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Le virus invisible. Essai sur la désinformation en Afrique

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Si les fausses informations sont un fléau universel, l'Afrique en fait particulièrement les frais. La journaliste franco-congolaise Dominique Tchimbakala, longtemps figure de TV5 Monde, décrypte ce qu'elle qualifie de « véritable virus ». La vulnérabilité du continent provient, notamment, de la fragilité du tissu médiatique (un « désert informationnel ») et de l'utilisation très étendue des plates-formes numériques — « La désinformation s'est industrialisée avec le téléphone portable » ; ses richesses en font un enjeu économique et la cible des campagnes de désinformation venues de Russie, de Chine ou d'anciennes puissances coloniales. Mobilisant exemples et anecdotes, Tchimbakala analyse les ressorts sociaux et psychologiques de la propagation du « virus », comme la « cécité militante » ou l'« indifférence calculée » des pouvoirs publics. Elle met en garde contre les illusions d'un fact checking sans moyens et appelle à « réapprendre collectivement (…) ce qu'est vraiment le journalisme ». Selon elle, l'Union africaine doit contribuer à relever ce défi éducatif, culturel et social.

Voir en ligne : /2026/11/ROBERT/70166

Riveneuve, Paris, 2026, 190 pages, 10,50 euros.

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Vents contraires sur la Cour pénale internationale

La Cour pénale internationale (CPI) traverse une grave crise existentielle. Entre juin et août derniers, la juridiction a dû affronter l'annonce des retraits du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Tchad et du Venezuela, révoquer son procureur, le Britannique Karim Khan, accusé d'agression sexuelle, et subir de nouvelles sanctions de la part des États-Unis contre plusieurs de ses membres, dont la présidente japonaise Tomoko Akane. Et le 9 octobre, tout à sa croisade, la Maison Blanche a décidé d'inscrire la CPI elle-même sur la liste noire du Trésor américain.

C'est à l'évidence pour contrer ces vents mauvais que le Parlement européen a décerné à la Cour son prix Sakharov pour la liberté de l'esprit le 22 octobre, quelques jours après que le Comité Nobel norvégien a décidé, lui, d'attribuer son prix de la paix à la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay, ancienne juge à la CPI.

Signataires du statut de Rome en 2000, les États-Unis ne l'ont jamais ratifié, craignant notamment de voir leurs soldats déployés à l'étranger jugés pour génocide, crimes de guerre ou crimes contre l'humanité. Ils ont même contraint plusieurs gouvernements à s'engager à ne jamais livrer d'Américains aux juges de La Haye. En effet, le fait de ne pas adhérer à la CPI ne prémunit pas un État de procédures contre ses ressortissants si les faits incriminés ont lieu sur un territoire tombant sous la juridiction de la Cour. C'est pourquoi des mandats d'arrêt ont pu être émis, en novembre 2024, contre les Israéliens Benyamin Netanyahou et Yoav Galant pour des crimes commis à Gaza, la Palestine ayant ratifié le statut de Rome (1).

Ce sont d'ailleurs ces poursuites qui ont provoqué la colère du président Donald Trump, tout juste réélu : l'executive order du 6 février 2025 inaugure une salve de sanctions (blocage des comptes bancaires, interdiction de voyager) contre plusieurs juges de la CPI, dont le Français Nicolas Guillou, et des procureurs, dont M. Khan. Face à ces attaques sans précédent, les Européens multiplient les déclarations de soutien de pure forme. Paris n'a même pas convoqué l'ambassadeur américain pour protester contre le sort réservé au magistrat Guillou. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen, d'ordinaire si volontariste pour défendre l'État de droit, n'a pas proposé d'activer l'instrument anticoercition (règlement no 2675 du 22 novembre 2023). « Il faudrait, relève le juriste Daniel Mainguy, (…) un acte de courage exceptionnel pour que l'Union européenne réagisse, dans un contexte de très forte pression, où les intérêts d'un juge français pèsent peu (2). »

La foi internationaliste des capitales du Vieux Continent semble bien chétive : seuls l'Espagne, l'Irlande, les Pays-Bas et la Suède se sont publiquement engagés à appliquer le mandat d'arrêt contre M. Netanyahou dont l'avion a, à plusieurs reprises, traversé sans entrave le ciel européen.

Voir en ligne : /2026/11/ROBERT/70143

(1) Lire « La justice internationale dans le chaudron de Gaza », Le Monde diplomatique, juillet 2024.

(2) Daniel Mainguy, « La guerre américaine contre le juge Nicolas Guillou », Le Club des juristes, 12 décembre 2025.

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Du Kosovo à la Crimée

Vingt ans après, la guerre du Kosovo continue de susciter des polémiques entre les grandes puissances, notamment la Russie et les États-Unis. Moscou invoque régulièrement l'intervention de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) au printemps 1999 pour justifier les siennes, par exemple en Géorgie ou en Crimée. Dans un discours devant le Parlement, le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine affirmait ainsi : « Les autorités de Crimée se sont référées au précédent bien connu du Kosovo, un précédent que nos collègues occidentaux ont eux-mêmes créé dans une situation très semblable, quand ils ont convenu que la séparation unilatérale du Kosovo d'avec la Serbie — exactement ce que la Crimée est en train de faire en ce moment — était légitime et n'avait pas besoin d'une quelconque autorisation des autorités centrales du pays. »

Ce parallèle a fait l'objet d'une réfutation en règle par M. Barack Obama lui-même. Le président américain a justifié l'intervention de l'OTAN, qui n'a eu lieu « qu'après les violences et les meurtres systématiques subis par les populations du Kosovo. Le Kosovo n'a quitté la Serbie qu'au terme d'un référendum conforme au droit international, et dans le cadre d'une coopération scrupuleuse avec les Nations unies et les pays voisins du Kosovo » (Bruxelles, 26 mars 2014).

Cet échange pourrait susciter des débats juridiques sans fin, dans la mesure où le droit international consacre deux principes qui peuvent entrer en contradiction : l'intégrité des États et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. C'est pourquoi les déclarations d'indépendance formulées par certaines composantes d'un pays (région, province), comme celle de la Catalogne en octobre 2017, suscitent des batailles judiciaires, mais aussi politiques : il s'agit d'obtenir que l'indépendance soit reconnue par un nombre d'États suffisamment important, en qualité et en quantité, pour rendre effectif le changement de statut du territoire concerné. C'est le problème rencontré aujourd'hui encore par le Kosovo, qui n'est pas reconnu par tous les membres de l'Union européenne.

Le statut des États étant la pierre angulaire de l'ordre international, les mouvements autonomistes font toujours l'objet d'une attention particulière de la part de leurs pays voisins et des instances internationales, compte tenu de leur potentiel perturbateur (tensions diplomatiques, conflit armé). Les référendums d'autodétermination, lorsqu'ils font suite à des interventions militaires extérieures, ne suffisent pas à lever les doutes sur la légitimité d'une partition. En outre, les conséquences des déclarations d'indépendance, dont le statut n'est pas réglé par le droit international, peuvent se révéler très graves. La reconnaissance unilatérale de l'indépendance de la Croatie et de la Slovénie par l'Allemagne, en décembre 1991, avait ainsi entraîné une réaction en chaîne meurtrière, contribuant au démantèlement désordonné de la Yougoslavie. Sans aller jusqu'à ce cas extrême, les pays membres des Nations unies seraient sans doute avisés de se concerter sur les grandes règles qui doivent gouverner les relations internationales en tenant compte de l'expérience acquise depuis 1990.

Sans cette concertation et la clarification des principes, le débat demeurera le simple jouet des rapports de forces et des appréciations plus ou moins subjectives des uns et des autres, comme l'illustre cette déclaration du ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov : « On nous répète sans cesse que “le Kosovo, c'était un cas à part, car des milliers de personnes ont péri là-bas”. Faut-il en conclure que, pour que les habitants de la Crimée obtiennent la reconnaissance de leur droit imprescriptible, il faut que coule autant de sang en Crimée qu'au Kosovo ? Pardonnez-moi, ce sont des parallèles et des analogies parfaitement impropres (1). » De son côté, M. Obama, qui s'était opposé en 2003, alors qu'il était sénateur, à l'agression américaine contre l'Irak, dont l'illégalité ne faisait aucun doute, estime finalement que les États-Unis ont « cherché à travailler dans le cadre du système international » (Bruxelles, 26 mars 2014). Ce qui est vrai, mais… après la guerre. La référence récurrente à l'intervention au Kosovo confirme qu'elle a fracturé un élément essentiel de l'ordre international : la confiance autour du tapis vert des négociations.

Voir en ligne : /2018/02/ROBERT/58363

(1) Le Courrier de Russie, Moscou, 16 avril 2014.

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