Si « l'atome est la matrice » de La Gueule ouverte, le « journal qui annonce la fin du monde », né dans le giron de Charlie Hebdo en 1972, traita de toutes les questions qui agitaient alors le mouvement écologiste. Au-delà de son fondateur, Pierre Fournier, qui disparaît au bout de trois numéros, on retrouve de nombreuses autres signatures dans les pages de ses 314 numéros parus en huit ans : de Bernard Charbonneau à Françoise d'Eaubonne, en passant par Reiser et Isabelle Cabut. Entre les nombreux déménagements et les difficultés financières, les engueulades, la cohabitation entre les (rares) journalistes professionnels et les militants, cette saga éditoriale est évoquée avec concision mais précision. Une sélection de textes complète cette histoire, illustrant les débats dont la rédaction fut une véritable caisse de résonance : les luttes antinucléaires, les combats féministes, la non- et la contre-violence, sur fond de société industrielle aux aménagements divers, nourrie par son culte du progrès. L'ensemble a une portée didactique, comme tous les volumes de cette collection consacrée aux « précurseur·ses de la décroissance ».
Au cours du dernier demi-siècle, la proportion d'étrangers a plus que triplé, passant d'environ 5 % à environ 15 %. Au cours des quinze dernières années, elle a doublé. Si l'on ajoute les personnes issues de l'immigration, le chiffre croît encore. Comme on le sait, la part des étrangers en Allemagne de l'Est est inférieure à la moyenne nationale, mais les tendances sont les mêmes. En Saxe-Anhalt, elle a doublé depuis 2015. Sur ce point, Alternative für Deutschland n'a pas tort : les dernières décennies ont transformé la société allemande. Et cette mutation profonde et controversée n'a pas fait l'objet d'une délibération collective, comme ce fut le cas, par exemple, pour la fermeture des centrales nucléaires allemandes. (…) Contrairement à la transition énergétique, elle a surtout été perçue comme une question de normes et de morale civique — et non comme un défi matériel à long terme d'une ampleur considérable. Ce n'est pas seulement une recette toute faite pour engendrer des tensions sociales et faire prospérer les ressentiments. C'est une énorme occasion manquée. Dans toutes les enquêtes, en particulier dans le domaine de l'éducation, la population issue de l'immigration en Allemagne obtient des résultats inférieurs à la moyenne. C'est un échec politique. Il faut l'admettre et essayer de rattraper ces erreurs par des investissements futurs.
« Die Ökonomie des Faschismus – damals und heute » (L'économie du fascisme – hier et aujourd'hui), Surplus, n° 11, octobre 2026)
Dans un article sur « L'économie du fascisme », l'historien Adam Tooze évoque l'impact des migrations sur la société allemande.
Migration et société
La guerre en Ukraine est dans l'impasse, et la stratégie de victoire des alliés pourrait ne jamais aboutir. Si la volonté de combattre de M. Poutine n'est pas brisée par les difficultés économiques et le mécontentement intérieur, alors l'Ukraine et ses alliés devront trouver des conditions de coexistence avec lui pour que cette guerre prenne fin ou s'interrompe. (…) Les alliés parlent d'instaurer une paix juste et durable, a déclaré un ancien responsable américain, tout juste de retour de réunion avec de hauts responsables russes à Moscou. « Mais nous savons tous, au fond de nous-mêmes, que cette paix ne sera pas juste », a-t-il déclaré lors du forum d'Helsinki sur la sécurité (du 2 au 4 octobre), prédisant que la Russie finirait par conserver une partie du territoire ukrainien et que M. Poutine ne serait jamais jugé à La Haye pour crimes de guerre. D'autres participants bien informés ont rapporté que les élites russes n'ont aucune intention de verser des réparations à l'Ukraine. (…) L'Ukraine a plus que quiconque le droit de condamner la Russie en tant que paria. Son peuple a courageusement résisté à l'agression de M. Poutine et ne montre aucun signe d'abandonner le combat. Mais l'Ukraine doit aussi survivre. Si les Ukrainiens devaient un jour accepter une paix à des conditions imparfaites, les Européens ne pourraient se montrer plus purs qu'eux.
« Vladimir Putin and the pariah problem » (Vladimir Poutine et le problème du paria), 6 octobre.
Farouche partisan de la poursuite de la guerre en Ukraine jusqu'à la victoire de Kiev, l'hebdomadaire britannique The Economist a récemment dû revoir ses ambitions à la baisse.
Réalisme
Hellbeck propose de repenser l'Holocauste, ou le « judéocide », comme il préfère appeler le génocide des Juifs par les nazis. Plutôt qu'un crime de haine antisémite visant à exterminer un peuple au seul motif de son identité — c'est-à‑dire à détruire « un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel », selon la définition du génocide donnée par la convention de 1948 —, le véritable mal nazi était, avant tout, à mobile politique. Il s'agissait de la destruction paranoïaque d'un ennemi politique lui-même imaginé comme une menace génocidaire. Le projet des nazis consistait à éliminer, dans un acte de légitime défense préventive, ceux qu'ils percevaient comme des obstacles futurs à la « sécurité permanente » de l'Allemagne — pour reprendre une expression d'Otto Ohlendorf, le chef de l'escadron de la mort Einsatzgruppe D, lors de son procès à Nuremberg en 1947. (…) L'argument principal de Hellbeck est que les nazis n'ont pas, au départ, persécuté, exproprié, exploité et assassiné les Juifs parce qu'ils étaient juifs, mais parce qu'ils étaient communistes, communistes en devenir ou partisans potentiels des communistes.
« Of Bolsheviks and Jews — Another History of the Holocaust » (Sur les Bolcheviques et les juifs - Une nouvelle histoire de l'Holocauste, 1er octobre 2026.
Dans la revue en ligne The Ideas Letter (1er octobre), le spécialiste du génocide Anthony Dirk Moses recense favorablement le dernier livre de l'historien Jochen Hellbeck, World Enemy n° 1 : Nazi Germany, Soviet Russia, and the Fate of the Jews (Penguin, 2025).
Hong Seong-dam. — illustration pour le « Bulletin des militants », date inconnue
La Révolution française avait L'Ami du peuple, la Russie bolchevique Iskra, les communistes chinois Le Quotidien de la Libération… En Corée du Sud, le journal du soulèvement de Gwangju, qui dura du 18 au 27 mai 1980, s'appelait Le Bulletin des militants. Il fut publié et diffusé par Yoon Sang-won, un syndicaliste de 29 ans, et ses camarades pendant la révolte contre le coup d'État militaire du général Chun Doo-hwan.
Gwangju fut la seule ville à lui opposer une résistance, lors de l'unique soulèvement armé qu'ait connu la Corée du Sud depuis la guerre qui déchira la péninsule entre 1950 et 1953. Étudiants et travailleurs s'unirent durant cinq jours pour prendre la ville, cinq autres pour la tenir, avant d'être écrasés. En 2023, après une nouvelle série d'enquêtes officielles, le gouvernement a estimé le nombre de morts à 166, tandis que 179 personnes demeurent portées disparues.
L'histoire du Bulletin des militants, qui ne dura que sept jours, est celle d'une langue qui se libère et s'invente dans le feu de l'événement. Le premier numéro paraît le 21 mai (sous le titre initial de Bulletin de la démocratie), trois jours après le début des manifestations de rue, auxquelles les parachutistes répondent par la violence. La veille, les journaux locaux ont cessé de paraître, pris entre la censure militaire et les protestations croissantes contre leur couverture défaillante (dans les faits, largement censurée) des événements. La nuit précédente, au terme de quatre jours et quatre nuits de gaz lacrymogènes, de répression et d'agressions à l'arme blanche commises par les militaires, les manifestants prennent le dessus pour la première fois, lorsque quelque deux cents chauffeurs de taxi et de bus percent le cordon des forces gouvernementales avec leurs véhicules.
Le 21 mai est l'un des jours les plus marquants du soulèvement. Les parachutistes ouvrent le feu sur les manifestants qui se pressent sur Geumnam-ro, la plus grande avenue de la ville, tuant au moins cinquante-quatre civils non armés. Après la fusillade, de jeunes manifestants s'emparent d'armes à feu dans les arsenaux de la ville. La Corée du Sud est à l'époque une société fortement militarisée : après le service militaire obligatoire, tous les hommes valides sont enrôlés dans une vaste force de réserve. Alors que certains, furieux, prennent les armes, d'autres prennent la plume pour créer un journal autour de Yoon Sang-won.
Ce dernier s'engage dans le mouvement étudiant alors qu'il fréquente un établissement d'enseignement supérieur local. Après avoir obtenu son diplôme, en 1978, Yoon décroche un emploi dans une banque, une situation particulièrement enviable pour un jeune homme de Gwangju. Mais il renonce bientôt à une carrière lucrative pour se consacrer à la syndicalisation des ouvriers dans un pôle industriel, où les salaires ne représentent que la moitié de la moyenne nationale.
À la mi-1979, il commence à diriger une école du soir pour les ouvriers, baptisée « L'Incendie ». Ce sont les étudiants et les tuteurs de l'établissement qui produiront et diffuseront plus tard le bulletin. À l'époque, les machines à écrire coûtent une fortune. La production est lente, laborieuse et clandestine. Yoon et un autre tuteur rédigent la plupart des articles. Park Yong-joon, un étudiant de l'école âgé de 19 ans et cireur de chaussures, connu pour son écriture soignée, utilise un stylet pour recopier les articles mot à mot sur trois feuilles de papier stencil au format A2. Quatre personnes utilisent ensuite des rouleaux pour produire environ six mille exemplaires de chaque numéro.
Le Bulletin paraît de manière irrégulière. Le 22 mai, alors que des milliers de manifestants chassent les forces d'élite envoyées par le gouvernement, les deuxième et troisième numéros paraissent à une demi-journée d'intervalle. Le deuxième numéro fait immédiatement état de l'émergence de milices armées se rassemblant dans le parc de la ville. Il se lit comme un ensemble de slogans et d'instructions de combat. « Militants de la démocratie, donnons tout ce que nous avons », proclame le titre à la une. La publication appelle les milices à recruter davantage de membres et à mettre en place des défenses, quartier par quartier, tout en rendant compte des derniers mouvements connus des parachutistes.
Dès le troisième numéro, Le Bulletin appelle à la rescousse les réservistes de l'armée, formés au maniement des armes à feu. Il insiste pour que les munitions ne soient pas gaspillées. Les rédacteurs utilisent le journal pour organiser l'utilisation des véhicules saisis : « Attribuons une mission à chaque véhicule ! »
Page du cinquième numéro du « Bulletin des militants ».
Le quatrième numéro a bien été publié, mais aucun exemplaire n'est parvenu jusqu'à nous. À partir du cinquième numéro, Le Bulletin des militants devient un outil de mobilisation des citoyens, les exhortant à participer aux rassemblements de masse organisés quotidiennement devant la préfecture. Sa diffusion ne se limite plus au centre-ville : Yoon Sang-won prend la tête d'un convoi d'une dizaine de véhicules réquisitionnés pour distribuer des exemplaires jusque dans les quartiers les plus reculés.
Le journal disparaît au moment où le mouvement atteint son paroxysme. Le 26 mai, son dixième et ultime numéro est imprimé sur une machine à stencil électrique. La veille, Yoon Sang-won et ses camarades ont expulsé de la préfecture les dirigeants qui venaient de négocier la reddition sans condition. « Nous ne reconnaîtrons pas comme notre gouvernement celui dirigé par Chun Doo-hwan et sa clique putschiste, peut-on lire dans la dernière édition. Soldats, qui servez-vous désormais ? »
Le Bulletin ne contient plus de directives ni de comptes rendus. Il appelle simplement ceux qui en possèdent un exemplaire à le diffuser aussi largement que possible. Une chose manque pourtant : l'appel à se battre jusqu'à la victoire — jusque-là, sa marque de fabrique. Tout le monde sait que le soulèvement est sur le point de s'achever dans un nouveau massacre. Appeler chacun à lutter « jusqu'au bout » reviendrait à appeler les insurgés à mourir : Yoon Sang-won s'y refuse. À l'aube du 27 mai, il est assassiné.
À Gwangju, des bustes et des fresques murales célèbrent sa mémoire, mais l'immeuble où était fabriqué Le Bulletin des militants risque aujourd'hui d'être démoli pour laisser place à des tours d'appartements.
(Traduit de l'anglais [États-Unis] par Renaud Lambert.)
À la une de la presse ce mercredi 29 octobre, la catastrophe ferroviaire d’Urda qui occupe les quotidiens espagnols, le rôle des Palestiniens de Jérusalem et de Donald Trump dans les élections législatives en Israël, ainsi qu'une histoire d’amour au beau milieu de l’Atlantique.