ayant des raisons raisonnables de soupçonner qu'ils seront ou pourraient être utilisés à des fins terroristes ». Anne Carson, John Maxwell Coetzee, Arundathi Roy ou encore Colm Tóibín ont apporté leur soutien à la romancière. Pour sa part, Sally Rooney a déclaré qu'elle était entièrement prête à assumer les conséquences de ses choix politiques. Contrairement au gouvernement britannique.

Voir en ligne : /2026/11/RZEPSKI/70141

(1) Rayan Freschi et Mathieu Rigouste, « Ces “terroristes” britanniques qui soutiennent la Palestine », Le Monde diplomatique, janvier 2026.

(2) Lire Serge Halimi, « Et Sartre définit le génocide », Le Monde diplomatique, mars 2024. De son côté, le juriste Richard Falk a présidé une instance similaire destinée à déterminer la nature des crimes commis à Gaza.

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Vents contraires sur la Cour pénale internationale

La Cour pénale internationale (CPI) traverse une grave crise existentielle. Entre juin et août derniers, la juridiction a dû affronter l'annonce des retraits du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Tchad et du Venezuela, révoquer son procureur, le Britannique Karim Khan, accusé d'agression sexuelle, et subir de nouvelles sanctions de la part des États-Unis contre plusieurs de ses membres, dont la présidente japonaise Tomoko Akane. Et le 9 octobre, tout à sa croisade, la Maison Blanche a décidé d'inscrire la CPI elle-même sur la liste noire du Trésor américain.

C'est à l'évidence pour contrer ces vents mauvais que le Parlement européen a décerné à la Cour son prix Sakharov pour la liberté de l'esprit le 22 octobre, quelques jours après que le Comité Nobel norvégien a décidé, lui, d'attribuer son prix de la paix à la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay, ancienne juge à la CPI.

Signataires du statut de Rome en 2000, les États-Unis ne l'ont jamais ratifié, craignant notamment de voir leurs soldats déployés à l'étranger jugés pour génocide, crimes de guerre ou crimes contre l'humanité. Ils ont même contraint plusieurs gouvernements à s'engager à ne jamais livrer d'Américains aux juges de La Haye. En effet, le fait de ne pas adhérer à la CPI ne prémunit pas un État de procédures contre ses ressortissants si les faits incriminés ont lieu sur un territoire tombant sous la juridiction de la Cour. C'est pourquoi des mandats d'arrêt ont pu être émis, en novembre 2024, contre les Israéliens Benyamin Netanyahou et Yoav Galant pour des crimes commis à Gaza, la Palestine ayant ratifié le statut de Rome (1).

Ce sont d'ailleurs ces poursuites qui ont provoqué la colère du président Donald Trump, tout juste réélu : l'executive order du 6 février 2025 inaugure une salve de sanctions (blocage des comptes bancaires, interdiction de voyager) contre plusieurs juges de la CPI, dont le Français Nicolas Guillou, et des procureurs, dont M. Khan. Face à ces attaques sans précédent, les Européens multiplient les déclarations de soutien de pure forme. Paris n'a même pas convoqué l'ambassadeur américain pour protester contre le sort réservé au magistrat Guillou. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen, d'ordinaire si volontariste pour défendre l'État de droit, n'a pas proposé d'activer l'instrument anticoercition (règlement no 2675 du 22 novembre 2023). « Il faudrait, relève le juriste Daniel Mainguy, (…) un acte de courage exceptionnel pour que l'Union européenne réagisse, dans un contexte de très forte pression, où les intérêts d'un juge français pèsent peu (2). »

La foi internationaliste des capitales du Vieux Continent semble bien chétive : seuls l'Espagne, l'Irlande, les Pays-Bas et la Suède se sont publiquement engagés à appliquer le mandat d'arrêt contre M. Netanyahou dont l'avion a, à plusieurs reprises, traversé sans entrave le ciel européen.

Voir en ligne : /2026/11/ROBERT/70143

(1) Lire « La justice internationale dans le chaudron de Gaza », Le Monde diplomatique, juillet 2024.

(2) Daniel Mainguy, « La guerre américaine contre le juge Nicolas Guillou », Le Club des juristes, 12 décembre 2025.

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