❌

Reading view

Le virus invisible. Essai sur la désinformation en Afrique

JPEG - 45.3 kio

Si les fausses informations sont un fléau universel, l'Afrique en fait particulièrement les frais. La journaliste franco-congolaise Dominique Tchimbakala, longtemps figure de TV5 Monde, décrypte ce qu'elle qualifie de « véritable virus ». La vulnérabilité du continent provient, notamment, de la fragilité du tissu médiatique (un « désert informationnel ») et de l'utilisation très étendue des plates-formes numériques — « La désinformation s'est industrialisée avec le téléphone portable » ; ses richesses en font un enjeu économique et la cible des campagnes de désinformation venues de Russie, de Chine ou d'anciennes puissances coloniales. Mobilisant exemples et anecdotes, Tchimbakala analyse les ressorts sociaux et psychologiques de la propagation du « virus », comme la « cécité militante » ou l'« indifférence calculée » des pouvoirs publics. Elle met en garde contre les illusions d'un fact checking sans moyens et appelle à « réapprendre collectivement (…) ce qu'est vraiment le journalisme ». Selon elle, l'Union africaine doit contribuer à relever ce défi éducatif, culturel et social.

Voir en ligne : /2026/11/ROBERT/70166

Riveneuve, Paris, 2026, 190 pages, 10,50 euros.

  •  

Et Saïgon devint Ho Chi Minh-Ville

JPEG - 33.9 kio

De nombreux journalistes occidentaux ont couvert la guerre du Vietnam, mais peu ont rendu compte de la chute de Saïgon. Deux d'entre eux offrent une vue d'ensemble sur ce qui se joua ce printemps 1975. Pour le cinquantenaire de l'événement, une nouvelle édition de la chronique d'Olivier Todd (1929-2024) (1) a paru en poche. Publiée pour la première fois en 1987, cette reconstitution historique retrace les quatre mois précédant la prise de la ville. Alors qu'en janvier « le Vietnam n'est plus une priorité » pour la Maison Blanche, les offensives des forces nord-vietnamiennes sur Ban Me Thuot puis Da Nang alertent le président Gerald Ford et son secrétaire d'État Henry Kissinger. La menace communiste doit être contenue. Mais aucune intervention n'est envisageable depuis les accords de Paris de janvier 1973 entérinant une cessation complète des hostilités et le retrait des troupes américaines. Le Congrès, aligné sur l'opinion publique, paralyse également toute assistance militaire au régime allié du Sud-Vietnam. Lancée fin avril, avant la saison des pluies, la « campagne Ho Chi Minh » (du nom du fondateur du Parti communiste vietnamien) trace sa route vers Saïgon. Todd décrypte les stratégies militaires et les manœuvres diplomatiques pilotées par un petit monde où tous « ont entendu parler les uns des autres ou se connaissent plus ou moins », de l'ambassadeur américain Graham Martin au général nord-vietnamien Tran Van Tra. L'ensemble se lit comme un feuilleton bien mené, jusqu'aux chapitres prenants sur les journées décisives des 29 et 30 avril, narrant heure par heure le chaos de l'évacuation américaine plus de vingt ans après le début de l'implication des États-Unis. « Ce 30 avril, (…) l'hélico devient, par excellence, l'instrument du repli » ; le dernier engin décolle du toit de l'ambassade à 7 h 53. Dans la soirée, Saïgon devient Ho Chi Minh-Ville. Après trente ans de guerre, la voie de la réunification du Vietnam est ouverte.

JPEG - 35.7 kio

Ce même jour, Tiziano Terzani (1938-2004), « courant, sautant sur un char, prenant place sur une Jeep ou une autre », est au plus près des événements (2). Rapidement, le correspondant italien du Spiegel allemand dément toute épuration une fois les maquisards et bo doi (soldats du Nord-Vietnam) entrés dans la jadis impétueuse capitale du Sud, invalidant la théorie du bain de sang répandue par les médias américains. Pendant les trois mois qui suivent la « libération de Saïgon » (comme la désignait le titre de l'ouvrage lors de sa première parution, en 1976), il remplit « quatorze cahiers de notes, vingt cassettes d'interviews, d'enregistrements de discours et de conversations avec des Vietnamiens ordinaires ». D'en bas, il observe la révolution (l'effacement progressif de la « culture décadente », la destruction des symboles « fantoches », la chasse aux « obstinés ») et relate les balbutiements de la construction du socialisme vietnamien. Loin des commentaires anticommunistes rétrospectifs de Todd, Terzani ne juge pas ; il rapporte.

Voir en ligne : /2026/11/JOUSNI/70155

(1) Olivier Todd, La Chute de Saïgon. Cruel avril 1975, Perrin, Paris, 2025, 768 pages, 12,50 euros.

(2) Tiziano Terzani, La Chute de Saïgon. 30 avril 1975, Intervalles, Paris, 2026, 366 pages, 14,90 euros.

  •  

Chronique d'une « démocratie libérale »

JPEG - 123.5 kio
Jérôme Lagarrigue. – « The Colossus », 2016
© Jérôme Lagarrigue - www.jeromelagarrigue.com

Suffrage des marchés

Interrogé dans Le Monde (8 octobre 2026) sur l'inclination politique des marchés, M. Emmanuel Roman, directeur général du fonds Pimco, explique : « Très malheureusement, si vous me demandez entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, je pense que les marchés préféreront l'option Le Pen. »

La propriété ou la mort

Directeur du Figaro Magazine, Guillaume Roquette s'adressant à l'ancien ministre Thierry Breton, qui venait de se réjouir que les pillages en France ne se soient pas soldés par des morts, comme en Chine, en Iran, aux États-Unis, en Amérique latine (LCI, 20 octobre) : « M. Breton, je ne sais pas si je suis d'accord avec vous. J'entends beaucoup de Français qui disent : s'il y a des blessés graves, s'il y a des morts, eh bien c'est un prix qu'on est prêts à payer. »

Le modèle Bukele

Le président de la République du Salvador, M. Nayib Bukele, décrié pour sa dérive dictatoriale, a subitement accédé au rang de modèle politique pour la France. Sur CNews, le 19 octobre, le président du Rassemblement national Jordan Bardella fulmine : « En dix ans, le président de la République a été incapable de mettre en place les sept mille places de prison promises, et en dix mois le Salvador a construit quarante mille places de prison. » M. Nicolas Dupont-Aignan, maire de Yerres (Essonne), lui emboîte le pas : « Pourquoi les tribunaux ne condamnent pas en France ? C'est pas qu'il y a des mauvais magistrats. C'est qu'il n'y a pas de places de prison. On peut le faire, tous les pays le font. Pourquoi le Salvador de Bukele, un petit pays, a été capable de rétablir l'ordre et la France n'en est pas capable ! » (BFM TV-RMC, 23 octobre).

Woke et Hamas

Réagissant le 20 octobre sur Channel 14, une chaîne israélienne, aux scènes de pillage en France, le premier ministre Benyamin Netanyahou a expliqué : « L'Europe est un continent épuisé. Ils n'ont aucune volonté de se battre. Ils cèdent à ces électeurs islamistes et à la gauche “woke”. (…) Si nous n'arrêtons pas le Hamas ici, vous les verrez dans les rues de Paris, et c'est exactement ce qui se passe en ce moment » (cité par Le Monde, 22 octobre).

Djihadistes et communistes

Lors d'un meeting électoral au Kansas, le 19 octobre 2026, M. Donald Trump a expliqué : « Si vous voulez comprendre ce qui est en jeu dans cette élection, vous n'avez qu'à regarder ce qui se passe en France, un pays qui fut grand et qui est en train d'être conquis, pillé et brûlé par des migrants, des djihadistes et des communistes. »

« Ahurissant »

« La recommandation générale, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation dans les jours à venir » (Emmanuel Macron, 22 octobre 2026).

« C'est ahurissant de pouvoir dire des choses pareilles quand on est chef de l'État. C'est oublier que le droit de manifester est une liberté fondamentale pour tous. Ce n'est pas au président de la République de fixer de telles règles, car c'est une rupture incroyable d'égalité entre les citoyens » (Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l'homme, citée dans Le Monde, 23 octobre).

« C'est dangereux, cette banalisation risque demain d'être reprise par l'extrême droite » (Patrice Spinosi, dans le même article du Monde, 23 octobre).

Vers le parti unique

En France, le président du Sénat, deuxième personnage de l'État, réfléchit à dissoudre le premier parti d'opposition.

— Le Figaro (20 octobre) : « Faut-il interdire le parti de Jean-Luc Mélenchon ? »

— M. Gérard Larcher : « Nous avons pu dissoudre Génération identitaire et la Jeune Garde. LFI est un parti politique qui concourt à l'expression de la nation. Je l'entends. Mais il tient une grande part de responsabilité dans le discours de haine. Je pense que la question peut être posée. »

Palme du bla-bla

Christophe Rouillon, socialiste, maire de Coulaines : « Aujourd'hui, on a effectivement une stratégie du bazar de l'extrême gauche trotskiste néo-léniniste et marxiste alliée aux fréristes musulmans et puis aux réseaux mafieux qui sont là pour détruire la République et qui poussent au chaos » (France Info, 19 octobre).

De l'argent, il y en a

Candidat de droite libérale, M. David Lisnard propose, face à un « État régalien en déliquescence », de consacrer 8 milliards d'euros à la construction de vingt mille places de prison (RTL, 20 octobre). En somme, de l'argent, il y en a.

Peuple et foule

Pour accoucher du bon peuple, il faut écraser la foule. ce principe qui guide la bourgeoisie française depuis le XIXe siècle a été réaffirmé par Dominique Reynié, professeur de science politique et militant de droite, dans Le Figaro Magazine (23 octobre) : « Une partie des manifestants, les casseurs et finalement les pilleurs ont donné le jour à une foule d'émeutiers déterminés, aguerris, entraînés, y compris au tir, par le maniement des mortiers d'artifice. (…) Le peuple est une étrange puissance ; il ne peut être souverain qu'à la condition d'être conduit par les représentants qu'il se donne. Il n'y a pas d'autre possibilité. Livré à lui-même, inorganisé, il redevient multitude et foule. La foule, c'est le peuple redevenu incapable de liberté et qui ne peut que s'adonner au chaos et, pour y mettre fin, s'abandonner à la tyrannie. »

Maire de Nice ou barbarie

« Si nous renonçons à employer la force contre les barbares, c'est la République qui s'effondrera » (titre d'un entretien d'Éric Ciotti au Figaro, 20 octobre).

« Tuer trente émeutiers »

Avocat spécialisé dans la défense des policiers, M. Thibault de Montbrial a commenté sur BFM TV le 19 octobre les manifestations et les pillages survenus la veille et l'avant-veille : « Et s'il faut tuer trente émeutiers dans le cadre prévu par la loi (…), si la situation de proportionnalité exige que pour protéger nos concitoyens il faille utiliser la force létale, eh bien il faut l'assumer. »

Voir en ligne : /2026/11/A/70134
  •  
❌