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Léon XIV et Macron : la tour de Babel et l'UE

28 September 2026 at 10:10

Par Thibault de Varenne

Le 25 septembre, à l'UNESCO, Léon XIV a raconté deux histoires. La première se passe au pied d'une tour, la seconde sur une place de Jérusalem. On a retenu du discours le multilatéralisme, l'intelligence artificielle, l'éducation. On a oublié la tour de Babel, symbole également très présent dans la franc-maçonnerie. Et c'est elle qui donne la clé de la journée, et de la matinée passée à l'Élysée.

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« La tour de Babel représente une unité imposée par la domination », a dit le pape. À la Pentecôte au contraire, chacun entend le message « dans sa propre langue maternelle », et « la communion ne supprime en rien la diversité ». La Babel moderne porte, selon lui, trois noms : « une mondialisation poursuivie sans fraternité », « des formes rapaces de néocolonialisme », « les impositions idéologiques ».

Le Pape, Babel et les lois noachides : ce que disent les textes
Talmud, Maïmonide, Congrès américain de 1991, Constitutions maçonniques, Catéchisme : les lois noachides, pièce par pièce.
« Exsules filii Hevae » : ce que 80 000 jeunes ont chanté à Saint-Denis
Vendredi, 80 000 jeunes ont clos la veillée du pape au Stade de France par le Salve Regina, chant millénaire des exilés. Ce qu’il dit d’une génération
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Ce que dit la Genèse

Après le déluge, Dieu bénit Noé et ses fils et leur ordonne de remplir la terre. Le chapitre suivant dénombre les peuples, chacun selon sa langue. Puis viennent les bâtisseurs : « Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » Babel n'est pas un péché d'architecture. C'est le refus de la pluralité : un chantier, une langue, un nom. La Pentecôte ne rétablira pas la langue unique. Elle fera comprendre sans uniformiser.

Une rencontre, et rien de plus

Les francs-maçons lisent Babel de la même façon. Dans leurs légendes, la tour est la construction manquée et le Temple de Salomon l'œuvre réussie ; les Constitutions d'Anderson font de la loge un « centre d'union ». La rencontre est

L'humeur de Veerle Daens : comment la Flandre tient le secret de vos messages entre ses mains

By: CDS
25 September 2026 at 09:21

par Veerle Daens

Mardi 29 septembre, à Bruxelles, les négociateurs des trois institutions se réunissent de manière informelle pour décider si une machine lira vos conversations privées. Neuf gouvernements peuvent encore l'empêcher. Il leur manque 2,1 points de population européenne. La Belgique en pèse 2,63. Elle n'a rien dit.

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Amis libertariens, laissez-moi vous exposer l'arithmétique la plus importante de votre année — celle dont aucun journal télévisé ne vous parlera, parce qu'elle n'a ni visage, ni victime photographiable, ni ministre à interrompre.

Pour bloquer un texte au Conseil de l'Union, il faut quatre États membres représentant plus de 35 % de la population. C'est écrit, c'est mécanique, c'est un tableur. Les neuf gouvernements qui refusent le scan obligatoire des messageries privées (dit chatcontrol) pèsent 32,9 %. Il manque 2,1 points. Trois pays peuvent les fournir : l'Allemagne (18,47 %), le Portugal (2,38 %), la Belgique (2,63 %). Accessoirement, le bloc des neuf ne peut perdre ni l'Italie, ni la Pologne, ni les Pays-Bas, qui pèsent à eux trois 25,5 % : une défection et il n'y a plus d'arithmétique du tout. Les chiffres sont là, et là.

Chat Control : où en est la surveillance des messageries cryptées en Europe ?
Rejetée par le Parlement en mars, expirée le 4 avril, la dérogation Chat Control revient au Conseil sous forme d’un texte neuf valable jusqu’en 2028. État des lieux.
L’humeur de Veerle Daens : Chat Control ou la trahison ressuscitée
Mes chers libertariens de l’Absurdistan, permettez à une Flamande qui prend son café à Malines, devant le carillon de Saint-Rombaut qui sonne en sept volées l’heure exacte de votre prochaine fouille corporelle numérique, de vous rapporter une affaire qui, même pour Bruxelles, défie l’entendement. Le 26

L'Allemagne, elle, a trouvé la formule. En public, elle rejette le scan sans soupçon. Au Conseil, depuis juin, ses négociateurs ne s'y opposent plus. Admirez la manœuvre, elle mérite un cadre : on ne vote pas pour, on ne vote pas contre, on cesse de s'opposer. Voilà le degré zéro du courage politique porté à sa perfection technique — une abstention si bien élevée qu'elle n'a même pas besoin d'être déclarée.

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Et mon pays ? Mon pays, mes chers lecteurs sans tableur, est indécis. On le dit avec un mot d'agence de notation, comme s'il s'agissait d'un arbitrage délicat entre deux biens supérieurs. Indécis sur quoi ? Sur la lecture des messages de quatre cent cinquante millions d'Européens. Depuis quand ? Depuis que la Commission a déposé son texte, en mai 2022. Cinquante-deux mois. Miljaardedju — cinquante-deux mois, c'est plus long qu'une grossesse d'éléphante, plus long que la construction d'un pont sur la Dyle, plus long que la carrière moyenne d'un secrétaire d'État belge. Un pays qui n'a pas tranché en cinquante-deux mois n'est pas indécis. Il attend de voir qui gagne.

On me dira que le règlement protège les enfants, et il faut le dire sérieusement : son objet est l'abus sexuel des mineurs, qui n'est pas une abstraction de juriste. Seulement voilà — le Parlement européen, de son côté, ne propose pas de ne rien faire. Il propose la détection ciblée sur ordonnance judiciaire. Le choix n'est donc pas entre protéger et laisser faire. Il est entre scanner les suspects et scanner tout le monde. Et sur ce que coûte la seconde méthode, le texte a une élégance qu'il faut saluer : les plateformes ne publieront leurs taux d'erreur et de faux positifs qu'à partir du 1er février 2027. Soit après. On vous demande de signer avant de connaître le prix, et le prix sera facturé en vies privées de gens qui n'avaient rien fait.

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Notez maintenant l'asymétrie, elle est d'une perfection d'horloger. Pour étendre la surveillance, l'urgence suffit : le 9 juillet, le Parlement a prolongé le scan volontaire jusqu'au 3 avril 2028 parce que les 314 députés qui votaient contre n'atteignaient pas les 361 requis — dans cette maison, la majorité qui dit non ne suffit pas ; il faut une majorité qualifiée pour empêcher. Pour restreindre la surveillance, en revanche, il faut quatre États, 35 % de population, et l'accord de trois capitales qui ne décrochent pas. Le dispositif est monté de telle sorte que l'inertie travaille toujours dans le même sens. Ce n'est pas un hasard de procédure. C'est une architecture.

Mardi, si personne ne bouge, les négociateurs acteront le facile — le Centre européen, l'évaluation des risques, les obligations de transparence — et renverront le reste. Sans accord, le dossier passe à la présidence lituanienne en janvier, puis à la grecque en juillet. Il ne meurt pas. Il patiente. C'est sa nature profonde : un texte de surveillance n'a jamais besoin de gagner, il lui suffit de ne pas perdre, pendant que vous avez une vie, un métier, des enfants à récupérer à l'école et aucune raison de savoir ce qu'est un COREPER.

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Alors une dernière question, compagnons d'Absurdistan, à poser à votre député avant mardi soir. Le jour où une machine lira vos messages, elle le fera parce que quatre cent cinquante millions d'Européens l'auront voulu — ou parce que deux virgule un pour cent d'entre eux n'ont pas rappelé ?

Je connais la réponse. Elle tient dans un tableur, et personne n'aura signé.

Au bon coin macroniste : "Echange parapluie nucléaire contre espion français en prison"

23 September 2026 at 19:06

Par Eric V

Comme nous l'avions annoncé hier, la France a fait pression pour sortir un oligarque russe de la liste des sanctions européennes en échange de la libération d'un espion français emprisonné en Azerbaïdjan. Ce qu'on ne savait pas encore, c'est que ce "deal" a permis à la Lettonie d'obtenir une extension du parapluie nucléaire français à son territoire. Plus quelques autres avantages.

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Hier, Thibault de Varenne expliquait que la France menaçait de s'opposer à la reconduction de sanction contre environ 3.000 personnes proches de la Russie ou Russes, si l'un d'eux, désigné par l'Azerbaïdjan, n'était pas rayé de la liste. En échange, la France devait obtenir la libération de l'un de ses ressortissants jugé et condamné en Azerbaïdjan pour espionnage. Finalement, l'Union Européenne a accédé aux voeux français, et l'oligarque Ousmanov a disparu de la liste des sanctionnés. Le lendemain, l'Azerbaïdjan a annoncé la libération de notre ressortissant Martin Ryan.

Au passage, Intelligence Online note que l'Azerbaïdjan est aujourd'hui un verrou pour l'approvisionnement français en uranium, en blé et en pétrole d'Asie Centrale. L'ensemble de la négociation devrait donc faciliter l'accès à ces achats. Au demeurant, la levée des sanctions contre Ousmanov était demandée par la Turquie, mais aussi par l'Ouzbékistan et par le Kazakhstan. L'Ouzbékistan réclamait un ressortissant apparenté à son président, le Kazakhstan des actifs gelés qu'il partage avec lui. Bruxelles avait cru sanctionner le Kremlin ; elle sanctionnait aussi Tachkent et Astana.

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Pour parvenir à cet accord discret mais global, il a en revanche fallu vaincre l'opposition de la Lettonie, Etat balte très hostile à la Russie. Intelligence Online révèle aujourd'hui que cette réticence lettone n'était pas désintéressée. Pour lever son veto, la Lettonie a obtenu divers "cadeaux" de la part d'Emmanuel Macron, dont des livraisons d'armes... et l'extension à son territoire du parapluie nucléaire français.

Voilà qui ressemble à la dévaluation des assignats durant la Révolution. Il fut une époque où un parapluie nucléaire valait cher. Aujourd'hui, ce parapluie nucléaire se négocie comme au marché aux puces. Combien de Français savent aujourd'hui quels pays la France couvre avec son fameux "parapluie" ? Probablement très peu... mais qu'importe, puisque ce parapluie est une monnaie de singe que Macron semble échanger au gré du vent contre tout et n'importe quoi sans en parler à personne.

Au nom de notre protection, bien entendu.

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Trump : ni mondialiste, ni isolationniste, simplement impérialiste

23 September 2026 at 10:03

par Thibault de Varenne

Le 22 septembre, à la tribune des Nations Unies, le président des États-Unis a annoncé qu'il lui restait « une grande décision à prendre » : conclure un accord avec l'Iran, ou « anéantir la République islamique ». Il a précisé que l'accord viendrait sans doute après les élections de mi-mandat. Le mot qui manque au débat français n'est ni mondialiste ni isolationniste.

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Il a dit : j'ai une grande décision à prendre. Le verbe est au singulier et le sujet est un homme.

Sept mois après avoir engagé son pays dans une guerre contre l'Iran, Donald Trump est venu la défendre devant l'Assemblée générale des Nations Unies. Il a posé une alternative en deux branches : un accord qui permettrait à l'Iran de se reconstruire et de devenir, a-t-il dit, l'un des plus grands pays du Moyen-Orient, ou l'anéantissement de la République islamique, et rapidement. Il a ajouté qu'il croyait l'accord probable juste après les élections de mi-mandat de novembre. Il a appelé les nations à isoler Téhéran, répété qu'il ne laisserait jamais l'Iran disposer de l'arme nucléaire, présenté son plan en vingt points pour Gaza et le conseil de paix qui doit l'appliquer, et refusé toute régulation internationale de l'intelligence artificielle, qu'il préfère appeler superintelligence, comparant les inquiétudes qu'elle suscite à celles du climat.

Dans la journée, il a signé avec le Danemark et le Groenland un accord élargissant les pouvoirs américains de défense sur le territoire arctique.

Voilà les faits. Reste à trouver le mot.

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Ce que les deux mots disponibles ne recouvrent pas

Le débat français dispose de deux étiquettes et les use jusqu'à la corde.

La première est l'isolationnisme, c'est-à-dire la doctrine qui veut qu'une puissance se tienne hors des affaires du monde et s'en remette à ses propres frontières. On l'attribue à Trump depuis dix ans. Elle ne résiste pas à l'énoncé de sa semaine. Un homme qui conduit une guerre depuis sept mois sur un autre continent, qui somme les autres nations de rompre avec un État tiers, qui rédige un plan de paix pour un territoire qui n'est pas le sien et institue un conseil chargé de l'administrer, qui étend enfin ses droits militaires sur une dépendance danoise, n'est pas en train de se retirer du monde. Il en occupe davantage qu'il n'en occupait.

La seconde est le mondialisme, mot plus flou, qui désigne dans l'usage courant

Rwanda : la Cour de Cassation clôt le mythe de la complicité française...

23 September 2026 at 09:41

par Elise Rochefort

La chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté, le 9 septembre 2026, les pourvois formés par des parties civiles contre l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris du 11 décembre 2024. Cet arrêt avait confirmé deux ordonnances du 17 octobre 2023 : un refus de mesure d'instruction complémentaire et un non-lieu. L'information judiciaire portait sur des faits de complicité de génocide et de complicité de crimes contre l'humanité susceptibles d'être reprochés à des membres des forces françaises déployées au Rwanda dans le cadre de l'opération « Turquoise ».

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La décision clôt une procédure ouverte il y a vingt et un ans.

La procédure

Le 16 février 2005, six ressortissants rwandais — Mme Auréa Mukakalisa, MM. Innocent Gisanura, François Bagirubwira, Eric Nzabihimana, Bernard Kayumba et Aaron Nshymiryayo — ont porté plainte et se sont constitués partie civile auprès du doyen des juges d'instruction au tribunal aux armées de Paris, contre personne non dénommée. Ils relataient les massacres commis au Rwanda du 6 avril à la fin juin 1994, notamment dans les collines de Bisesero, et soutenaient que des militaires français n'étaient pas intervenus à Bisesero entre le 27 et le 30 juin 1994. Ils faisaient également état d'exactions commises dans le camp de réfugiés de Murambi.

Le procureur de la République a requis l'ouverture d'une information judiciaire le 23 décembre 2005. Plusieurs associations — la Ligue française des droits de l'homme, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Survie et Ibuka — se sont constituées partie civile par voie d'intervention.

Cinq officiers ont été placés sous le statut de témoin assisté : MM. Jean-Rémi Duval, Marin Gillier, Jacques Rosier, Jean-Claude Lafourcade et Etienne Joubert. Le statut de témoin assisté, en procédure pénale française, est intermédiaire : il concerne une personne contre laquelle existent des indices rendant vraisemblable sa participation, sans que les charges soient suffisantes pour une mise en examen.

L'opération « Turquoise » avait été autorisée par la résolution 929 du Conseil de sécurité des Nations unies du 22 juin 1994.

Comment le dictateur Kagamé a construit le narratif anti-français du génocide rwandais avec Glucksmann et Gourevitch
Un livre de Gourevitch, un film de Glucksmann : comment Kigali a fait d’un récit occidental du génocide une raison d’État, avec la France pour coupable désigné.
Génocide au Rwanda : quelle complicité de la France ?
Le rapport Duclert acquitte la France de complicité et l’accable de responsabilités. Les télégrammes, Bisesero, et à qui profite la charge : le dossier.
Pourquoi les Anglo-Saxons investissent autant dans le narratif géopolitique des génocides
Mémorial britannique, scénographie américaine, chaires anglophones : enquête sur l’appareil occidental de la mémoire des génocides et sur son rendement.
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Le premier moyen : le refus d'actes complémentaires

Les parties civiles demandaient deux auditions. Celle de M. Vincent Duclert, président de la commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi, dont le rapport a été remis le 26 mars 2021, afin qu'il s'explique sur les conditions d'accès aux documents classés secret défense. Celle de M. Hubert Védrine, à l'époque des faits secrétaire général de la présidence de la République, afin d'établir les responsabilités dans la chaîne de commandement politique. Elles invoquaient le droit à un procès équitable et l'obligation d'enquête approfondie, sur le fondement des articles 3 et 6 de la Convention européenne des droits de l'homme.

La chambre de l'instruction a répondu par le constat du caractère approfondi de l'enquête déjà menée : un dossier de trente et un tomes, des réquisitions adressées à la direction de la surveillance du territoire, à la direction générale de la sécurité extérieure, à l'état-major des armées, à l'Assemblée nationale, au service historique de la défense, aux ministères des affaires étrangères et de la défense, à la présidence de la République et aux services du Premier ministre, plusieurs commissions rogatoires internationales, et l'audition de nombreux responsables militaires.

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