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La mobilité sociale en France en douze chiffres

Par Élise Rochefort

En 2015, 65 % des hommes de 35 à 59 ans n'appartenaient pas à la même catégorie sociale que leur père, contre 64 % en 1977. La part de ceux qui étaient descendus avait doublé. Douze chiffres, tirés de l'Insee, de l'Institut des politiques publiques, de l'OCDE et de France Stratégie.

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La mobilité sociale se mesure de deux façons. La première compare la catégorie socioprofessionnelle d'une personne à celle de son père ou de sa mère : c'est la méthode de l'Insee, dans ses enquêtes Formation et qualification professionnelle (FQP) de 1977 à 2015 puis dans l'enquête Emploi de 2024, rassemblées dans la fiche « Mobilité sociale » de France, portrait social, publiée le 18 novembre 2025. La seconde compare le revenu des enfants à celui de leurs parents : c'est la méthode de l'étude de Kenedi et Sirugue publiée par l'Institut des politiques publiques en octobre 2023. Les deux méthodes ne portent ni sur les mêmes personnes ni sur les mêmes années. Elles ne se comparent pas terme à terme.

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1. 65 %

En 2015, 65 % des hommes de 35 à 59 ans appartenaient à une autre catégorie que leur père. Ils étaient 64 % en 1977 et 67 % en 1993, selon l'Insee Première n° 1739. Le taux est stable depuis quarante ans. Il compte comme « mobile » un fils d'agriculteur devenu ouvrier, qui a changé de catégorie sans monter.

2. 15 %

La part des hommes descendus par rapport à leur père est passée de 7 % en 1977 à 15 % en 2015. La part des hommes montés est passée de 23 à 28 %. Il y avait environ trois ascensions pour une descente jusqu'en 2003, et 1,8 en 2015.

3. 40 %

En 2015, 40 % des femmes de 35 à 59 ans occupaient une position supérieure à celle de leur mère. Elles étaient 17 % en 1977. Comparées à leur père, en revanche, les femmes descendent plus souvent (25 %) qu'elles ne montent (22 %).

4. 24 %

Une partie de la mobilité vient de la transformation des emplois : la diminution du nombre d'agriculteurs et d'ouvriers, l'augmentation du nombre de cadres. L'Insee la nomme mobilité structurelle. Elle représentait environ 40 % de la mobilité des hommes en 1977, et 24 % en 2015.

5. 3,1

En 2024, un homme dont le père était cadre avait 3,1 fois plus de chances d'être cadre qu'un homme dont le père était employé ou ouvrier qualifié, selon l'enquête Emploi. Le rapport est de 2,5 pour les femmes comparées à leur mère. 53,4 % des fils de cadres sont cadres.

6. 13 %

Parmi les fils d'employés ou d'ouvriers non qualifiés, 37 % sont devenus employés ou ouvriers qualifiés en 2024, et 13 % cadres. Pour les filles de mères employées ou ouvrières non qualifiées, les proportions sont de 32 % et 11 %.

7. 9,7 %

Parmi les enfants nés en France métropolitaine entre 1972 et 1981, 9,7 % de ceux dont les parents appartenaient aux 20 % de foyers aux revenus les plus bas ont rejoint, adultes, les 20 % les plus aisés. La proportion est de 38,4 % pour les enfants issus des 20 % les plus aisés. La corrélation entre le rang de revenu des parents et celui des enfants est de 0,303 en France, contre 0,341 aux États-Unis. La mobilité est plus forte dans le Finistère et plus faible dans le Nord ; le chômage local est le facteur qui lui est le plus défavorable, selon l'étude de l'IPP.

Les comparaisons entre pays dépendent de la mesure retenue. Sur le rang de revenu, l'IPP situe la France près de l'Italie et légèrement au-dessus des États-Unis, et précise que ces comparaisons restent indicatives. L'OCDE, dans son rapport A Broken Social Elevator? de juin 2018, utilise une autre mesure : l'élasticité des revenus entre pères et fils, c'est-à-dire la part de l'écart de revenu entre deux pères que l'on retrouve, en moyenne, entre leurs fils. Selon la synthèse de France Stratégie « La mobilité sociale en France : que sait-on vraiment ? », publiée le 1er septembre 2020, elle est d'environ 52 % en France et 53 % en Allemagne, 40 % aux États-Unis, 45 % au Royaume-Uni, 26 % en Suède, et inférieure à 40 % en moyenne dans l'OCDE. La même OCDE constate pourtant qu'un enfant de milieu modeste atteint plus souvent un revenu élevé en France qu'aux États-Unis ou en Allemagne. Une autre étude, celle de Lefranc et Trannoy (2005), donne 40 % pour la France et 52 % pour les États-Unis. Comme le rappelle France Stratégie, l'élasticité dépend aussi du niveau des inégalités de revenus dans chaque pays, et pas seulement de la mobilité. Elle conclut qu'il n'existe pas de consensus sur le rang de la France.

8. 1 000 euros

À sexe, âge et origine migratoire comparables, l'écart moyen de niveau de vie entre un enfant de cadre supérieur et un enfant d'ouvrier non qualifié est d'environ 1 000 euros par mois. La moitié de cet écart passe par le diplôme. Le calcul porte sur des personnes nées entre 1970 et 1984 ; il figure dans la note de France Stratégie « Nés sous la même étoile ? » de juillet 2018.

9. 113 points

À l'enquête PISA de mathématiques de 2022, l'écart entre le quart des élèves de 15 ans les plus favorisés et le quart le plus défavorisé était de 113 points en France, contre 104 en 2003. La moyenne de l'OCDE est de 94 points. Les élèves favorisés français obtiennent 535 points, au-dessus de leurs homologues de l'OCDE (525) ; les défavorisés 422, au-dessous (431). Les chiffres sont repris dans la fiche de l'Insee « Inégalités sociales dans l'enseignement scolaire », qui relève aussi des écarts dès la petite section de maternelle.

10. 64 %

En 2016-2017, 64 % des élèves des grandes écoles venaient de milieux sociaux très favorisés, qui représentent 23 % des jeunes de 20 à 24 ans. Les milieux défavorisés en représentaient 9 %, pour 36 % des 20-24 ans. La composition sociale des écoles a peu varié depuis 2006, d'après le rapport de l'IPP de janvier 2021.

11. 25 %

Environ 25 % des cadres de la fonction publique d'État (hors enseignants) et de la fonction publique territoriale sont d'origine populaire, contre environ 20 % dans le secteur privé. À diplôme égal, l'écart de chances d'accès aux postes de cadre lié à l'origine populaire est de 15 points dans le privé et de 10 points dans la fonction publique d'État. Dans le même temps, 23 % des agents publics ont un père agent public, contre 14 % des salariés du privé. Les données sont celles de la note de France Stratégie « Entrer et progresser dans la fonction publique », de février 2025.

12. 52 ans

L'âge moyen auquel on hérite est passé de 43 ans au début des années 1980 à 52 ans en 2020. Le patrimoine net médian des 30-39 ans représentait 48 % de celui des 50-59 ans en 1986, et 28 % en 2021. Ces chiffres figurent dans la Note flash n° 4 du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, d'octobre 2025.

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L'Amérique prépare ses frappes sur l'Iran pour après ses élections. Et notre base d'Abou Dhabi ?

Par Thibault de Varenne

Washington a demandé aux monarchies du Golfe de se préparer à une campagne « courte et intense » contre l'Iran, juste après le scrutin américain du 3 novembre. Un porte-avions de plus fait route. La France a une base navale à Abou Dhabi, touchée par des drones iraniens le 1er mars. Le plein de gazole coûte 2,38 euros le litre.

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Selon l'agence Anadolu, qui cite le Wall Street Journal, les États-Unis ont prévenu plusieurs pays arabes du Golfe, par les canaux diplomatiques et militaires, qu'une offensive pourrait suivre les élections de mi-mandat. Donald Trump n'a pas tranché. Il penche, selon la même source, pour une attaque d'ampleur contre les sites nucléaires et les infrastructures iraniennes. Les préparatifs, eux, sont déjà en cours. Un groupe aéronaval supplémentaire et une unité de Marines doivent rejoindre en novembre la vingtaine de navires de guerre américains déjà sur place. Une batterie de missiles Patriot quitte le Texas. Des soldats sont retirés des bases les plus exposées.

Le président américain avait promis de ne rien faire avant le vote. À un meeting à Lubbock, au Texas, le 27 octobre, il a précisé la suite : « Vous verrez l'Iran dans quelques semaines. » La Maison-Blanche se contente de dire qu'il « garde toutes les options sur la table ».

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Huit mois de guerre, en quelques lignes

Pour le lecteur qui n'a pas suivi, voici ce qui s'est passé depuis l'hiver.

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont ouvert les hostilités contre l'Iran. Téhéran a répondu en frappant les installations américaines du Golfe et en fermant de fait le détroit d'Ormuz, ce goulet entre l'Iran et Oman par lequel passait environ un cinquième du pétrole mondial. Un cessez-le-feu américano-iranien est entré en vigueur le 8 avril. Un mémorandum signé en juin, selon Anadolu, devait ouvrir la voie à la paix. Il a sombré sur la question de la navigation dans le détroit. Depuis, Washington étrangle les exportations iraniennes par un blocus naval.

Les monarchies du Golfe ont payé la première phase. Aux Émirats arabes unis, les frappes iraniennes ont fait 13 morts et 224 blessés, selon les bilans compilés, touché l'aéroport de Dubaï, des raffineries, des sites gaziers. L'Iran a prévenu que toute nouvelle attaque déclencherait des frappes contre les cibles économiques et militaires de toute la région. Riyad, Ankara et Islamabad multiplient les consultations avec Téhéran. Sans résultat.

Israël vote. Avec plus de 90 % des bulletins dépouillés, Benyamin Nétanyahou devance de peu Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major, et aucun des deux n'a de

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Édouard Philippe veut « réarmer juridiquement l’État » : quelles libertés seront désarmées ?

Dans un entretien au Point publié le 27 octobre 2026, Édouard Philippe, candidat d’Horizons à la présidentielle, réclame de « réarmer juridiquement l’État face au retour d’une violence d’ultragauche ». Estimant que l’État « a failli » lors des violences d’octobre, l’ancien Premier ministre ouvre la voie à de nouveaux pouvoirs légaux, sans préciser lesquels. Mais avant d’ajouter des restrictions aux libertés publiques, une question s’impose : pourquoi les instruments juridiques déjà disponibles n’ont-ils pas suffi ?

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Le diagnostic est donc posé : défaillance. La solution, elle, reste floue : de « nouveaux pouvoirs légaux », sans que la mesure soit précisée à ce stade. Un vide que le candidat comble par une rhétorique sécuritaire, mais que le droit, lui, n’a pas attendu pour exister.

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L’État dispose déjà d’un arsenal juridique pour répondre aux violences.

Dissolutions administratives, interdictions de manifestations, poursuites pénales : les pouvoirs publics ne partent pas de zéro. La loi du 10 avril 2019, dite « loi anticasseurs », a notamment renforcé les moyens de lutte contre les violences en manifestation. Mais le Conseil constitutionnel a censuré, dans sa décision du 4 avril 2019, la disposition qui autorisait l’administration à interdire individuellement à certaines personnes de manifester, jugeant l'atteinte portée à la liberté d’expression collective disproportionnée. Ce texte a une histoire que le candidat connaît bien. En janvier 2019, en pleine crise des Gilets jaunes, c’est Édouard Philippe, alors Premier ministre, qui annonçait une nouvelle loi pour répondre aux violences.

Édouard Philippe affirme que l’État « a failli » lors des violences d’octobre. Cette appréciation appelle à une interrogation : s’agit-il d’une insuffisance des textes, d’une mauvaise application des règles existantes ou d’une défaillance opérationnelle des autorités ? Ces trois situations ne justifient pas les mêmes réponses. Sans diagnostic précis, réclamer de nouvelles dispositions revient à faire payer aux libertés publiques les conséquences d’un échec dont les causes restent à établir.

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Derrière la promesse d’autorité, une extension possible du pouvoir administratif.

Édouard Philippe ne propose pas, à ce stade, de ressusciter l’article censuré. . Il évoque des « outils préventifs » et le « refus absolu de l’impunité » avec des « peines de prison ultracourtes mais effectives dès la première infraction ». Sur le papier, ces mesures relèvent du pénal et du judiciaire. Mais le candidat d’Horizons a un historique. En septembre 2026, il a détaillé un projet d’« état d’urgence narcotrafic » : un régime temporaire autorisant des perquisitions administratives non pour rechercher des preuves, mais pour prévenir un trouble ; et le recours à la reconnaissance faciale. Un « instrument juridique » permettant, dans une zone et pour une durée données, d’utiliser des dispositifs « que l’on n’a pas le droit d’utiliser normalement ». Le vocabulaire est celui d’un état d’exception permanentisé, appliqué non plus à un ennemi identifié, mais à des catégories de population jugées à risque.

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La question est politique autant que juridique. À l’approche de la présidentielle de 2027, le candidat d’Horizons cherche à incarner le rétablissement de l’autorité publique. Mais la fermeté ne se mesure pas au nombre de textes votés. Elle suppose des enquêtes efficaces, l’identification des auteurs, l’exécution des sanctions et une action administrative soumise au contrôle du juge. Une loi supplémentaire ne garantit rien de tout cela. Par ailleurs, une loi votée contre une minorité violente s’applique ensuite à tous. Les dispositions de l’état d’urgence, présentées en 2015 comme provisoires, ont été transposées dans le droit commun par la loi du 30 octobre 2017, sous le gouvernement de… Édouard Philippe. L’exception est devenue la règle, avec les pouvoirs de perquisition administrative et d’assignation à résidence dont dispose désormais l’autorité préfectorale. Le même homme déclarait pourtant, au printemps 2018, après les attaques jihadistes de l’Aude, qu’il se méfiait des « réponses juridiques rapides ». Huit ans plus tard, candidat, il n’hésite plus. L’élection a ses raisons.

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Le candidat ne précise ni le périmètre, ni la procédure, ni le juge compétent. Un pouvoir flou finit toujours par se loger là où il est le plus commode : chez l’autorité qui décide seule, sans débat contradictoire. Le syndicaliste, le lycéen, l’agriculteur bloquant une route, le riverain d’un projet contesté tomberont, un jour, sous la même définition que l’ultragauche d’aujourd’hui. Édouard Philippe doit préciser ce qu’il veut changer et pourquoi le droit existant ne suffirait pas. Faute de cette démonstration, le « réarmement juridique » ressemble moins à une réponse établie aux défaillances de l’État qu’à une nouvelle promesse d’extension de ses prérogatives. Les libertés publiques ne devraient pas servir de variable d’ajustement à l’impuissance administrative.

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