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État

29 October 2026 at 17:13

L'article « Pourquoi il faut réenchanter l'État » (octobre) a fait réagir M. Patrick Rion :

Je garde le souvenir de ma jeunesse, dans les années 1980, où un libéralisme montant discréditait l'État par l'argument des coûts exorbitants engendrés par une lourdeur administrative jugée inefficace, voire parasitaire. Discours d'ailleurs largement applaudi par une large majorité des populations de l'époque. Seul, donc, le libéralisme de marché serait en mesure de remédier à ce délabrement de la structure sociale. (…) Mais que fait au juste le secteur privé devenu largement tertiaire ? Il fait fonctionner des fonctionnaires qui, pour leur grande majorité, fonctionnent non plus au contact du public mais à celui des écrans qui leur ont été imposés. Et pour enrichir les actionnaires en appauvrissant les collectivités publiques. Il faudrait donc déplorer l'obsolescence du secteur public pendant que celle-ci est organisée par l'État, en mode partenariat public-privé. (…) Et gageons qu'avec le numérique institutionnalisé la tendance n'est pas près de s'inverser.

Voir en ligne : /2026/11/A/70173

Beyrouth

29 October 2026 at 17:13

« Beyrouth, les sens de la fête » (octobre) a inspiré quelques réflexions à Mme Aela Menguy :

L'idée de fête contraste avec le contexte de guerre permanente que connaît la capitale depuis des décennies. L'usage du pluriel fait sans doute référence à la pluralité des sentiments parmi les auteurs et autrices cités, entre ivresse, nostalgie, quête du passé, avec en toile de fond la guerre et l'histoire politique du Liban. Tous les exilés qui fuient une guerre ou une crise économique se nourrissent en partie des images du passé pour affronter la réalité à laquelle ils sont confrontés. Le Liban particulièrement se distinguerait-il tout de même en cela que le thème revient de façon récurrente dans les discussions ? Peut-être en raison du nombre important des membres de la diaspora rapporté à la population locale. Peut-être aussi parce que le phénomène est amplifié par l'idée d'un âge d'or du Liban vu comme un pont reliant jadis Orient et Occident, âge d'or qui repose en partie sur une vision occidentale. La fête, les cabarets, les déambulations nocturnes des Libanais entre Paris et Beyrouth renvoient à un imaginaire projeté depuis l'époque du mandat français sur la capitale libanaise et bien ancré dans la mémoire collective… C'est un peu l'Alexandrie de Lawrence Durrell. Au-delà de la ville comme cadre de déambulations et de nuits festives pour celles et ceux qui y reviennent, il faut aussi parler de ceux qui restent et pour qui la fête n'est plus d'actualité depuis longtemps, en particulier dans les quartiers pauvres de la ville et de ses alentours visés par les bombes israéliennes ; ceux qui restent parce qu'ils n'ont pas le choix ou pour résister face aux destructions infligées par l'ennemi. Beyrouth est une ville plurielle où plusieurs communautés coexistent et sont unies dans le même destin malgré les tentatives de division. Peut-être la nostalgie des nuits douces est-elle une arme nécessaire pour faire face aux malheurs de l'histoire et ne pas sombrer dans le désespoir, mais elle ne doit pas faire oublier un autre présent, celui de la nécessaire lutte politique pour la survie du pays face aux tentatives à répétition de conquête, de mise sous tutelle, voire d'annexion. C'est une autre facette de Beyrouth qu'il ne faut pas oublier.

Voir en ligne : /2026/11/A/70174

Israël

29 October 2026 at 17:13

M. Pierre Leyraud s'interroge sur la notion d'État théocratique, évoquée dans l'article d'Ilan Pappé « L'État de Judée contre Israël » (octobre) :

Depuis la loi du 19 juillet 2018 dite « Israël, État-nation du peuple juif », Israël est déjà un État ethno-théocratique. En effet, selon ce texte, seuls les Israéliens juifs ont le droit de se prononcer, c'est-à-dire de voter, sur les questions fondamentales concernant la nature et le devenir de l'État d'Israël. De plus, quand on sait que le fait d'être juif, peu importe que l'on soit croyant ou non, s'obtient, sauf exceptions, par la filiation avec une mère juive et que cette règle est directement issue des textes religieux juifs, la religion est donc déjà bien présente dans l'ethnicité du peuple juif. (…) Quand Ilan Pappé parle d'« un combat existentiel entre des projets antagonistes, d'une lutte à mort autour de la vocation même de cet État fondé en 1948 », il est important de situer ce combat, entre les Israéliens juifs religieux et les Israéliens juifs laïcs, à l'intérieur d'un consensus fort sur le fait qu'Israël doit être un État-nation uniquement pour les Israéliens juifs, les autres Israéliens (environ 20 %) étant des citoyens de seconde zone.

Voir en ligne : /2026/11/A/70175

Intelligence artificielle

29 October 2026 at 17:13

M. François Chabé-Ferret a souhaité prolonger l'analyse menée par Anne Alombert dans « Dire “tu” à une machine » (octobre) :

Dans mes propres échanges avec des robots conversationnels, et malgré tout ce qu'ils peuvent m'apporter, quelque chose sonne faux. Compliments, encouragements, relances : leur caractère systématique finit par m'irriter. La plupart du temps, j'éprouve la machine comme machine, et cela se joue dans le corps avant d'être pensé. Or, si l'attachement à ces machines devient un phénomène de société, c'est que cette friction peut cesser d'être perçue. Dans quelles conditions ? En psychanalyste, et pour l'avoir moi-même vécu, je fais une hypothèse : elle s'efface d'autant plus facilement que l'on se sent vulnérable, démuni, confronté à sa solitude existentielle. Savoir qu'on parle à une machine n'y change alors pas grand-chose. (…) Le succès de l'« économie de l'attachement » serait ainsi moins la cause de l'effritement de nos liens que le symptôme d'une détresse relationnelle déjà là, que cette économie vient ensuite creuser. S'attacher à un objet bien au-delà de son utilité objective n'a d'ailleurs rien de nouveau ni de délirant ; les ethnologues le savent bien. Les colliers de la kula, aux îles Trobriand, n'ont d'autre usage que de circuler. Et nos sociétés ne font pas exception : on meurt pour un drapeau, on garde précieusement le médaillon d'une aïeule défunte, on a le cœur serré le jour où sa vieille voiture part à la casse. Cette charge symbolique prolonge des liens : avec une communauté, avec un disparu, avec une part de sa propre histoire. Les robots conversationnels n'y échappent pas : ce qu'on nomme « anthropomorphisme » pourrait bien relever de ce même investissement. Mais quels liens prolonge-t-il, quand il se dépose sur une machine avec laquelle on converse ? Peut-être, justement, ceux qui manquent. Anne Alombert propose de désanthropomorphiser ces robots et de soutenir des technologies d'entraide. Mais si ce qu'ils révèlent est d'abord ce manque, la question n'est pas seulement technique ou économique. Elle nous invite à interroger ce que nos sociétés font de nos liens, et les chemins qu'elles ont privilégiés jusqu'ici pour leur donner forme et sens. Peut-être ont-ils laissé trop peu de place à la rencontre, avec ce qu'elle engage de corps et d'imprévu. Et si dire « tu » à une machine, c'était d'abord chercher ce qu'on peine à trouver ailleurs ?

Voir en ligne : /2026/11/A/70172
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