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Tintin au pays des fascistes

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Léon Degrelle (1906-1994), chef de file des collaborationnistes wallons durant la seconde guerre mondiale, soutient, dans son autobiographie posthume, interdite pour négation de crimes contre l'humanité, avoir inspiré à Hergé son héros. Sébastien Bourdon, journaliste spécialiste de l'extrême droite, revient sur les relations qui ont toujours uni les deux hommes, sur la carrière d'Hergé, mise sur orbite par la presse pronazie, ses dessins antisémites, effacés au fil des rééditions mais toujours à la demande de son éditeur, ses amis qu'il accueillera au Journal Tintin pendant ses premières années, véritable « pépinière à collaborateurs ». Lui-même, à défaut de s'excuser, reconnaîtra avoir cru que « l'avenir de l'Occident pouvait dépendre de l'Ordre nouveau ». Alors, Tintin est-il fondamentalement un « défenseur des opprimés » ou un « sauveur blanc » ? Pour l'extrême droite, le doute n'est pas permis : il est bien « uno di noi » (l'un des nôtres). Et pour Bourdon, si ses aventures ne relèvent d'aucune idéologie, elles offrent bien une vision du monde « résolument fascisto-compatible ».

Voir en ligne : /2026/11/LONDON/70196

Divergences, Quimperlé, 2026, 180 pages, 16 euros.

La Gueule ouverte et l'écologie contestataire

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Si « l'atome est la matrice » de La Gueule ouverte, le « journal qui annonce la fin du monde », né dans le giron de Charlie Hebdo en 1972, traita de toutes les questions qui agitaient alors le mouvement écologiste. Au-delà de son fondateur, Pierre Fournier, qui disparaît au bout de trois numéros, on retrouve de nombreuses autres signatures dans les pages de ses 314 numéros parus en huit ans : de Bernard Charbonneau à Françoise d'Eaubonne, en passant par Reiser et Isabelle Cabut. Entre les nombreux déménagements et les difficultés financières, les engueulades, la cohabitation entre les (rares) journalistes professionnels et les militants, cette saga éditoriale est évoquée avec concision mais précision. Une sélection de textes complète cette histoire, illustrant les débats dont la rédaction fut une véritable caisse de résonance : les luttes antinucléaires, les combats féministes, la non- et la contre-violence, sur fond de société industrielle aux aménagements divers, nourrie par son culte du progrès. L'ensemble a une portée didactique, comme tous les volumes de cette collection consacrée aux « précurseur·ses de la décroissance ».

Voir en ligne : /2026/11/LONDON/70159

Le Passager clandestin, Lorient, 2026, 128 pages, 12 euros.

André Martel, du jargon comme l'un des Beaux-Arts

30 September 2026 at 08:49
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Agrégé de grammaire, lauréat de Jeux floraux avec ses Poèmes d'un poilu, André Martel (1893-1976) abandonna sur le tard la métrique et le « lyrisme un peu mièvre » pour l'invention verbale jubilatoire, agissant tel « un recours magique contre la langue commune devenue suspecte et dangereuse, vécue comme complice d'un réel invivable et mortifère », à la manière de la glossolalie chez Antonin Artaud et du muttum de Pierre Guyotat, autres « grands traumatisés ». « Le Paralloïdre népasun macabre. Biénocontre i dénécrope en jésulitter un bocalazare franlatigal. » Ainsi se défendait-il des attaques d'un « pauvre niaicessaire, pauvre conard », critique du Figaro littéraire qui avait diagnostiqué un « délire » dans ses écrits et l'avait accusé de nihilisme. Utilisant verlan, pataquès, mots-valises, analogies sonores et autres soudures autogènes, ses textes en paralloïdre (une langue qu'il avait inventée), remarqués par Jean Dubuffet et le docteur Gaston Ferdière, demeuraient introuvables jusqu'à leur compilation récente par les rares et précieuses éditions On verra bien, qui publient dans la foulée cette biographie.

Voir en ligne : /2026/10/E__L/70085

On verra bien, Limoges, 2026, 140 pages, 15 euros.

La Corruption du meilleur engendre le pire. Entretiens avec David Cayley

30 September 2026 at 08:49
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Refusant toute titularisation, il parcourait les universités comme enseignant itinérant. Convaincu que l'amitié était indispensable à la communauté d'esprit, il organisait des séminaires affinitaires et des dîners où le vin contribuait à la « recherche de la vérité ». Comprenant qu'il était déjà trop âgé, il avait renoncé à apprendre le japonais ou le chinois pour penser dans un autre système mental. Dans ces entretiens avec David Cayley, menés dans les années 1990, ici regroupés et réédités, Ivan Illich (1926-2002), théoricien de l'école, penseur de l'écologie politique, commente ses premiers livres, leurs intentions, et confronte leurs diverses thèses au temps présent. Si les thématiques abordées sont nombreuses (l'école et la santé, l'histoire de la perception du corps et celle des images…), on découvre surtout un aspect effacé de la légende qui l'entoure : une méditation continue de l'Évangile et de ses commentateurs irrigue l'ensemble de son œuvre, sans y faire pourtant référence.

Voir en ligne : /2026/10/LONDON/70083

L'Échappée, Paris, 2026, 512 pages, 24 euros.

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