Allemagne 1918-1923. Leçons d'une révolution fusillée
À l'heure où il est sans cesse question de la République de Weimar et de sa chute, Anne Deffarges offre un éclairage différent sur la période en brossant un tableau détaillé des mouvements sociaux et des luttes du mouvement ouvrier. Loin de circonscrire la tentative de révolution à 1918-1919 et à l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, comme il est de règle dans l'historiographie scolaire, elle l'étend aux cinq années allant de la mutinerie des marins de Kiel à l'insurrection de Hambourg de 1923. Elle montre combien le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), par hostilité au bolchevisme, s'opposa à tout dépassement du régime parlementaire « libéral », sans voir que le danger principal résidait dans l'armée, les forces économiques et les mouvements nationalistes dont le nazisme offrit un précipité chimique. Elle met en lumière la manière dont les insurrections successives et dispersées ont échoué, faute d'une organisation politique capable de les coordonner. Le groupe spartakiste, opposé au SPD, rallié en 1914 à l'« union sacrée », ne se constitue en Parti communiste (KPD) qu'en décembre 1918, alors que la révolution est en cours.
Atlande, Neuilly-sur-Seine, 2026, 432 pages, 21 euros.