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Tintin au pays des fascistes

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Léon Degrelle (1906-1994), chef de file des collaborationnistes wallons durant la seconde guerre mondiale, soutient, dans son autobiographie posthume, interdite pour négation de crimes contre l'humanité, avoir inspiré à Hergé son héros. Sébastien Bourdon, journaliste spécialiste de l'extrême droite, revient sur les relations qui ont toujours uni les deux hommes, sur la carrière d'Hergé, mise sur orbite par la presse pronazie, ses dessins antisémites, effacés au fil des rééditions mais toujours à la demande de son éditeur, ses amis qu'il accueillera au Journal Tintin pendant ses premières années, véritable « pépinière à collaborateurs ». Lui-même, à défaut de s'excuser, reconnaîtra avoir cru que « l'avenir de l'Occident pouvait dépendre de l'Ordre nouveau ». Alors, Tintin est-il fondamentalement un « défenseur des opprimés » ou un « sauveur blanc » ? Pour l'extrême droite, le doute n'est pas permis : il est bien « uno di noi » (l'un des nôtres). Et pour Bourdon, si ses aventures ne relèvent d'aucune idéologie, elles offrent bien une vision du monde « résolument fascisto-compatible ».

Voir en ligne : /2026/11/LONDON/70196

Divergences, Quimperlé, 2026, 180 pages, 16 euros.

Martin Eden à Waikiki

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Jack London à Hawaï, c'est inattendu. Ce roman graphique noir et ocre, d'une beauté crépusculaire, met en lumière ce moment de son existence, entre son exaltation pour un surf autochtone bientôt « blanchi » et une écriture toujours aussi compulsive (deux nouvelles « hawaïennes » entrecoupent le récit) (1). Lorsqu'il y séjourne pour la première fois, en 1907, l'archipel est propriété des États-Unis depuis bientôt dix ans. Avec sa nouvelle compagne Charmian, écrivaine et éditrice, il va y passer une bonne part des deux dernières années qu'il lui reste à vivre, alors qu'il est rongé par la maladie et la dépression. Après avoir choisi de passer une semaine sur l'île de la terreur, Molokai, où l'on consigne les lépreux depuis 1866, il raconte les traitements et la dignité des patients. Dans les demeures coloniales où il est fêté, il ne renie pas le socialiste qu'il est. C'est à Hawaï qu'il prononce pour la première fois sa célèbre conférence « Révolution » : « Voici nos mains ! Ce sont des mains vigoureuses. Nous allons vous retirer vos gouvernements, vos palais, et votre confort doré. » Il célèbre la lutte des classes, le peuple en action (blanc forcément, pour un London suprémaciste), mais aussi l'individu. En l'occurrence George Freeth, « un dieu vivant », première légende du surf. Freeth est partiellement indigène. Le dieu marin de London est un métis.

Voir en ligne : /2026/11/MATIAS/70191

(1) Christophe Dabitch (récit) et Thierry Murat (dessins et couleurs), Le Haut de la vague. Charmian et Jack London à Hawaï, Futuropolis, Paris, 2026, 160 pages, 25 euros.

Au rythme des trèves

15 September 2026 at 18:04

Création originale pour « Manière de voir »

« Ce qui m'intéresse, c'est une manière de raconter les histoires avec des images qui s'insèrent dans un récit mais peuvent aussi fonctionner indépendamment », explique Bademjan — aubergine, en français — un artiste iranien de 32 ans. Des images comme autant d'idées autonomes qui ensemble, articulent un propos structuré.

Basé à Téhéran, Bademjan dessinait « constamment » enfant, et s'il s'intéresse à l'animation et à l'illustration au lycée, c'est finalement la peinture qu'il étudie à l'université. « Je n'ai jamais décidé d'être un auteur de bande dessinées : cela correspond simplement à ma manière de penser et de raconter des histoires », précise-t-il. S'il a existé une tradition de magazines satiriques illustrés dans le pays, c'est surtout via Internet et les réseaux sociaux que les auteurs et autrices actuels font circuler leurs œuvres. Bademjan, lui, se sent proche d'artistes qui mêlent peinture, bande dessinée et illustration plutôt que de traiter séparément ces disciplines, de Shel Silverstein à Jaakko Pallasvu, en passant par Marjane Satrapi, Turner, Goya ou Jafar Panahi. « Toutes ces influences se recoupent dans une certaine mesure : l'observation de la vie quotidienne, l'humour, la politique, la place de la ville, et la possibilité de raconter des histoires avec des images relativement simples. »

« Il est difficile de faire des plans à long terme en Iran, parce que les circonstances peuvent changer très vite. J'essaie de continuer à apprendre et à faire le meilleur travail possible tant que je le peux », confie-t-il. Quant à la guerre, « comme beaucoup d'Iraniens, j'espère voir un futur avec moins de violence et plus de liberté. Mais ce qui me préoccupe le plus, c'est le sort des gens ordinaires : alors qu'ils n'ont que peu de prise sur les décisions, ils en payent toujours le prix le plus élevé. »

Voir en ligne : /mav/209/BADEMJAN/69913
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