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Coups de feu à la frontière

29 October 2026 at 17:13

Le 9 février 2026, des soldats algériens ont tiré en l'air autour du ksar d'Ich, près de la grande oasis de Figuig, à quatre cents kilomètres au sud d'Oujda. Ils venaient d'installer de nouvelles bornes frontières, grignotant quelques hectares de terrains cultivés jusqu'alors par les habitants de ce village fortifié marocain situé en plein désert, sur la ligne de séparation entre les deux pays. En mars 2021, des militaires étaient intervenus au lieu-dit El-Arja, en bordure de Figuig, privant du jour au lendemain les Figuiguis de l'accès à une partie de leurs palmiers. « Cela fait cinquante ans que les Algériens nous prennent nos palmeraies, morceau par morceau », se lamente M. Tijini Jilali, un vieil homme dont les premiers « jardins », comme il les appelle, ont été « volés » en 1975, lorsque le Maroc a mis la main sur le Sahara occidental. « Et pourtant, je me suis battu à leurs côtés contre l'armée française pour les aider à libérer leur pays ! » Sur le continent africain, les colonisateurs européens ont dessiné la plupart des frontières. Or « la région du Sahara possède sa logique propre, avec des populations dont le sentiment d'appartenance n'a rien à voir avec le tracé colonial », rappelle le géographe franco-algérien Ali Bensaâd, qui souligne que « le tracé était très avantageux pour l'Algérie ». Conscient de cet avantage, le gouvernement provisoire algérien avait promis qu'une fois son pays libéré de l'occupation française il accepterait de rediscuter du tracé. Une promesse non tenue, qui provoque la « guerre des sables » en octobre 1963. Celle-ci prend fin rapidement grâce à la médiation de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), qui impose sa doctrine : l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation. La convention signée par les deux gouvernements en 1972 reconnaît cette inviolabilité. S'agissant d'Ich et de Figuig, les autorités algériennes tolèrent, dans un premier temps, que les habitants continuent de cultiver leurs palmeraies situées en territoire algérien. « Mais, à chaque fois que les tensions se ravivent entre nos gouvernements, les Algériens ressortent la convention de 1972 et nous prennent des terres, poursuit M. Jilali. Le gouvernement marocain nous promet des compensations, mais ne tient pas ses promesses. »

C'est là que le conflit des frontières rencontre une résistance tenace menée par les Figuiguis contre leurs autorités. Depuis octobre 2023, un important rassemblement est organisé tous les vendredis contre la privatisation de l'eau, gérée jusqu'à présent de façon très démocratique par les habitants eux-mêmes. Dans ce combat, les femmes figurent aux avant-postes. « À travers l'eau, c'est notre vie qu'ils essaient de nous prendre, dénonce Nadja, drapée de son asemmired (1), un grand drap blanc qui couvre corps et visage. Sous prétexte que les soldats algériens pourraient nous tirer dessus, nos militaires nous interdisent l'accès à l'oued Zouzfana. Or c'est là qu'on vient chercher le sable pour construire nos maisons ! » Malgré pressions et harcèlements — en 2024, le principal leader du mouvement, M. Mohamed Brahimi, dit « Movo », a passé huit mois derrière les barreaux —, le hirak de Figuig ne fléchit pas, et les femmes continuent chaque vendredi de défier les autorités. Dès sa sortie de prison, Movo a repris sa place à leurs côtés : « Ici, à Figuig, l'État se sent plus faible par rapport aux manifestants parce qu'il sait que nous sommes soudés, et qu'il a peur que nous prenions le parti des Algériens. Pour nous, Figuig et Béni Ounif [la ville algérienne située juste de l'autre côté de la frontière], c'est la même chose, ce sont les mêmes familles, nous parlons la même langue [le zénète], nous mangeons les mêmes plats. Soit c'est eux qui sont marocains, soit c'est nous qui sommes algériens ! »

Voir en ligne : /2026/11/DAUM/70199

(1) Mot zénète, déclinaison locale du tamazight (berbère), traduit par haïk en arabe maghrébin.

Paix improbable

Qui veut la paix dans le monde arabe ? Alors que la guerre fait rage à Gaza, au Liban et en Iran, mais aussi, sur le plan intérieur, en Libye, au Soudan et au Yémen, aucune initiative majeure ne se dessine pour mettre fin au fracas des armes ou pour prévenir des conflits qui menacent d'éclater, comme celui qui pourrait opposer l'Égypte et l'Éthiopie à propos des eaux du Nil, ou encore l'Algérie et le Maroc, entre lesquels la tension ne cesse de croître depuis la rupture de leurs relations diplomatiques en août 2021. L'Union du Maghreb arabe (UMA) est en mort clinique, et la Ligue arabe, aux abonnés absents, se contente de communiqués lénifiants destinés à n'indisposer aucune des capitales concernées. Quant à l'Organisation de la coopération islamique (OCI), la deuxième plus grande organisation intergouvernementale après les Nations unies avec cinquante-sept États membres, elle s'est réunie à Bagdad à la fin du mois d'octobre pour explorer les voies d'une meilleure coopération en son sein… L'Union européenne est tout aussi prudente, certains de ses membres cherchant avant tout à sécuriser leurs approvisionnements en hydrocarbures ou à vendre des armes, notamment aux pétromonarchies du Golfe. Dans cet immobilisme général, sur fond de montée des périls, seule l'administration américaine s'est engagée en lançant le très controversé « Conseil de la paix » voulu par le président Donald Trump afin de chapeauter, entre autres, la sortie de guerre à Gaza.

Voir en ligne : /2026/11/BELKAID/70148

Responsabilités

« Vous aviez raison. » Le 28 septembre dernier, lors de la conférence travailliste à Liverpool, le nouveau ministre des affaires étrangères bat sa coulpe auprès « des millions de personnes émues et indignées par le sort du peuple palestinien ». Interrogé le soir même par LBC, M. Edward (« Ed ») Miliband élude néanmoins sur les exportations d'armes vers Israël ou l'interdiction du réseau de désobéissance civile Palestine Action (1). Les travaillistes refusent toujours de prendre leurs responsabilités. Déjà, en juin 2025, quand le député indépendant Jeremy Corbyn avait proposé une enquête parlementaire sur l'implication du Royaume-Uni dans les massacres à Gaza, le gouvernement avait estimé que ce serait « inutile ». Pour établir la vérité sur les livraisons d'équipements britanniques à l'armée israélienne, ou l'appui que lui aurait apporté la Royal Air Force (RAF) basée à Chypre, l'élu a donc lancé une autre initiative : la convocation du tribunal citoyen pour Gaza, sur le modèle du tribunal Russell, présidé par Jean-Paul Sartre (2).

Avec ses deux coprésidents, les juristes Neve Gordon et Shahd Hammouri, M. Corbyn a récapitulé les deux jours d'audience à Londres, en septembre 2025, dans The Gaza Tribunal, publié en juillet dernier. Ils rapportent la parole des témoins, du journaliste palestinien Abubaker Abed, chassé de Gaza en 2025, à la rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese. Les éléments recueillis confirment la production britannique de composants d'avions F-35 destinés à Tel-Aviv — malgré la suspension partielle des exportations d'armes en septembre 2024 —, comme la transmission à l'armée israélienne de renseignements recueillis par la RAF lors de vols au-dessus de Gaza, depuis la base chypriote d'Akrotiri (plus de six cents entre décembre 2023 et octobre 2025).

Verdict ? Le Royaume-Uni a bien pris part au génocide, en plus d'avoir réprimé ceux qui le dénonçaient. Notamment Sally Rooney, qui signe la postface de l'ouvrage (lire « Gaza, juger les complices »). Auteure de romans vendus à des millions d'exemplaires — dont Normal People (L'Olivier, 2021) —, l'Irlandaise avait annoncé en 2025 le reversement d'une partie de ses droits à Palestine Action, juste après que ce groupe avait été classé terroriste par Londres. Le 14 octobre dernier, son éditeur britannique Faber a suspendu la distribution de ses livres au Royaume-Uni par crainte d'une loi qui punit d'emprisonnement la fourniture d'argent ou d'autres biens « en sachant ou en ayant des raisons raisonnables de soupçonner qu'ils seront ou pourraient être utilisés à des fins terroristes ». Anne Carson, John Maxwell Coetzee, Arundathi Roy ou encore Colm Tóibín ont apporté leur soutien à la romancière. Pour sa part, Sally Rooney a déclaré qu'elle était entièrement prête à assumer les conséquences de ses choix politiques. Contrairement au gouvernement britannique.

Voir en ligne : /2026/11/RZEPSKI/70141

(1) Rayan Freschi et Mathieu Rigouste, « Ces “terroristes” britanniques qui soutiennent la Palestine », Le Monde diplomatique, janvier 2026.

(2) Lire Serge Halimi, « Et Sartre définit le génocide », Le Monde diplomatique, mars 2024. De son côté, le juriste Richard Falk a présidé une instance similaire destinée à déterminer la nature des crimes commis à Gaza.

Peines pour pauvres, humanisme

29 October 2026 at 17:13
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Jérôme Lagarrigue. – Sans titre, 2016
© Jérôme Lagarrigue - www.jeromelagarrigue.com

Peines pour pauvres

Le 20 octobre dernier, M. Jean-Luc Mélenchon proteste contre les réquisitions du procureur — dix mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité — à l'encontre de l'eurodéputée Rima Hassan, poursuivie pour apologie du terrorisme en raison d'un tweet de soutien à la cause palestinienne. Deux heures plus tard, le garde des sceaux Gérald Darmanin s'indigne sur X : « Une preuve supplémentaire que M. Mélenchon et LFI ont un grave problème avec l'État de droit. S'attaquer à l'indépendance et à l'intégrité des magistrats est extrêmement préoccupant. Inadmissible. »

Or les magistrats du parquet — procureurs notamment — ne sont pas « indépendants » du pouvoir exécutif puisque le ministre de la justice a autorité sur eux. Et quand bien même, théoriquement, ce dernier ne peut pas s'immiscer dans une affaire individuelle, il oriente plus ou moins chaque cas par le biais de ses instructions générales.

Si, par exemple, la chancellerie avait en 2017-2018 exigé des procureurs une extrême sévérité contre les personnes accusées de viol, harcèlement sexuel ou abus de confiance, M. Darmanin, contre qui plusieurs plaintes de ce type avaient été déposées, aurait peut-être connu les éviers en inox de Fleury-Mérogis plutôt que les dorures de la place Vendôme.

Au demeurant, quelques heures avant la protestation de M. Mélenchon, le ministre s'était lui-même vanté de son interventionnisme judiciaire pour châtier les personnes interpellées lors de la journée du 17 octobre : « Mes instructions aux parquets sont claires : une réponse de la justice extrêmement ferme contre ceux qui pillent les commerces, qui attaquent les bâtiments publics ou qui s'en prennent aux forces de l'ordre ou aux sapeurs-pompiers. » Deux jours plus tard (22 octobre), M. Darmanin demandait aux parquets de « requérir en particulier : l'interdiction de manifester ; la privation des droits civiques, dont le droit de vote ; le bannissement numérique, c'est-à-dire la fermeture des comptes sur les réseaux sociaux et l'interdiction d'en créer de nouveaux », préparant ainsi le terrain de la répression au Rassemblement national.

Puis il précisait sur LCI les contours d'un nouveau type de partenariat public-privé pour le licenciement des indociles : « J'ai demandé à tous les procureurs de la République d'informer les employeurs, parce qu'il y a beaucoup de gens qui ont un métier, un travail, parfois un emploi public, parfois un emploi privé, de prévenir effectivement que leur salarié, leur agent, a été dans un pillage, a été dans une émeute. » Médusé par cette dérive « illibérale », le bâtonnier de Paris a averti (X, 23 octobre) : « Nous ne ramènerons pas la concorde et la paix civile dans le pays en dérogeant aux principes de l'État de droit, aux droits de la défense et ici particulièrement au principe intangible de la présomption d'innocence. » C'est pourtant le chemin pris par la présidence finissante de M. Emmanuel Macron.

Pierre Rimbert

Humanisme, enfin

Il aura fallu les journées des 17 et 18 octobre pour que Bernard-Henri Lévy s'attaque, après cinquante ans d'essayisme, à la question des éboueurs dans une chronique titrée « Chagrin français » (Le Point, 22 octobre) : « Je pense aux éboueurs auxquels les émeutiers, au petit matin, quand ils ont été fatigués de casser et sont rentrés cuver leur nuit, repus de vacarme et de destruction, ont laissé le soin de déblayer les débris de leur saccage et de nettoyer les rues qu'ils avaient salopées. (…) Mais je pense aussi aux esprits faibles que les salauds articulés de La France insoumise ont convaincus, écharpe tricolore en bandoulière, que la violence est “légitime”. »

Voir en ligne : /2026/11/A/70142

Vents contraires sur la Cour pénale internationale

La Cour pénale internationale (CPI) traverse une grave crise existentielle. Entre juin et août derniers, la juridiction a dû affronter l'annonce des retraits du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Tchad et du Venezuela, révoquer son procureur, le Britannique Karim Khan, accusé d'agression sexuelle, et subir de nouvelles sanctions de la part des États-Unis contre plusieurs de ses membres, dont la présidente japonaise Tomoko Akane. Et le 9 octobre, tout à sa croisade, la Maison Blanche a décidé d'inscrire la CPI elle-même sur la liste noire du Trésor américain.

C'est à l'évidence pour contrer ces vents mauvais que le Parlement européen a décerné à la Cour son prix Sakharov pour la liberté de l'esprit le 22 octobre, quelques jours après que le Comité Nobel norvégien a décidé, lui, d'attribuer son prix de la paix à la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay, ancienne juge à la CPI.

Signataires du statut de Rome en 2000, les États-Unis ne l'ont jamais ratifié, craignant notamment de voir leurs soldats déployés à l'étranger jugés pour génocide, crimes de guerre ou crimes contre l'humanité. Ils ont même contraint plusieurs gouvernements à s'engager à ne jamais livrer d'Américains aux juges de La Haye. En effet, le fait de ne pas adhérer à la CPI ne prémunit pas un État de procédures contre ses ressortissants si les faits incriminés ont lieu sur un territoire tombant sous la juridiction de la Cour. C'est pourquoi des mandats d'arrêt ont pu être émis, en novembre 2024, contre les Israéliens Benyamin Netanyahou et Yoav Galant pour des crimes commis à Gaza, la Palestine ayant ratifié le statut de Rome (1).

Ce sont d'ailleurs ces poursuites qui ont provoqué la colère du président Donald Trump, tout juste réélu : l'executive order du 6 février 2025 inaugure une salve de sanctions (blocage des comptes bancaires, interdiction de voyager) contre plusieurs juges de la CPI, dont le Français Nicolas Guillou, et des procureurs, dont M. Khan. Face à ces attaques sans précédent, les Européens multiplient les déclarations de soutien de pure forme. Paris n'a même pas convoqué l'ambassadeur américain pour protester contre le sort réservé au magistrat Guillou. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen, d'ordinaire si volontariste pour défendre l'État de droit, n'a pas proposé d'activer l'instrument anticoercition (règlement no 2675 du 22 novembre 2023). « Il faudrait, relève le juriste Daniel Mainguy, (…) un acte de courage exceptionnel pour que l'Union européenne réagisse, dans un contexte de très forte pression, où les intérêts d'un juge français pèsent peu (2). »

La foi internationaliste des capitales du Vieux Continent semble bien chétive : seuls l'Espagne, l'Irlande, les Pays-Bas et la Suède se sont publiquement engagés à appliquer le mandat d'arrêt contre M. Netanyahou dont l'avion a, à plusieurs reprises, traversé sans entrave le ciel européen.

Voir en ligne : /2026/11/ROBERT/70143

(1) Lire « La justice internationale dans le chaudron de Gaza », Le Monde diplomatique, juillet 2024.

(2) Daniel Mainguy, « La guerre américaine contre le juge Nicolas Guillou », Le Club des juristes, 12 décembre 2025.

Chronique d'une « démocratie libérale »

29 October 2026 at 17:13
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Jérôme Lagarrigue. – « The Colossus », 2016
© Jérôme Lagarrigue - www.jeromelagarrigue.com

Suffrage des marchés

Interrogé dans Le Monde (8 octobre 2026) sur l'inclination politique des marchés, M. Emmanuel Roman, directeur général du fonds Pimco, explique : « Très malheureusement, si vous me demandez entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, je pense que les marchés préféreront l'option Le Pen. »

La propriété ou la mort

Directeur du Figaro Magazine, Guillaume Roquette s'adressant à l'ancien ministre Thierry Breton, qui venait de se réjouir que les pillages en France ne se soient pas soldés par des morts, comme en Chine, en Iran, aux États-Unis, en Amérique latine (LCI, 20 octobre) : « M. Breton, je ne sais pas si je suis d'accord avec vous. J'entends beaucoup de Français qui disent : s'il y a des blessés graves, s'il y a des morts, eh bien c'est un prix qu'on est prêts à payer. »

Le modèle Bukele

Le président de la République du Salvador, M. Nayib Bukele, décrié pour sa dérive dictatoriale, a subitement accédé au rang de modèle politique pour la France. Sur CNews, le 19 octobre, le président du Rassemblement national Jordan Bardella fulmine : « En dix ans, le président de la République a été incapable de mettre en place les sept mille places de prison promises, et en dix mois le Salvador a construit quarante mille places de prison. » M. Nicolas Dupont-Aignan, maire de Yerres (Essonne), lui emboîte le pas : « Pourquoi les tribunaux ne condamnent pas en France ? C'est pas qu'il y a des mauvais magistrats. C'est qu'il n'y a pas de places de prison. On peut le faire, tous les pays le font. Pourquoi le Salvador de Bukele, un petit pays, a été capable de rétablir l'ordre et la France n'en est pas capable ! » (BFM TV-RMC, 23 octobre).

Woke et Hamas

Réagissant le 20 octobre sur Channel 14, une chaîne israélienne, aux scènes de pillage en France, le premier ministre Benyamin Netanyahou a expliqué : « L'Europe est un continent épuisé. Ils n'ont aucune volonté de se battre. Ils cèdent à ces électeurs islamistes et à la gauche “woke”. (…) Si nous n'arrêtons pas le Hamas ici, vous les verrez dans les rues de Paris, et c'est exactement ce qui se passe en ce moment » (cité par Le Monde, 22 octobre).

Djihadistes et communistes

Lors d'un meeting électoral au Kansas, le 19 octobre 2026, M. Donald Trump a expliqué : « Si vous voulez comprendre ce qui est en jeu dans cette élection, vous n'avez qu'à regarder ce qui se passe en France, un pays qui fut grand et qui est en train d'être conquis, pillé et brûlé par des migrants, des djihadistes et des communistes. »

« Ahurissant »

« La recommandation générale, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation dans les jours à venir » (Emmanuel Macron, 22 octobre 2026).

« C'est ahurissant de pouvoir dire des choses pareilles quand on est chef de l'État. C'est oublier que le droit de manifester est une liberté fondamentale pour tous. Ce n'est pas au président de la République de fixer de telles règles, car c'est une rupture incroyable d'égalité entre les citoyens » (Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l'homme, citée dans Le Monde, 23 octobre).

« C'est dangereux, cette banalisation risque demain d'être reprise par l'extrême droite » (Patrice Spinosi, dans le même article du Monde, 23 octobre).

Vers le parti unique

En France, le président du Sénat, deuxième personnage de l'État, réfléchit à dissoudre le premier parti d'opposition.

— Le Figaro (20 octobre) : « Faut-il interdire le parti de Jean-Luc Mélenchon ? »

— M. Gérard Larcher : « Nous avons pu dissoudre Génération identitaire et la Jeune Garde. LFI est un parti politique qui concourt à l'expression de la nation. Je l'entends. Mais il tient une grande part de responsabilité dans le discours de haine. Je pense que la question peut être posée. »

Palme du bla-bla

Christophe Rouillon, socialiste, maire de Coulaines : « Aujourd'hui, on a effectivement une stratégie du bazar de l'extrême gauche trotskiste néo-léniniste et marxiste alliée aux fréristes musulmans et puis aux réseaux mafieux qui sont là pour détruire la République et qui poussent au chaos » (France Info, 19 octobre).

De l'argent, il y en a

Candidat de droite libérale, M. David Lisnard propose, face à un « État régalien en déliquescence », de consacrer 8 milliards d'euros à la construction de vingt mille places de prison (RTL, 20 octobre). En somme, de l'argent, il y en a.

Peuple et foule

Pour accoucher du bon peuple, il faut écraser la foule. ce principe qui guide la bourgeoisie française depuis le XIXe siècle a été réaffirmé par Dominique Reynié, professeur de science politique et militant de droite, dans Le Figaro Magazine (23 octobre) : « Une partie des manifestants, les casseurs et finalement les pilleurs ont donné le jour à une foule d'émeutiers déterminés, aguerris, entraînés, y compris au tir, par le maniement des mortiers d'artifice. (…) Le peuple est une étrange puissance ; il ne peut être souverain qu'à la condition d'être conduit par les représentants qu'il se donne. Il n'y a pas d'autre possibilité. Livré à lui-même, inorganisé, il redevient multitude et foule. La foule, c'est le peuple redevenu incapable de liberté et qui ne peut que s'adonner au chaos et, pour y mettre fin, s'abandonner à la tyrannie. »

Maire de Nice ou barbarie

« Si nous renonçons à employer la force contre les barbares, c'est la République qui s'effondrera » (titre d'un entretien d'Éric Ciotti au Figaro, 20 octobre).

« Tuer trente émeutiers »

Avocat spécialisé dans la défense des policiers, M. Thibault de Montbrial a commenté sur BFM TV le 19 octobre les manifestations et les pillages survenus la veille et l'avant-veille : « Et s'il faut tuer trente émeutiers dans le cadre prévu par la loi (…), si la situation de proportionnalité exige que pour protéger nos concitoyens il faille utiliser la force létale, eh bien il faut l'assumer. »

Voir en ligne : /2026/11/A/70134

Une offensive éclair

Début septembre 2026, les houthistes ont lancé une offensive éclair sur la côte ouest, prenant le contrôle pendant un mois du détroit de Bab Al-Mandeb. Les forces loyalistes stationnées sur ce versant de la mer Rouge étaient pourtant les mieux équipées. La Résistance de Tihama et les Gardiens de la République sous le commandement de Tareq Saleh ont massivement fui lors de l'offensive houthie, permettant aux rebelles de prendre Mocha et le détroit, faisant peser une menace sur Taïz et Aden, les deux plus grandes villes encore sous contrôle du gouvernement. Les Saoudiens sont restés étrangement passifs, ne bombardant pas les colonnes de renforts houthistes acheminés depuis le nord vers les plaines côtières. Les raisons d'une telle déroute sont nombreuses. L'une d'entre elles est la grande défiance saoudienne envers M. Saleh, ce dernier ayant, un an auparavant, approuvé la tentative de sécession des sudistes soutenue par les Émirats arabes unis. Après sa débâcle, l'homme s'est toutefois installé à Riyad où il semble vouloir se retirer du jeu politico-militaire.

Voir en ligne : /2026/11/MULLER/70136

Obama et le Brexit

28 October 2026 at 18:50

En déplacement à Londres pendant quatre jours, le président américain Barack Obama plaide, dans une tribune parue dans le Daily Telegraph (23 avril 2016), pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. « L'Union européenne ne diminue pas l'influence britannique, elle l'amplifie », écrit-il. Lors d'une conférence de presse la veille, il avait prévenu les électeurs britanniques qu'en cas de Brexit leur pays se retrouverait « au bout de la file d'attente » dans la négociation d'un futur accord commercial avec les États-Unis. Nullement choqué par cette immixtion, le quotidien français Le Monde commente (22 avril 2016) : « Avec son aisance oratoire, Barack Obama (…) avait le choix entre une approche tout en retenue ou une attitude très directe, quitte à froisser quelques susceptibilités. Il a choisi sans hésitation la seconde option. » Le site russe Sputnik livre, lui, un récit différent (22 avril 2016) : « Le président américain ne cesse d'imposer sa volonté partout. Ainsi, lors de sa visite à Londres, Barack Obama a menacé le Royaume-Uni de conséquences sur les relations commerciales des deux pays en cas de Brexit. »

« Russiagate »

28 October 2026 at 18:46

Pendant trois ans, la presse a consacré une place immense à l'affaire du « Russiagate ». Les journaux les plus distingués ont confectionné ses principaux bobards. Idée centrale : la démocratie américaine avait été attaquée en 2016, et le résultat des élections, faussé par une campagne de désinformation russe. L'attaque avait réussi puisque Donald Trump, favori du Kremlin depuis qu'il était « tenu » par les services secrets russes en raison de l'enregistrement de ses ébats sexuels dans un hôtel de luxe de Moscou, avait été élu président. Résultat, il n'avait cessé de courtiser Vladimir Poutine, au point de lui abandonner l'Ukraine.

Il ne reste rien de ces fariboles. L'Ukraine fut envahie alors que Trump n'était plus président. Surtout, une commission d'enquête dotée de moyens gigantesques a admis en 2019 n'avoir trouvé aucune preuve que l'équipe de campagne du milliardaire américain « s'était coordonnée ou avait conspiré avec le gouvernement russe ». Où sont les complotistes ?

Bêtisier des complotologues

28 October 2026 at 18:44

• « La polémique des punaises de lit (…) a été artificiellement amplifiée sur les réseaux sociaux par des comptes dont il a été établi qu'ils sont d'inspiration ou d'origine russe » (Jean-Noël Barrot, ministre français délégué à l'Europe, TF1, 1er mars 2024).

• « Vladimir Poutine et ses amis font tout ce qui est en leur pouvoir pour empoisonner le débat public partout en Europe » (Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, au sujet des manifestations d'agriculteurs s'étendant en Europe, citée dans L'Opinion, 27 février 2024).

• « Impression massive de faux billets, grève sur la ligne B, mobilisation de délinquants sur les réseaux sociaux… Stade de France : la piste du sabotage par la Russie est à prendre en considération. Le match était initialement prévu à Saint-Pétersbourg… » (Brice Couturier, journaliste, au sujet des échauffourées qui ont émaillé la finale de la Ligue des champions, organisée à Saint-Denis le 28 mai 2022, sur Twitter, 31 mai 2022).

• « Il y a de très nombreuses allégations sur des tentatives russes d'influencer les votes lors du référendum de 2016 : des études ont montré la prédominance des articles pro-Brexit et anti-Union européenne sur RT et Sputnik, et l'usage des bots et des trolls sur les réseaux sociaux » (rapport de la commission parlementaire chargée de la sécurité et du renseignement à la Chambre des communes, 21 juillet 2020).

• « Des comptes russes alimentent la colère des Français (…). Ces comptes ont répandu de la désinformation, utilisant des photographies de manifestants blessés dans des événements sans rapport afin de renforcer le récit d'une police française violente » (The Times, au sujet du mouvement des « gilets jaunes », 8 décembre 2018).

L'Iran sans œillères

30 September 2026 at 08:49

Le régime théocratique qui dirige la République islamique d'Iran va-t-il s'effondrer sous les coups de boutoir des États-Unis et d'Israël ? Régulièrement confronté à des contestations intérieures et affrontant une grave crise économique et environnementale, le pouvoir incarné par le Guide et les gardiens de la révolution semble tenir bon. Mais jusqu'à quand ?

Pour prendre la mesure d'un conflit qui modifie déjà les grands équilibres du Proche-Orient, la dernière livraison de Manière de voir (1) invite à mieux connaître ce pays, son système politique, ses interactions régionales, mais aussi sa culture plurimillénaire dont la poésie, passion populaire s'il en est, forme le prestigieux emblème.

Une carte complète, une chronologie exhaustive et des infographies détaillées accompagnent les articles — dont plusieurs inédits — des quatre parties. La première analyse la séquence guerrière entamée en juin 2025 avec la convergence belliciste de Washington et Tel-Aviv. Après plus de deux décennies d'efforts, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a réussi à convaincre l'administration américaine de lui emboîter le pas pour attaquer l'Iran, détruire ses installations nucléaires et provoquer la chute du régime. Face à cette armada, Téhéran n'a pas eu d'autre choix que la réponse du faible au fort, souvent gagnante dans les conflits asymétriques, en tirant notamment parti du contrôle qu'il exerce sur le détroit d'Ormuz.

Le deuxième chapitre interroge la nature du pouvoir iranien. La manière dont se sont forgées ses structures et ses institutions explique pourquoi il n'hésite jamais à réprimer les contestations populaires, au risque d'aggraver les dissensions en son sein. Dans ce contexte de violence récurrente, les minorités subissent elles aussi la répression, à l'image des Kurdes, dont l'Occident tente d'exploiter la marginalisation en les incitant à prendre les armes contre le pouvoir central.

Le troisième volet éclaire les relations entre l'Iran et ses voisins. Longtemps très influente en Irak après la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, la République islamique doit désormais composer avec un fort sentiment anti-iranien. Dans le même temps, Téhéran veille à garder des relations équilibrées avec Ankara, même si la guerre civile syrienne (2011-2024) a opposé les deux poids lourds non arabes du Proche-Orient. Une cartographie détaille la manière dont l'Iran s'insère dans le jeu des alliances et des confrontations régionales.

La dernière partie explore quelques pans de l'immense culture iranienne. Si les réalisateurs de cinéma sont désormais célèbres dans le monde entier avec des films souvent primés dans les grands festivals, leurs démêlés avec la justice de leur pays témoignent de l'entrave aux libertés qui caractérise la République islamique. La censure sévit aussi contre les chanteurs et les pousse, comme bon nombre de leurs compatriotes, à l'exil. Tout au long de cette livraison, des encadrés permettent de mieux comprendre le quotidien des Iraniens, et pourquoi certains n'ont d'autre choix que de partir.

Voir en ligne : /2026/10/A/70111

(1) Manière de voir, n° 209, « Iran. Guerres, révoltes, espérances », octobre-novembre 2026, 100 pages, en kiosques, en librairies et sur la boutique en ligne.

Attention, objet dangereux !

30 September 2026 at 08:49

Quel est le point commun entre Augusto Pinochet, Frédéric Encel et Le Monde diplomatique ? Le premier a enseigné la géopolitique à l'université militaire de Santiago et publié un traité intitulé Geopolítica cinq ans avant son coup d'État au Chili, en 1973. Le deuxième compte au nombre des experts les plus fréquemment invités dans les médias, où il savoure avec un sourire faraud l'énoncé de sa qualité : « docteur en géopolitique ». Le troisième publie le Manuel d'autodéfense intellectuelle — Géopolitique pour donner à réfléchir plutôt que, comme les deux premiers, professer quoi penser.

Cet ouvrage met en effet à la disposition de ses lecteurs les outils nécessaires pour se forger une opinion personnelle et éclairée sur les conflits et la situation internationale. Appuyé sur les acquis de la recherche, il passe au crible les grandes idées reçues qui façonnent les représentations du monde depuis la fin de la guerre froide. En fin de volume, une boîte à outils présente une méthode simple et efficace d'analyse des relations internationales qui fonctionne par superposition de calques permettant de croiser les points de vue : géographie, diplomatie, stratégie, économie, représentations des acteurs. Un riche appareil cartographique explore tout au long de l'ouvrage les rapports entre espace et puissance — dont le contrôle du détroit d'Ormuz et celui de la mer Noire illustrent l'importance. Le XXIe siècle marque le grand retour de la géographie et des politiques de puissance : il importe plus que jamais de se réapproprier la géopolitique. Et de contester aux dirigeants le monopole des affaires du monde.

Cette publication est disponible chez les marchands de journaux ainsi que dans les meilleures librairies. Son contenu même l'expose au silence des revues de presse et au mutisme embarrassé des commentateurs. Il considère ses lecteurs comme des êtres doués de raison : objet dangereux. Si sa lecture élargit vos horizons et vous arme d'une serpe pour tailler dans le maquis des médias, alors prêtez-nous main-forte — faites-le connaître, recommandez-le à vos amis, à vos proches, à toutes celles et tous ceux qui étouffent dans les fils de l'information barbelée.

Voir en ligne : /2026/10/A/70103

La tentation du coupe-file

30 September 2026 at 08:49

« Il est désormais temps de faire avancer avec audace l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne grâce à des solutions innovantes constituant des étapes immédiates. » Le 21 mai dernier, le chancelier allemand Friedrich Merz proposait un statut intermédiaire pour l'Ukraine. En tant que « membre associé », elle pourrait participer de manière accélérée à toutes les institutions, mais sans avoir le droit de vote. Elle bénéficierait ainsi de la clause de défense mutuelle prévue à l'article 42 du traité de l'Union, en court-circuitant l'épineux processus d'adhésion prévu à l'article 49 du même traité. L'initiative de M. Merz rejoint les pressions de l'exécutif européen à Bruxelles. Ainsi la commissaire européenne chargée de l'élargissement, Mme Marta Kos, déclarait-elle le 17 mars qu'elle ouvrait tous les chapitres de la négociation de « manière informelle », avant même que les États se prononcent.

Inédit, un tel raccourci balaierait le débat sur les réformes jugées par beaucoup nécessaires avant tout nouvel élargissement, après les sept précédents qui ont fait passer l'Union de six à vingt-huit membres — vingt-sept depuis le retrait du Royaume-Uni en 2020. Le dispositif comprend normalement trois grandes étapes : la candidature, les négociations puis l'adhésion. Pour être candidat, il faut être un État situé en Europe (au sens géographique large, jusqu'en Transcaucasie), respecter et promouvoir les « valeurs européennes » et recueillir l'unanimité des membres. Aujourd'hui, neuf pays ont ce statut, dans l'ordre suivant : Turquie, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Albanie, Ukraine, Moldavie, Bosnie-Herzégovine et Géorgie. La candidature déposée par le Kosovo en 2022 n'a pas reçu l'approbation des Vingt-Sept, dont cinq pays ne le reconnaissent pas comme État indépendant. Le 29 août dernier, les Islandais ont rejeté par référendum la reprise des discussions avec l'Union, qui avaient été interrompues en 2013. Les Suisses ont refusé de rejoindre l'Union par une votation de 1992, ainsi que les Norvégiens à deux reprises, lors des référendums de 1972 et 1994.

Débutent ensuite les pourparlers, entamés par exemple par la Turquie dès 2005, mais officiellement au point mort depuis 2019. Avec l'Ukraine, le lancement formel des négociations a été possible fin 2023, lorsque le premier ministre hongrois a quitté la salle du Conseil européen afin de ne pas briser le consensus requis sans perdre la face. Mais jusqu'à sa défaite aux élections d'avril dernier, M. Viktor Orbán s'opposait à l'ouverture de discussions concrètes par « chapitres ». Son successeur, M. Péter Magyar, y a consenti en échange de l'engagement de l'Ukraine à rétablir les droits linguistiques et culturels de sa minorité hongroise. Le 15 juin dernier, les échanges ont commencé sur le premier groupe de chapitres : appareil judiciaire et droits fondamentaux, marchés publics, statistiques et contrôle financier. À cela s'ajoute, depuis le 14 juillet, celui concernant les relations extérieures. M. Magyar a toutefois déclaré vouloir prendre le temps nécessaire et ne pas autoriser les négociations sur tous les points en même temps.

La Commission mène les débats tout en informant le Conseil et le Parlement européens. On considère un chapitre « clos » lorsque le pays candidat a montré qu'il appliquait bien l'« acquis communautaire » ou que celui-ci serait mis en œuvre avant la date de l'adhésion. Des dispositions transitoires sont en général mises en œuvre par l'adoption de lois dans le pays concerné, encouragée par des subventions européennes suivant divers programmes que l'Union promeut pour les candidats. Plusieurs appréciations de la Commission suscitent des controverses. Par exemple quand celle-ci considère le système électoral ukrainien comme « équitable et libre » alors qu'aucune élection n'a pu avoir lieu depuis l'invasion russe en février 2022, ce qu'a récemment déploré le ministre de la défense démissionnaire Mykhaïlo Fedorov.

Une fois tous les chapitres clos, l'adhésion requiert encore l'approbation du Conseil (à l'unanimité des gouvernements) et du Parlement. Elle fait l'objet d'un traité qui doit être signé puis ratifié par le candidat et chacun des pays membres. En France, depuis 2005 (article 88-5 de la Constitution), le président peut choisir une ratification par référendum ou la convocation du Congrès, l'approbation du traité d'adhésion devant réunir dans ce cas une majorité de trois cinquièmes de l'Assemblée nationale et du Sénat réunis.

Voir en ligne : /2026/10/A/70098

Une « guerre totale »

30 September 2026 at 08:48

Le 7 septembre, un colon a été blessé à l'arme blanche dans le nord de la Cisjordanie occupée. Le ministre israélien de la défense, M. Israël Katz, a alors menacé l'Autorité palestinienne d'une « guerre totale » si une attaque de grande ampleur venait à se produire contre l'armée ou une colonie. « Dans l'éventualité où (…) nous apprendrions avec certitude qu'ils s'apprêteraient à lancer une attaque “terroriste'' similaire à celle du 7 octobre [2023] contre les forces de “Tsahal'' et la population juive des implantations [nom officiel donné aux colonies], le premier ministre Benyamin Netanyahou et moi-même avons donné pour instruction à l'armée de se préparer à une guerre totale contre les dirigeants et les mécanismes de l'Autorité palestinienne », a ainsi déclaré le ministre, en ajoutant que, sous cette hypothèse, les représailles comprendraient aussi l'« assassinat de personnalités de premier plan » et l'« évacuation des habitants de villes ou de villages d'où des activités “terroristes” sont menées » (AFP, 7 septembre 2026).

L'inquiétude des Palestiniens s'est aggravée deux semaines plus tard après qu'un colon a été tué par balle à quelques heures de la fête de Yom Kippour. Israël a alors été placé en état d'alerte maximale, et l'armée a annoncé le renforcement de ses troupes. « Ils n'attendent qu'une occasion pour transformer la Cisjordanie en Gaza », nous confie un cadre de l'Autorité palestinienne craignant qu'un acte isolé contre une colonie — scénario maintes fois évoqué depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 — n'embrase la situation. Pour lui, les Israéliens ne s'attaqueraient pas forcément à toutes les villes en même temps, mais en viseraient une en particulier afin de la vider de ses habitants. Laquelle ? « Je crains beaucoup pour Jénine ou Naplouse, mais Ramallah et surtout Al-Khalil [Hébron] ne sont pas à l'abri. »

Quoi qu'il en soit, de nombreux habitants de Cisjordanie ont retrouvé des réflexes qui remontent aux deux Intifadas en stockant de l'eau et des denrées de première nécessité dans la perspective de combats, de bouclages empêchant les déplacements ou de longs couvre-feux imposés par l'armée à la population.

C'est dans ce contexte que l'Autorité palestinienne, présidée par M. Mahmoud Abbas, prépare les élections législatives du 28 novembre prochain. Ce scrutin, le premier depuis 2006, est censé avoir lieu en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Pour mémoire, le Conseil législatif palestinien (CLP), qui fait office de Parlement, ne s'est plus réuni depuis 2007. Le Hamas a fait savoir qu'il participera à ces élections et qu'il tentera de former une large coalition afin de battre le Fatah, la formation de M. Abbas. Nombre d'observateurs estiment que le scénario de 2021 pourrait bien se reproduire avec une annulation sine die du scrutin, cette fois en raison des tensions en Cisjordanie et la situation à Gaza. La tenue de l'élection présidentielle annoncée pour 2027 — la première depuis 2005 — paraît quant à elle des plus improbables.

Voir en ligne : /2026/10/BELKAID/70057

Du Kosovo à la Crimée

Vingt ans après, la guerre du Kosovo continue de susciter des polémiques entre les grandes puissances, notamment la Russie et les États-Unis. Moscou invoque régulièrement l'intervention de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) au printemps 1999 pour justifier les siennes, par exemple en Géorgie ou en Crimée. Dans un discours devant le Parlement, le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine affirmait ainsi : « Les autorités de Crimée se sont référées au précédent bien connu du Kosovo, un précédent que nos collègues occidentaux ont eux-mêmes créé dans une situation très semblable, quand ils ont convenu que la séparation unilatérale du Kosovo d'avec la Serbie — exactement ce que la Crimée est en train de faire en ce moment — était légitime et n'avait pas besoin d'une quelconque autorisation des autorités centrales du pays. »

Ce parallèle a fait l'objet d'une réfutation en règle par M. Barack Obama lui-même. Le président américain a justifié l'intervention de l'OTAN, qui n'a eu lieu « qu'après les violences et les meurtres systématiques subis par les populations du Kosovo. Le Kosovo n'a quitté la Serbie qu'au terme d'un référendum conforme au droit international, et dans le cadre d'une coopération scrupuleuse avec les Nations unies et les pays voisins du Kosovo » (Bruxelles, 26 mars 2014).

Cet échange pourrait susciter des débats juridiques sans fin, dans la mesure où le droit international consacre deux principes qui peuvent entrer en contradiction : l'intégrité des États et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. C'est pourquoi les déclarations d'indépendance formulées par certaines composantes d'un pays (région, province), comme celle de la Catalogne en octobre 2017, suscitent des batailles judiciaires, mais aussi politiques : il s'agit d'obtenir que l'indépendance soit reconnue par un nombre d'États suffisamment important, en qualité et en quantité, pour rendre effectif le changement de statut du territoire concerné. C'est le problème rencontré aujourd'hui encore par le Kosovo, qui n'est pas reconnu par tous les membres de l'Union européenne.

Le statut des États étant la pierre angulaire de l'ordre international, les mouvements autonomistes font toujours l'objet d'une attention particulière de la part de leurs pays voisins et des instances internationales, compte tenu de leur potentiel perturbateur (tensions diplomatiques, conflit armé). Les référendums d'autodétermination, lorsqu'ils font suite à des interventions militaires extérieures, ne suffisent pas à lever les doutes sur la légitimité d'une partition. En outre, les conséquences des déclarations d'indépendance, dont le statut n'est pas réglé par le droit international, peuvent se révéler très graves. La reconnaissance unilatérale de l'indépendance de la Croatie et de la Slovénie par l'Allemagne, en décembre 1991, avait ainsi entraîné une réaction en chaîne meurtrière, contribuant au démantèlement désordonné de la Yougoslavie. Sans aller jusqu'à ce cas extrême, les pays membres des Nations unies seraient sans doute avisés de se concerter sur les grandes règles qui doivent gouverner les relations internationales en tenant compte de l'expérience acquise depuis 1990.

Sans cette concertation et la clarification des principes, le débat demeurera le simple jouet des rapports de forces et des appréciations plus ou moins subjectives des uns et des autres, comme l'illustre cette déclaration du ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov : « On nous répète sans cesse que “le Kosovo, c'était un cas à part, car des milliers de personnes ont péri là-bas”. Faut-il en conclure que, pour que les habitants de la Crimée obtiennent la reconnaissance de leur droit imprescriptible, il faut que coule autant de sang en Crimée qu'au Kosovo ? Pardonnez-moi, ce sont des parallèles et des analogies parfaitement impropres (1). » De son côté, M. Obama, qui s'était opposé en 2003, alors qu'il était sénateur, à l'agression américaine contre l'Irak, dont l'illégalité ne faisait aucun doute, estime finalement que les États-Unis ont « cherché à travailler dans le cadre du système international » (Bruxelles, 26 mars 2014). Ce qui est vrai, mais… après la guerre. La référence récurrente à l'intervention au Kosovo confirme qu'elle a fracturé un élément essentiel de l'ordre international : la confiance autour du tapis vert des négociations.

Voir en ligne : /2018/02/ROBERT/58363

(1) Le Courrier de Russie, Moscou, 16 avril 2014.

Le dernier espoir

1 October 2026 at 18:04

À Gaza, l'exiguïté des lieux et le poids écrasant des jours qui passent sans rien changer à notre situation m'obligent sans cesse à chercher le calme, même s'il ne dure que quelques minutes. Me voici sur le front de mer. Le bruit est omniprésent. Comment pourrait-il en être autrement dans un périmètre de quelques kilomètres carrés où s'entassent plus de deux millions de personnes, au cœur de l'une des tragédies les plus cruelles au monde ?

Mais ce n'est pas le grondement de la mer ou les vibrations des groupes électrogènes qui assaillent mes oreilles. C'est une discussion animée entre quatre jeunes hommes avachis sur des chaises en plastique. Ils parlent de la guerre. De ceux qui nous ont oubliés. De ceux qui font mine de nous aider mais qui n'ont rien à offrir si ce n'est quelques gesticulations. L'Iran ?

Hassan, 22 ans, a obtenu son diplôme universitaire il y a quelques mois. Il a perdu plusieurs membres de sa famille pendant les bombardements. Il s'est longtemps accroché à l'idée que l'Iran restait le dernier espoir capable de renverser la situation en modifiant le rapport de forces avec Israël. Il n'a pas perdu espoir. Pour lui, cela vaut encore la peine d'attendre. En infligeant une défaite aux Israéliens, la République islamique pourrait contribuer à ce que l'étau sur Gaza se desserre. « Téhéran, dit-il, n'a jamais abandonné ses alliés lors des crises précédentes. » Hossam et Rifât, à peine plus âgés, voient les choses différemment. Ils n'attendent rien de personne. Pas plus de l'Iran que des pays arabes. « Chacun son bât », disent-ils. « Gaza paye seule le prix lourd », dit l'un pour qui, même s'ils sont bombardés tous les jours, les Iraniens sont loin d'éprouver les mêmes souffrances que les Palestiniens. L'autre ne veut pas parler de géopolitique. Pour lui, la seule chose qui compte, c'est « la fin de cet enfer » que nous vivons depuis des années. La discussion se prolonge. Elle ne diffère guère de ce que j'ai pu entendre ici ou là. Tout tourne autour de ce que nous avons subi et de cette question lancinante : pourquoi le monde a-t-il laissé faire ça ? Comment en sommes-nous arrivés à espérer que l'Iran, pays auquel nombre d'entre nous ne se sont jamais intéressés, puisse voler à notre secours ? Le quatrième jeune homme, silencieux jusque-là, me dit que l'Iran est juste l'un des derniers espoirs auxquels on peut se raccrocher. Rifât n'est pas d'accord et se lève en maugréant : « Ces trois dernières années, Israël a démontré qu'il imposait sa volonté au monde entier. Il est vain d'attendre des miracles », lâche-t-il avant de s'en aller d'un pas traînant. Hossam acquiesce : « Après des années de guerre, le fossé entre ce que nous vivons et ce que nous espérons s'est considérablement creusé, et les vœux ne changent pas la réalité. » Pour nous tous, la situation en Iran nous apparaît tragique à double titre. Nous savons ce que la guerre fait aux peuples. Et nous craignons de ne plus avoir le moindre espoir.

Voir en ligne : /mav/209/AABED/69911

Une synagogue sous les bombes

Sur les près de cent mille Juifs recensés avant 1979, environ quinze mille vivent encore en Iran. Cette communauté, la plus importante du Proche-Orient en dehors d'Israël, demeure foncièrement attachée à son pays.

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Le mardi 7 avril, à 3 h 30, un appel m'apprend que trois missiles israéliens ont entièrement détruit la synagogue Rafi'nia, rue Fariman à Téhéran. Ce lieu de prière abrite également les réunions de l'Association des diplômés juifs d'Iran. Sur place, je découvre les étagères brisées et renversées, les livres déchiquetés éparpillés sur le sol. Çà et là, parmi les décombres, on aperçoit des fragments des tapis précieux qui, autrefois, ornaient les murs. Le poids des souvenirs rend pour moi cette destruction encore plus douloureuse. Après m'être enquise de l'état des habitants de la ruelle et avoir constaté qu'ils étaient sains et saufs, ma principale préoccupation va aux anciens rouleaux de la Torah. Le chef des secouristes accepte de ne pas utiliser une pelleteuse et de prendre le risque de déblayer à la main pour ne pas les abîmer. Conservés dans de solides caisses en bois, les rouleaux sont exhumés au bout de cinq jours.

Tous les Juifs du monde connaissent cette histoire : après la prise de Babylone, en 538 avant l'ère présente, le roi achéménide Cyrus le Grand libéra les déportés du royaume de Juda. Une partie d'entre eux prit le chemin de la Perse et découvrit dans la région de l'actuelle Ispahan un climat qui leur rappela celui de Jérusalem. Ils s'y établirent et prirent racine. Aujourd'hui, dans l'un des pays musulmans les plus radicaux du Proche-Orient, vit encore une communauté de plusieurs milliers de Juifs.

Nous, Juifs iraniens, n'avons jamais cessé de vivre sur cette terre. Nous avons été mêlés à tout ce qu'elle a traversé, pris dans le même creuset des heures heureuses et des heures sombres du pays. Nous sommes toujours vivants, nous respirons encore et nous faisons signe au monde : « Hé, nous sommes là ! » Nous ne sommes ni misérables, ni apeurés, ni rongés par l'inquiétude : nous formons une communauté soudée, structurée et prospère, dotée d'organisations de jeunesse, d'associations de femmes et d'institutions communautaires à Téhéran, Chiraz ou Ispahan. Notre communauté est porteuse d'une identité à la fois juive et iranienne.

Nos synagogues restent ouvertes, nos jeunes passent sous la houppa (le dais nuptial) pour se marier, nos morts reposent en paix dans leurs cimetières confessionnels. À l'étranger, cette réalité singulière a toujours été assimilée à la propagande d'État et reléguée à la marge. Mais, aujourd'hui, je suis là pour témoigner, en tant que journaliste iranienne et juive, de comment nous, citoyens de toutes religions, de toutes langues et de toutes origines, continuons à vivre ensemble. Comment, depuis des siècles, on nous apprend à passer devant les lieux de culte des autres sans hostilité ni mépris ; à respecter et à aimer nos voisins et nos amis musulmans, comme eux-mêmes nous respectent et nous aiment.

Nous sommes là !

Voir en ligne : /mav/209/YASHAYAIE/69915

Trompeuses apparences

15 September 2026 at 18:04

Qui est qui, dans les rues de Téhéran, et qui pense quoi ? À ce jeu, les réponses sont parfois étonnantes.

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Dans la salle d'attente d'un médecin, je croise une femme portant le tchador. À ma grande surprise, elle s'oppose vivement aux dépenses consacrées à la cérémonie d'adieu au Guide suprême. Elle se plaint aussi amèrement de la hausse des prix et s'oppose à la poursuite de la guerre. Des opinions qui lui valent quelques déboires : pour avoir exprimé son désaccord sur l'évolution du régime, ses relations qui fréquentaient la même mosquée qu'elle lui ont demandé de ne plus y venir.

À l'inverse, d'autres femmes portant le tchador participent aux rassemblements quotidiens et se montrent favorables à la poursuite de la guerre. Chez certaines, surtout les plus diplômées, les sentiments patriotiques se combinent avec les sentiments religieux. Dans un taxi, une femme sans voile me dit être opposée au régime, mais elle participe souvent à ces manifestations patriotiques car elle estime que c'est son devoir, en temps de guerre. Elle me raconte aussi que son beau-père est très religieux et qu'il a même participé volontairement à la guerre contre l'Irak (1980-1988). Mais, aujourd'hui, l'homme est devenu un farouche opposant. Parfois les repères se troublent. Une psychiatre qui fait partie des manifestants porte bien le tchador, mais elle me confie que, dans sa clinique, elle se contente d'une blouse et d'un foulard.

Les gens de gauche, bien moins nombreux qu'ils ne le furent à la fin des années 1970, n'échappent pas aux divergences. Nombre de ceux pour qui le souvenir du massacre des prisonniers de 1988 demeure vif et douloureux refusent tout soutien au régime, même dans les circonstances actuelles. Ils critiquent le gouvernement, qu'ils jugent néolibéral et inféodé au capitalisme mondial. D'autres, au contraire, ont pour priorité la guerre contre l'impérialisme et sortent pour conspuer Israël et les États-Unis. L'un d'eux m'explique que la mobilisation du peuple est précisément ce que le premier ministre Mohammad Mossadegh s'est refusé à faire en 1953, malgré les recommandations du parti Toudeh (communiste) et de son ministre des affaires étrangères, le docteur Hossein Fatemi. Selon mon interlocuteur, le coup d'État de l'Agence centrale de renseignement américaine (CIA) n'a pu réussir à l'époque que parce que les soutiens de Reza Pahlavi occupaient la rue. Seuls.

Téhéran donne-t-elle une fidèle image du pays ? Fin juillet, un jeune homme avec un accent du Sud me demande son chemin. Puis, observant avec étonnement l'animation de la capitale, il lâche : « Ici, c'est un autre pays, on dirait qu'il n'y a pas la guerre. Moi, je viens de Bouchehr, sur les rives du Golfe. Là-bas, elle domine tout. »

Voir en ligne : /mav/209/AHMADI/69921

Une économie dans la guerre

15 September 2026 at 18:04

Malgré les sanctions et les bombes, l'activité commerciale ne souffre guère de pénuries. Pour autant, les Iraniens les plus modestes s'inquiètent d'un retour à l'inflation provoquée par un effondrement de la monnaie locale face au dollar.

À Téhéran, dans cette agglomération de plus de 16 millions d'habitants, on n'observe pas de pénurie alimentaire. En dépit de la reprise des bombardements début juillet, l'agitation quotidienne semble immuable. La majorité des habitants font leurs courses dans des supermarchés semi-publics. Les marchés proposent légumes, fruits, et parfois viande rouge ou volaille. Les petites boutiques de quartier, ainsi que les boucheries et les boulangeries, restent également ouvertes.

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Au moment du paiement, on demande au client s'il souhaite régler ses achats avec un kala barg (bon d'achat électronique) ou par carte bancaire. Chaque mois, l'État verse 6 euros à chaque Iranien sous la forme de kala barg, utilisables pour acheter des produits de première nécessité : huile, riz, produits laitiers, voire de la viande. Rendus dérisoires par une inflation élevée, ces bons représentent tout de même une aide bienvenue pour les familles nombreuses les plus pauvres.

Les espèces ont pratiquement disparu. Chaque Iranien détient au moins trois cartes bancaires. Plus de 400 millions d'unités seraient en circulation. Au cours de la dernière semaine de juin, une cyberattaque a paralysé les services de quatre banques, dont trois — Melli, Saderat et Tejarat — figurent parmi les plus importantes du pays. La ruée vers les distributeurs automatiques a conduit à une carence de billets durant une semaine, avant un retour à la normale.

Si le pays produit près de 95 % des médicaments ordinaires qu'il consomme, ce n'est pas le cas pour les médicaments biologiques comme l'insuline. Plusieurs traitements avancés manquent ou sont très onéreux. Leur prix dépend fortement du taux de change du dollar sur le marché. Avec l'escalade du conflit dans la semaine du 20 juillet, le cours du billet vert, qui était resté stable pendant longtemps, a connu une forte augmentation, suscitant l'inquiétude de la population. Les Iraniens ont appris que de telles hausses entraînent immédiatement une forte inflation.

Depuis le début de la guerre, métro et bus sont gratuits. La mairie avait annoncé un retour au paiement après la cérémonie d'adieu au Guide suprême, mais elle a fait marche arrière sous la pression populaire. En revanche, le prix des voitures de transport avec chauffeur (VTC) Snapp ! a considérablement augmenté. Le trajet le plus court coûte désormais plus de 100 000 tomans (environ 50 centimes d'euro), et un trajet ordinaire revient à environ 300 000 tomans (environ 1,50 euro). Le salaire de base des ouvriers et des employés est de 25 millions de tomans par mois (environ 125 euros).

Dans un pays soumis à des sanctions depuis des décennies et à un blocus maritime depuis février, l'absence de pénuries importantes peut interroger. Dans les quartiers bourgeois du Nord, les rayons des supermarchés de luxe regorgent même de produits haut de gamme fabriqués à l'étranger.

Voir en ligne : /mav/209/A/69922

La jeune fille et le pilote

By: H. T.
15 September 2026 at 18:04
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En fin d'après-midi, trois amis passent me prendre pour aller dans un centre commercial. Ce 9 janvier, le froid est bien installé sur Ispahan. Les nuits deviennent glaciales. Le réseau téléphonique et Internet fonctionnent mal, mais cela ne nous inquiète pas particulièrement. Ce genre de perturbation n'est pas rare près de notre base militaire.

Dans le parking du centre commercial, alors que nous approchons de notre voiture, un bruit étrange attire mon attention : un gémissement étouffé. Derrière un véhicule se trouve une jeune fille d'à peine 16 ou 17 ans, adossée au mur. La douleur déforme son visage. Ses cheveux sont en désordre et ses yeux injectés de sang. Les taches qui couvrent son manteau noir donnent l'impression qu'elle a reçu un seau de peinture. Ses gémissements sont presque insoutenables.

Je m'approche :

— Ma sœur, qu'est-ce qui t'arrive ? Es-tu blessée ? Laisse-moi appeler quelqu'un pour t'aider.

Elle me supplie :

— Non… Ne dites rien… Ils vont me prendre…

Mes amis nous rejoignent. L'un d'eux me regarde :

— Tu ne sais pas ? Il y a eu des manifestations aujourd'hui.

La jeune fille raconte avec difficulté que les forces de sécurité l'ont visée avec des fusils projetant des billes de peinture, afin d'identifier ultérieurement les manifestants. Elle est persuadée qu'on la recherche.

Mon ami refuse qu'on la ramène chez elle.

— Nous sommes militaires. C'est ma voiture. S'ils nous arrêtent, on est finis.

Quand elle comprend que nous sommes militaires, sa peur devient encore plus visible. Son visage pâlit. Elle remonte le bas de son pantalon pour nous montrer les impacts de plombs et de projectiles sur sa jambe.

— J'ai eu tort… Je ne recommencerai plus… Je vous en prie…

Mes amis veulent partir au plus vite. Ils ont raison. Chaque minute accroît le danger. Ils montent dans la voiture et m'appellent.

Elle refuse qu'on lui commande un taxi.

— Il me livrera aux autorités.

Puis elle me regarde.

— Va-t'en, mon frère. Merci pour tout.

Son accent d'Ispahan me brise le cœur.

En la laissant seule, j'abandonnerai non seulement une gamine blessée et terrifiée, mais aussi une part de mon pays. J'ai prêté serment de défendre tous les Iraniens.

Je lui donne mon manteau et je jette le sien à la poubelle. Puis nous sortons du centre commercial. Je lui achète un foulard et nous commençons à marcher. La ville a changé de visage. Partout, des forces de l'ordre occupent la rue. Je transpire malgré le froid. À chaque contrôle, j'essaie de paraître naturel. Je salue les agents. Une fois, je leur explique même que je suis militaire. Ils nous laissent passer.

Nous traversons plusieurs rues, plusieurs carrefours avant qu'elle me demande de la laisser.

— Ma maison est au bout de la rue, me dit-elle.

Elle disparaît dans l'obscurité. J'attends une heure qu'elle me ramène mon manteau. Le froid devient insupportable. Les tirs résonnent dans la ville. Pendant un moment, je suis froissé qu'elle ne revienne pas. Puis je comprends. Peut-être qu'à sa place, moi non plus je n'aurais pas fait confiance à un militaire.

Je commande une voiture pour rentrer à la base. Je sens encore les gaz lacrymogènes flotter dans les rues. L'air brûle mes yeux. En chemin, j'entends la foule scander : « Armée sans honneur ! Armée sans honneur ! »

Voir en ligne : /mav/209/H__T__/69929
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