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Édouard Philippe veut « réarmer juridiquement l’État » : quelles libertés seront désarmées ?

29 October 2026 at 08:38

Dans un entretien au Point publié le 27 octobre 2026, Édouard Philippe, candidat d’Horizons à la présidentielle, réclame de « réarmer juridiquement l’État face au retour d’une violence d’ultragauche ». Estimant que l’État « a failli » lors des violences d’octobre, l’ancien Premier ministre ouvre la voie à de nouveaux pouvoirs légaux, sans préciser lesquels. Mais avant d’ajouter des restrictions aux libertés publiques, une question s’impose : pourquoi les instruments juridiques déjà disponibles n’ont-ils pas suffi ?

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Le diagnostic est donc posé : défaillance. La solution, elle, reste floue : de « nouveaux pouvoirs légaux », sans que la mesure soit précisée à ce stade. Un vide que le candidat comble par une rhétorique sécuritaire, mais que le droit, lui, n’a pas attendu pour exister.

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L’État dispose déjà d’un arsenal juridique pour répondre aux violences.

Dissolutions administratives, interdictions de manifestations, poursuites pénales : les pouvoirs publics ne partent pas de zéro. La loi du 10 avril 2019, dite « loi anticasseurs », a notamment renforcé les moyens de lutte contre les violences en manifestation. Mais le Conseil constitutionnel a censuré, dans sa décision du 4 avril 2019, la disposition qui autorisait l’administration à interdire individuellement à certaines personnes de manifester, jugeant l'atteinte portée à la liberté d’expression collective disproportionnée. Ce texte a une histoire que le candidat connaît bien. En janvier 2019, en pleine crise des Gilets jaunes, c’est Édouard Philippe, alors Premier ministre, qui annonçait une nouvelle loi pour répondre aux violences.

Édouard Philippe affirme que l’État « a failli » lors des violences d’octobre. Cette appréciation appelle à une interrogation : s’agit-il d’une insuffisance des textes, d’une mauvaise application des règles existantes ou d’une défaillance opérationnelle des autorités ? Ces trois situations ne justifient pas les mêmes réponses. Sans diagnostic précis, réclamer de nouvelles dispositions revient à faire payer aux libertés publiques les conséquences d’un échec dont les causes restent à établir.

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Derrière la promesse d’autorité, une extension possible du pouvoir administratif.

Édouard Philippe ne propose pas, à ce stade, de ressusciter l’article censuré. . Il évoque des « outils préventifs » et le « refus absolu de l’impunité » avec des « peines de prison ultracourtes mais effectives dès la première infraction ». Sur le papier, ces mesures relèvent du pénal et du judiciaire. Mais le candidat d’Horizons a un historique. En septembre 2026, il a détaillé un projet d’« état d’urgence narcotrafic » : un régime temporaire autorisant des perquisitions administratives non pour rechercher des preuves, mais pour prévenir un trouble ; et le recours à la reconnaissance faciale. Un « instrument juridique » permettant, dans une zone et pour une durée données, d’utiliser des dispositifs « que l’on n’a pas le droit d’utiliser normalement ». Le vocabulaire est celui d’un état d’exception permanentisé, appliqué non plus à un ennemi identifié, mais à des catégories de population jugées à risque.

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La question est politique autant que juridique. À l’approche de la présidentielle de 2027, le candidat d’Horizons cherche à incarner le rétablissement de l’autorité publique. Mais la fermeté ne se mesure pas au nombre de textes votés. Elle suppose des enquêtes efficaces, l’identification des auteurs, l’exécution des sanctions et une action administrative soumise au contrôle du juge. Une loi supplémentaire ne garantit rien de tout cela. Par ailleurs, une loi votée contre une minorité violente s’applique ensuite à tous. Les dispositions de l’état d’urgence, présentées en 2015 comme provisoires, ont été transposées dans le droit commun par la loi du 30 octobre 2017, sous le gouvernement de… Édouard Philippe. L’exception est devenue la règle, avec les pouvoirs de perquisition administrative et d’assignation à résidence dont dispose désormais l’autorité préfectorale. Le même homme déclarait pourtant, au printemps 2018, après les attaques jihadistes de l’Aude, qu’il se méfiait des « réponses juridiques rapides ». Huit ans plus tard, candidat, il n’hésite plus. L’élection a ses raisons.

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Le candidat ne précise ni le périmètre, ni la procédure, ni le juge compétent. Un pouvoir flou finit toujours par se loger là où il est le plus commode : chez l’autorité qui décide seule, sans débat contradictoire. Le syndicaliste, le lycéen, l’agriculteur bloquant une route, le riverain d’un projet contesté tomberont, un jour, sous la même définition que l’ultragauche d’aujourd’hui. Édouard Philippe doit préciser ce qu’il veut changer et pourquoi le droit existant ne suffirait pas. Faute de cette démonstration, le « réarmement juridique » ressemble moins à une réponse établie aux défaillances de l’État qu’à une nouvelle promesse d’extension de ses prérogatives. Les libertés publiques ne devraient pas servir de variable d’ajustement à l’impuissance administrative.

La campagne d'Édouard Philippe décroche dans les sondages

29 September 2026 at 10:20

par Élise Rochefort

Trois instruments distincts mesurent la position d'Édouard Philippe : les baromètres de popularité, les intentions de vote au premier tour et les duels de second tour. Ils ne posent pas la même question et leurs niveaux ne sont pas comparables entre eux. Les trois reculent.

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La popularité

Le baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale, réalisé les 23 et 24 septembre 2026 auprès de 1 005 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, mesure 27 % d'opinions favorables pour Édouard Philippe, en recul de 3 points. L'institut relève une baisse de dix points depuis mai 2025.

La même série le mesurait à 30 % en mai 2026, après un recul de 2 points en mai et de 4 points en avril, soit six points sur deux mois.

Le tableau de bord des personnalités de l'Ifop, réalisé les 2 et 3 septembre 2026 auprès de 1 034 personnes, mesure 46 % de bonnes opinions, en recul de 2 points, et le place au cinquième rang. Les trois premières places sont occupées par des personnalités sans mandat électif en exercice. Gabriel Attal y est mesuré à 43 %.

Les deux instruments ne donnent pas le même niveau — 27 % et 46 % — parce qu'ils ne posent pas la même question. Seules leurs évolutions respectives sont comparables. Elles vont dans le même sens.

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Les intentions de vote

L'enquête Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, dont la notice a été déposée le 14 septembre 2026 auprès de la Commission des sondages, a été réalisée du 8 au 10 septembre auprès de 2 052 personnes inscrites sur les listes électorales. Édouard Philippe y est mesuré à 14 % dans l'hypothèse qui retient également Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal, à 17 % dans celle qui ne retient que Glucksmann, et à 19 % dans celle qui substitue François Hollande aux deux précédents.

Sur les autres enquêtes de la période, il est mesuré entre 14,5 et 18 % par l'Ifop les 24 et 25 août, entre 17 et 19,5 % par Elabe du 26 au 28 août, et à 19 % par Cluster 17 pour Politico les 15 et 16 septembre. L'enquête Odoxa-Mascaret des 20 et 21 mai le mesurait à 17 %, en recul de 4 points sur la vague précédente.

La borne basse de cette fourchette, 14 %, correspond à l'hypothèse où trois candidats du centre et de la gauche non insoumise se présentent simultanément. Dans cette configuration, Jean-Luc Mélenchon est mesuré deux points au-dessus de lui.

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Le second tour

Dans le même sondage Toluna, Édouard Philippe obtient 45 % face à Marine Le Pen, contre 49 % dans la vague d'août 2026 : quatre points en un mois. Gabriel Attal y est mesuré à 44 %, contre 45 % en août. Sur le second tour, l'institut annonce une marge d'erreur de 2,9 à 3,1 points selon le score visé.

En mai, l'enquête Odoxa-Mascaret donnait un second tour Jordan Bardella-Édouard Philippe à 52-48, après des vagues précédentes qui plaçaient Philippe en tête.

Le calendrier judiciaire

Une information judiciaire a été ouverte au printemps 2026 sur la gestion du pôle numérique du Havre. Les qualifications visées, telles que rapportées par la presse, sont le détournement de fonds publics, le favoritisme, la prise illégale d'intérêts et la concussion. Les faits portent sur une convention conclue en 2020 entre la communauté urbaine et l'association LH French Tech, qui a perçu 2,154 millions d'euros de compensation publique. Un signalement avait été adressé au Parquet national financier en septembre 2023, des perquisitions ont eu lieu en avril 2024, et le PNF a pris des réquisitions aux fins d'ouverture d'une information judiciaire le 7 mai 2026.

Aucune mise en examen n'a été rapportée à ce jour. Édouard Philippe bénéficie de la présomption d'innocence. Son entourage a indiqué qu'il répondrait aux questions de la justice, comme il l'a toujours fait.

Odoxa rattache explicitement le recul de mai à l'ouverture de cette enquête. L'Ifop, qui mesure un recul sur la même période, n'avance pas de cause.

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Ce qui ne recule pas

Édouard Philippe demeure le candidat du bloc central le mieux placé dans la plupart des hypothèses testées, et le seul mesuré à 19 % dans deux enquêtes de septembre. Au second tour, il conserve un point d'avance sur Gabriel Attal. L'Ifop relève qu'il garde un avantage parmi les sympathisants de Renaissance et les électeurs d'Emmanuel Macron en 2022. Son score de premier tour est le plus élevé lorsque le nombre de candidatures concurrentes au centre est le plus faible, ce qui dépend de décisions qui ne lui appartiennent pas.

Les limites de la mesure

Aucune des personnalités du bloc central n'a déclaré sa candidature. Les instituts testent des hypothèses qu'ils construisent, et ces hypothèses diffèrent d'une enquête à l'autre : une variation de score peut donc traduire un changement d'opinion ou un changement de configuration testée. Les marges d'erreur annoncées, de 1,4 à 2,9 points au premier tour, sont du même ordre que la plupart des écarts commentés. Les baromètres de popularité et les intentions de vote mesurent deux objets différents, et rien n'établit que l'un précède l'autre.

Trois séries reculent sur la même période. Elles ne disent pas si le mouvement se poursuivra.

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