Activists arrested after footage shows settlers beating them in West Bank




Au mouvement social actuel, le gouvernement oppose une répression policière et judiciaire particulièrement sévère. La confrontation dans la rue se double d'une bataille symbolique, faite d'images, de slogans et de récits, qui n'est pas moins rude.
« Est-ce que vous condamnez la violence ? » L'injonction pèse sur tout lycéen, étudiant, responsable syndical ou politique invité dans les médias pour commenter les mobilisations actuelles. Le gouvernement n'est pas en reste. Dès les premiers jours, le ministre de l'éducation nationale Édouard Geffray évoque « une bascule » des blocages des lycées vers des « violences urbaines » (Le Monde, 2 octobre 2026), quand son homologue de l'intérieur Laurent Nuñez annonce n'avoir donné « aucune consigne de retenue » (TF1, 2 octobre 2026). Une répression policière inédite s'est abattue sur les protestataires : des milliers de personnes, majoritairement des mineurs, ont été interpellées et placées en garde à vue. Plusieurs manifestants ont été mutilés par des grenades lacrymogènes ou assourdissantes, ainsi que par des tirs de lanceur de balles de défense (LBD). Les syndicats policiers tentent de justifier ces violences en invoquant des centaines de policiers et gendarmes qui auraient été blessés depuis le début du mouvement. Les voix de présidents de région s'élèvent pour dénoncer le coût des destructions, et le gouvernement a enclenché la procédure accélérée pour faire adopter un projet de loi, dite « casseur-payeur », visant à engager la responsabilité civile d'un participant à un rassemblement « dès lors qu'il a connaissance que la dispersion a été ordonnée en raison des violences ou dégradations en cours ».
Cette place centrale accordée à la violence ne fait pas consensus. Mme Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière, fait remarquer avec humour sur le plateau de BFM TV : « Je sais que ça fait un beau fond, les flammes, là. Apparemment, c'est très esthétique parce que vous avez gardé ce fond-là à peu près toute la journée, qui nous fait croire qu'on est en guerre civile. Mais ce n'est pas ça qui se passe » (3 octobre 2026). Dans les cortèges, des pancartes, comme « Brûler des poubelles ne dérange que les ordures » ou « Quand les jeunes montrent leur avenir, les imbéciles regardent la poubelle qui brûle », viennent aussi contredire ce récit dominant.
Il suffit en effet de participer aux mobilisations ou de les observer pour se rendre compte qu'elles revêtent un tout autre visage. Elles sont déterminées, festives et inventives. Des déguisements de dinosaures, de requins, de super-héros, de personnages de mangas, de jeux vidéo ou de Pokémon émaillent les manifestations. Les battles d'aura, les danses et les chants rythment les blocages. Des milliers de pancartes de carton rivalisent de créativité, d'humour et d'irrévérence (« Macron, toi, tu manquais pas de prof de français », « Recyclez vos déchets, n'en faites pas des ministres »). Partout, des visages souriants, une joie communicative.
Le sens d'un événement est inséparable des controverses dont il fait l'objet pour en imposer la définition légitime. Et l'insistance sur la violence est une façon de détourner l'attention des raisons de la colère. Le procédé est ancien. En 1986, Louis Pauwels, alors directeur du Figaro Magazine, accusait la jeunesse soulevée contre le projet de loi Devaquet d'être atteinte d'un « sida mental » (Figaro Magazine, 6 décembre 1986), et Robert Pandraud, alors ministre délégué chargé de la sécurité, déclarait au sujet de Malik Oussekine, mort sous les coups des voltigeurs motocyclistes de la police : « Si j'avais un fils sous dialyse, je l'empêcherais d'aller faire le con dans les manifestations. » La thèse de la manipulation a également la vie dure. Charles Pasqua, alors ministre de l'intérieur, ne voyait pas dans les manifestations une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche », comme le cabinet de l'actuel premier ministre, M. Sébastien Lecornu (France Info, 1er octobre 2026), mais celle de « professionnels de la déstabilisation, gauchistes et anarchistes de tout poil et de toutes nationalités » (Le Monde, 9 décembre 1986).
Toutefois, quelque chose a changé dans l'ampleur de la répression. La comparaison avec le mouvement contre le contrat première embauche (CPE) de 2006 en donne la mesure : 4 544 personnes avaient été interpellées entre le 7 mars et le 18 avril 2006, soit une moyenne de 106 interpellations quotidiennes (1). En 2026, les 6 547 interpellations recensées entre le 28 septembre et le 6 octobre représentent une moyenne de 727 par jour, près de sept fois plus. « Le but de la manœuvre était d'effrayer les élèves et leurs parents pour stopper au plus vite la fronde », reconnaît un commissaire de police cité par Le Canard enchaîné (14 octobre 2026). L'écart est plus spectaculaire encore pour les gardes à vue. Leur nombre a été multiplié par neuf, passant de 46 par jour en 2006 à 418 en 2026 (chiffres au 13 octobre 2026). Le seul week-end des 17 et 18 octobre a, lui, donné lieu à près de 2700 gardes à vue, davantage que pendant les deux mois du mouvement contre le CPE. Les défèrements devant la justice connaissent une progression comparable. La garde à vue est ainsi largement détournée de sa fonction judiciaire pour intimider, dissuader ou entraver les protestataires, et les parquets usent de leurs prérogatives propres (avertissements pénaux probatoires, réparations pénales, interdictions de paraître, etc.) pour sanctionner des faits qu'ils auraient bien du mal à faire condamner par un juge.
En 2006, au milieu de la tourmente du CPE, M. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, confiait aux responsables des forces de l'ordre : « Je sais qu'il est extrêmement difficile de faire le tri au sein d'une foule entre ceux qui manifestent pacifiquement et ceux qui veulent créer du désordre. Mais nous ne pouvons accepter que certains cherchent à instaurer le règne de la terreur. Face à l'évolution de la situation, je vous demande de mettre en place des dispositifs particulièrement adaptés à l'interpellation des fauteurs de troubles (2). » La « terreur » invoquée concerne en réalité les vitrines, les poubelles et le mobilier urbain, dont le maintien de l'ordre traditionnel s'accoutumait très bien de la dégradation, au nom d'une doctrine du « désordre acceptable » qui cherchait avant tout à éviter les blessés (3). Mais les images d'incendies et de destructions relayées avidement par les médias contrarient les postures de fermeté sécuritaire que M. Sarkozy et ses successeurs aiment présenter à leurs électeurs.
Les forces spécialisées comme les escadrons de gendarmerie mobile (EGM) et les compagnies républicaines de sécurité (CRS) perdent ainsi leur position dominante, au profit d'unités issues des polices urbaines — compagnies d'intervention, brigades anticriminalité (BAC), BRAV-M à Paris —, dont la logique d'action diffère. Il ne s'agit plus de contenir une foule mais d'« aller au contact », de « percuter » afin d'interpeller le moindre « fauteur de troubles » au cœur même des cortèges. Cela élève considérablement le degré de violence en leur sein et enclenche des cycles d'escalade. Les charges sont brutales et provoquent une incompréhension et une colère qui se retournent facilement contre les fonctionnaires. Agissant en petits groupes, ils sont parfois pris à partie et recourent volontiers aux grenades de désencerclement et aux LBD pour se dégager, au prix de blessures parfois sérieuses chez les manifestants. « Une poubelle brûlée = un lycéen mutilé », résument des pancartes.
Cette stratégie est d'autant plus funeste que ces policiers sont coutumiers de la lutte contre la petite criminalité, les trafics ou les désordres urbains. Ils ne voient donc pas dans les lycéens et les étudiants des citoyens exerçant un légitime droit démocratique, mais des délinquants potentiels qu'on peut humilier, brimer et brutaliser. Les doctrines de maintien de l'ordre et celle de la lutte contre les « violences urbaines » en sont venues à se confondre en pratique, et ce n'est pas un hasard si les ministres de l'éducation nationale, de l'intérieur ou de la justice utilisent désormais cette expression à propos des mobilisations actuelles.
Par suite, la police occupe une place plus centrale que par le passé dans l'imaginaire de la contestation. « Je fais des cauchemars de Macron et de la police », affichent des manifestantes. Les cortèges chantent à pleins poumons les slogans « Tout le monde déteste la police » ou « ACAB » (pour « All cops are bastards », « Tous les flics sont des salauds »), quand les pancartes « La police nous protège, ça crève les yeux », « Liberté, égalité, LBD » ou « Système ACABlant » fleurissent dans les rassemblements.
La surexposition de cet antagonisme tend toutefois à gommer la violence structurelle qui a déclenché les mobilisations. À la différence d'expériences antérieures, lycéens et étudiants ne protestent pas pour le retrait d'une réforme en particulier, mais expriment une critique sociale plus générale. Ils dénoncent les situations parfois indignes dans lesquelles se déroulent les apprentissages, mais aussi les réformes qui en détournent l'attention. « 38 °C/38 élèves, mais le problème, c'est le téléphone », taclent des panonceaux. Plus profondément encore, le mouvement révèle aussi une contradiction entre un élargissement social de l'accès aux études (à peine un tiers d'une génération obtenait le baccalauréat en 1986, contre près de 80 % aujourd'hui) et les possibilités réelles de les poursuivre. Alors que les budgets de l'enseignement supérieur accompagnaient ce mouvement (ses effectifs ont quasi triplé, passant d'environ 1,1 million d'étudiants au milieu des années 1980 à plus de 3 millions aujourd'hui), un renversement s'opère à partir du milieu des années 2010. Les financements récurrents des universités publiques stagnent, limitant ainsi les capacités d'accueil. Et Parcoursup, mis en place en 2018, incarne le mécanisme qui filtre l'accès aux formations, pénalisant ceux dont les familles sont les moins armées pour cette compétition d'un nouveau type (lire « Les raisons du soulèvement »). « Jeunesse formidable, avenir fort minable », s'inquiètent les protestataires.
Ces mobilisations ont déjà contraint le gouvernement à « engager des chantiers » sur le remplacement des enseignants, l'état des bâtiments, l'organisation du temps scolaire ou Parcoursup. Des promesses qui, en l'absence de financements suffisants, n'engagent pas à grand-chose. « Pas besoin de plan cul, le gouvernement nous baise déjà », reprenait une manifestante, à l'évidence sceptique.
Quelles que soient les suites du mouvement, il est clair qu'il représente un moment fort de politisation pour une « Gen Z » que l'on décrivait comme lobotomisée par les réseaux sociaux. « Je leur parle de prise de conscience, ils me parlent de crise d'adolescence », pouvait-on lire dans les cortèges. Ceux-ci disent « Non au R-Haine » et chantent « Siamo tutti antifascisti » (« Nous sommes tous antifascistes »). Les militants de La France insoumise, du collectif révolutionnaire Le Poing levé ou de la « Jeunesse communiste » distribuent tracts, journaux et autocollants.
Mais la mobilisation emprunte aussi des formes moins balisées, semblant prendre acte de l'indifférence — ou du mépris — des élites politiques envers les contestations sociales et les revendications écologistes exprimées dans la rue. La force du nombre ne suffit plus à infléchir les décisions. Les canaux institutionnalisés de négociation (comme les syndicats) sont ignorés, délaissés au profit de la communication ou de dispositifs de « consultation » en trompe-l'œil (lire « “Civic tech”, l'art de laisser causer »). En réaction, lycéens et étudiants réinventent des formes modernes de carnaval.
Des anthropologues comme James C. Scott ont insisté sur l'importance de ce rituel de résistance dans des contextes où les rapports de domination semblent difficilement ébranlables. L'énergie, la joie et l'anonymat de la foule qui se rassemble dans l'espace public renversent pour un temps l'ordre social. Celle-ci exprime collectivement le « ressentiment accumulé contre les riches et les puissants » et met « l'injustice sociale en accusation » (4). Les déguisements, les masques moquent les dominants ou exaltent les protecteurs des faibles (Spider-Man par exemple). Les figures d'autorité sont dégradées. On brûle leurs effigies, on raille leur sérieux, leur importance en les ramenant à leur condition bassement corporelle (5). On parle d'eux de manière crue, obscène et scatologique. Des pancartes comme « Nuñez, grosse cuve à pisse » dépouillent leurs cibles de toute dignité officielle. Festif et mordant, le carnaval n'en reste pas moins agressif. Des slogans, tels « La Bastille, c'est comme le vélo : ça ne s'oublie pas » ou « Macron, on a guillotiné le roi pour moins que ça », convoquent la mémoire violente de la Révolution française. Les appels à prendre les « lieux de pouvoir », à l'instar de l'Élysée ou Matignon, l'actualisent. Au risque de sévères affrontements avec les forces de l'ordre et de lourds dégâts, comme on a pu le voir lors de la manifestation du 17 octobre.
Mais l'irrévérence et l'émeute ne s'opposent pas autant qu'aimeraient le faire croire ceux qui séparent les « bons manifestants » des « semeurs de chaos ». Elles constituent deux faces de la contestation d'un ordre institutionnel qui tend à fonctionner chaque jour plus visiblement au service des dominants. Comme l'a montré l'historien Edward P. Thompson, les violences populaires naissent le plus souvent du sentiment que les gouvernants ont trahi les obligations qui fondaient leur légitimité (6). La bataille que mène la jeunesse mobilisée dépasse largement ses conditions d'études. Elle porte sur la définition même de l'intérêt général, dont l'État est censé être le garant. Le démantèlement continu de ses fonctions de protection et l'essor corrélatif de celles de coercition nourrissent la défiance à son égard (7). Le renoncement aux idéaux de justice sociale sur lesquels reposait son autorité retourne ainsi la colère contre les élites politiques et administratives qui conduisent ces transformations et s'en font gloire. La pancarte « Les vrais casseurs sont en costard-matraque », brandie par une manifestante, montre qu'il n'y a plus d'ambiguïté sur l'origine du saccage.
(1) Selon le ministère de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, qui répondait à la question écrite n° 96093 du député Jean-Claude Abrioux, Journal officiel de l'Assemblée nationale, Paris, 15 août 2006.
(2) « Rencontre avec les services de police et de gendarmerie », ministère de l'intérieur, 24 mars 2006.
(3) Lire « Brutalisation de l'ordre manifestant », Le Monde diplomatique, mai 2023.
(4) James C. Scott, La Domination et les Arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, Amsterdam, Paris, 2009 (1re éd. : 1990).
(5) Lire Pierre Rimbert, « Eloge du rire sardonique », Le Monde diplomatique, août 2010.
(6) Edward P. Thompson, « “Rough Music” : le charivari anglais », Annales. Économies, sociétés, civilisations, 27e année, n° 2, Paris, mars-avril 1972.
(7) Lire Alexis Spire, « Pourquoi il faut réenchanter l'État », Le Monde diplomatique, octobre 2026.
Quelques mois avant l'élection en 2018 de M. Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil, une jeune conseillère municipale de gauche, Marielle Franco, est assassinée à Rio de Janeiro, le fief de la famille du « capitaine » d'extrême droite. Ce crime politique est le sujet de cette enquête, où l'auteur interroge les principaux acteurs de l'affaire et examine chaque dossier judiciaire. Dans les méandres de la « ville merveilleuse », il retrace le parcours de cette femme née dans la favela du Complexo da Maré, mais également celui de ses meurtriers, liés aux milices. Ces groupes paramilitaires recrutent parmi les membres de la police et soumettent par la terreur des quartiers entiers. Plongé dans le monde interlope carioca, le lecteur découvre comment une militante a gêné des intérêts criminels en défendant les habitants rackettés quotidiennement. Et par quel cheminement, grâce à un accord passé avec les tueurs, la police a identifié les commanditaires de l'homicide. Objet des attaques de l'extrême droite avant sa mort, Franco est devenue le symbole de la résistance populaire contre cette mouvance.
Éditions HarperCollins, Paris, 2026, 352 pages, 19,90 euros.
Parfois, l'inespéré advient. Un mouvement lycéen spontané, mettant en cause les travers du système éducatif, a rencontré d'autres colères, rallié à lui divers secteurs de la société. Et, jusqu'ici, les manœuvres visant à diviser les contestataires n'ont pas abouti...
Lucie et Robin n'ont pas trop à se plaindre de leurs conditions d'études dans l'Aveyron. Leur lycée a été récemment rénové, et les classes n'y sont pas surchargées. Pourtant, le 17 octobre dernier, ils sont allés manifester, en soutien à leurs camarades moins bien lotis. « Même si nous, à Rodez, ça va, ce n'est pas pareil partout, notamment en banlieue », expliquaient-ils à un journaliste venu couvrir l'événement (Centre Presse Aveyron, 17 octobre). Cette solidarité entre des lycéens de territoires qui semblent n'avoir pas grand-chose en commun s'est notamment nouée sur les réseaux sociaux, où, d'un établissement à l'autre, circulent les témoignages et vidéos, les messages d'encouragement. Elle constitue l'une des particularités du mouvement qui embrase la France depuis la rentrée 2026. Une mobilisation qui, autre singularité, n'est pas née de l'opposition à une réforme, comme c'est souvent le cas, mais a jailli soudainement, en pleine période électorale, pour protester contre la dégradation généralisée du service public de l'enseignement.
Les mêmes préoccupations reviennent ainsi partout, de Créteil à Lamballe, de Vaulx-en-Velin à Villefranche-de-Rouergue, en passant par Paris, Marseille, Mayotte ou la Guyane : les locaux dégradés et mal isolés, les professeurs non remplacés, les emplois du temps à trous et à rallonge, Parcoursup et son algorithme incompréhensible… Sans parler d'un horizon toujours plus sombre, entre l'intelligence artificielle qui menace les emplois, le dérèglement climatique qui menace la planète et le spectre de la guerre qui menace l'Europe.
La convergence des lycéens de banlieues et de zones rurales peut surprendre après quinze ans de matraquage sur la « fracture territoriale », qui a ancré l'idée d'une opposition entre « France des métropoles » et « France périphérique », « jeunes des villes » et « jeunes des champs ».
Selon cette lecture, aussi répandue dans les médias que contestée par les chercheurs (1), il existerait deux jeunesses populaires qui n'auraient ni les mêmes problèmes, ni les mêmes valeurs, ni les mêmes perspectives. Les jeunes de banlieue seraient certes confrontés au racisme, aux discriminations et à la ségrégation urbaine, mais leur proximité géographique avec des centres dynamiques ou l'attention particulière que l'État leur porterait via la politique de la ville leur offriraient une certaine ouverture sur le monde, la possibilité de se créer des réseaux et des perspectives d'ascension sociale. À l'inverse, les jeunes des campagnes, réputés plus conservateurs et attachés à leurs traditions, seraient prisonniers de leur territoire. Éloignés des lieux de décision, des filières d'excellence et des bassins d'emploi, oubliés par les pouvoirs publics, ils auraient moins de chances de s'en sortir. « La jeunesse de banlieue a été privilégiée par rapport à celle de la ruralité. C'est une jeunesse à qui on a tout donné. Mieux vaut avoir 20 ans à Saint-Denis et Nanterre que dans la Creuse », croit savoir M. Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RTL, 2 juillet 2023). Difficile, dès lors, d'imaginer un mouvement social agrégeant ces deux jeunesses.
Pourtant, quand on cesse d'opposer les espaces pour s'intéresser aux conditions sociales, les expériences se révèlent bien plus proches qu'il n'y paraissait. À la campagne comme en banlieue, les jeunes subissent de plein fouet les conséquences de la désindustrialisation. Ils connaissent le manque d'emplois stables, le sous-investissement dans les services publics, la stigmatisation des uns en « ploucs » et des autres en « racailles ». Ils partagent également des formes de sociabilité centrées sur des « solidarités à petit rayon » (2), peu mixtes, ainsi que, chez les garçons, un goût pour le football et le motocross. Bref, ils ont bien des raisons de parler d'une même voix, et le mouvement lycéen l'a rappelé avec puissance, détermination et enthousiasme.
Pour répondre à cette mobilisation inédite, le gouvernement a repris une méthode éprouvée depuis l'arrivée au pouvoir de M. Emmanuel Macron. Il l'a d'abord ignorée (le ministre de l'éducation nationale Édouard Geffray a attendu deux semaines avant de recevoir des représentants des lycéens). Puis il l'a réprimée, avant de tenter de la discréditer (les blocages ne seraient qu'une « manœuvre de La France insoumise et de ses proxys de l'ultragauche », selon Matignon) puis de la diviser, en distinguant les gentils manifestants et les méchants « casseurs », lesquels auraient transformé la protestation lycéenne en « mouvement de violences urbaines », d'après le premier ministre Sébastien Lecornu. Et bien sûr il a créé une plate-forme en ligne pour permettre aux élèves d'exprimer leurs doléances, selon un procédé déjà mis en œuvre en 2019 avec les « gilets jaunes » : offrir un exutoire numérique à la colère, pour mieux l'ignorer (lire « Une jeunesse qui ne se tient plus sage » et « « Civic tech », l'art de laisser causer »).
Le gouvernement pensait avoir réussi son coup. Il misait sur un échec de la mobilisation du 17 octobre, à l'appel des lycéens, des organisations étudiantes, des « gilets jaunes » et des syndicats, ne prévoyant que 150 000 à 200 000 participants. Ils furent quatre fois plus nombreux. En marge des cortèges massifs et pacifiques — pourtant soumis aux gaz lacrymogènes et aux charges policières aléatoires —, quelque trois mille commerces ont été dégradés ou dévalisés, des bâtiments publics incendiés.
Dès lors, le rouleau compresseur identitaire s'est remis en marche, écrasant les revendications des manifestants. Alors que l'on parlait de services publics, de salaires, d'inflation, de prix du carburant, le débat a rebasculé sur l'immigration, la délinquance, les banlieues… Ne voit-on pas, sur les vidéos circulant sur Internet, des jeunes à capuche ? « Ces pillards sont à une écrasante majorité des enfants de l'immigration qui, sans doute inconsciemment, reproduisent tout simplement les razzias de leurs ancêtres », en conclut la journaliste Élisabeth Lévy (Sud Radio, 19 octobre). M. Bardella fustige de même les « hordes déracinées de sauvages qui se trouvent de l'autre côté du périphérique et qui viennent dans les agglomérations et dans les grandes villes pour piller et exprimer un sentiment de revanche à l'égard de la France » (CNews, 19 octobre), tandis que M. Bruno Retailleau, candidat Les Républicains à la présidentielle, s'en prend aux « binationaux qui pillent, qui sont violents, qui agressent des gendarmes et des policiers », en proposant de les déchoir de la nationalité française — une idée également défendue par le président de Reconquête, M. Éric Zemmour. Au terme de cette semaine de déferlement raciste, un homme a pris un pistolet mitrailleur pour, selon ses mots, « venger les commerçants » vandalisés, en tirant à vue sur « des Noirs et des Arabes » à Trappes.
Nul ne connaît pourtant le profil des personnes impliquées dans ces émeutes. Et s'il s'avérait que les jeunes de banlieue étaient très nombreux parmi elles, cela ne suffirait pas à en faire un phénomène ethnique. Les événements survenus au Royaume-Uni à l'été 2011, à la suite de la mort de Mark Duggan, un jeune homme noir tué par la police à Londres, montrent en effet combien cette lecture peut être biaisée. En cinq jours, plus de 2 000 commerces furent alors dégradés ou pillés. « Ces émeutes avaient un caractère racial. Pourquoi nier ce fait ? », avait d'emblée acté une chroniqueuse du Telegraph (7 août 2011). « Sans la culture des gangs du Londres noir, aucune de ces émeutes n'aurait eu lieu », continuait un confrère du Daily Mirror (13 août 2011). Un an plus tard, un rapport du ministère de la justice révélait un tableau très différent. Parmi les 3 103 personnes jugées pour des troubles à l'ordre public, 41 % étaient blanches et 39 % étaient noires. Tout dépendait en fait de la ville concernée. À Birmingham, où la jeunesse populaire est majoritairement noire, les personnes arrêtées l'étaient aussi. À Liverpool ou à Manchester, où les milieux populaires comptent davantage de jeunes blancs, la tendance s'inversait. En d'autres termes, le profil des participants reflétait avant tout la composition de la jeunesse populaire locale (3). Quant à leurs motivations, un autre rapport a mis au jour un puissant effet d'opportunité et d'imitation, dans un contexte où la police ne semblait plus rien maîtriser, créant ainsi un sentiment d'impunité : « L'observateur curieux peut devenir un amateur de sensations fortes, ou l'amateur de sensations fortes, un opportuniste (4) ».
Par ailleurs, pendant des siècles, l'émeute, le soulèvement violent et spontané, a constitué le principal moyen de pression sur les pouvoirs en place — ce que l'historien Eric Hobsbawm a appelé la « négociation collective par l'émeute (5) ». Avec l'avènement de la société industrielle et l'essor des grandes organisations collectives (partis, syndicats, associations…), la grève s'est progressivement imposée comme le principal levier d'action du mouvement ouvrier. Mais, depuis les années 1980, l'affaiblissement de ces organisations, l'éclatement des collectifs de travail et les échecs répétés des modes d'action traditionnels ont contribué au retour de ce phénomène, où se conjuguent, en parallèle ou intrinsèquement, revendications et casse (6). Et cette dynamique s'est accélérée depuis la crise financière de 2008. Révolte contre l'austérité en Grèce (2010-2012), soulèvement contre le coût de la vie au Brésil (2013), en Bulgarie (2013), au Chili (2019), « gilets jaunes » (2018-2019) ou émeutes urbaines en France (2023)… Malgré des contextes différents, les mêmes scènes se répètent, avec des bâtiments publics attaqués, des commerces dégradés, des barricades, des affrontements avec la police, débordant les formes traditionnelles de la mobilisation politique. L'automne 2026 confirme cette tendance. Des émeutes de la jeunesse ont également éclaté en Italie, en Belgique et en Albanie, tandis que des mobilisations massives touchaient l'Espagne, le Portugal et la Grèce.
Par-delà les siècles et les frontières, l'histoire des révoltes rappelle un principe élémentaire : la violence sociale (pauvreté, racisme, exploitation…) peut produire, en retour, une violence chez ceux qui en sont victimes. Cette idée est d'ailleurs largement acceptée quand des populations se soulèvent au Sri Lanka ou à Madagascar. Ou quand des agriculteurs s'attaquent à la préfecture du Lot-et-Garonne, détruisent un bâtiment de la direction régionale de l'environnement à Carcassonne et vandalisent des magasins Leclerc ou des McDonald's — comme ce fut le cas en janvier 2024. Alors ministre de l'intérieur, M. Gérald Darmanin avait évoqué les « coups de sang légitimes de ceux qui ne gagnent pas beaucoup d'argent et qui travaillent très fort », en expliquant qu'« on ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS » (TF1, 25 janvier 2024).
Les lycéens, les jeunes de banlieue ou les « gilets jaunes » n'ont pas droit à de tels égards. Il y a vingt ans, un homme politique de droite comme M. François Bayrou pouvait tout à fait déclarer, au sujet des révoltes urbaines de novembre-décembre 2005 : « Si l'on cherche l'origine de ce qui s'est passé, alors on la trouvera dans la manière dont on a laissé urbaniser la France en enfermant les pauvres avec les pauvres, en acceptant que se constituent des ghettos qui sont des ghettos de l'origine, des ghettos du chômage avec plus de 40 % dans certains quartiers, des ghettos où l'école est en situation difficile, où s'ajoutent les problèmes sociaux aux problèmes culturels (…). Les conséquences ont des causes. Ce sont les causes qu'il faut soigner (7). » En juillet 2023, le président Emmanuel Macron, moins porté à l'autocritique, n'avait vu dans les émeutes ayant suivi la mort de Nahel Merzouk que des « violences pures et injustifiables qui n'ont aucune légitimité ».
Qu'est-ce qui pousse une société à l'explosion ? Pourquoi certains en viennent à assaillir des bâtiments publics, des commerces ou des policiers ? Soulever ces questions expose à une chasse aux sorcières. « Soit on est dans le camp de la République, et donc des forces de l'ordre (…), soit on est du côté des casseurs », a martelé le premier ministre Sébastien Lecornu au soir du 17 octobre. Le lendemain, M. François-Xavier Bellamy, le vice-président des Républicains, suggérait de jeter en prison M. Philippe Poutou, l'ancien porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), parce qu'il s'était déclaré « dans le camp des manifestants, des émeutiers, de la jeunesse révoltée, des opprimés et du désordre ». La France insoumise est quant à elle accusée par M. Lecornu de « fournir des excuses à ceux qui commettent » des violences, par Mme Marine Le Pen de « légitimer la violence en considérant l'ordre comme une oppression et le désordre comme un droit », par M. Gérard Larcher de diffuser « un discours de haine », le président du Sénat allant jusqu'à s'interroger sur la dissolution du parti.
Pendant une semaine, les responsables politiques se sont relayés sur les plateaux de télévision pour détailler leurs propositions. Certains, à l'image de M. Gabriel Attal, veulent bloquer l'accès aux réseaux sociaux pendant les manifestations et généraliser la surveillance faciale et algorithmique ; d'autres proposent de construire des milliers de places de prison sur le modèle du Salvador de M. Nayib Bukele, de retirer leurs prestations sociales aux familles de casseurs ou encore de durcir la justice des mineurs. Les autorités suivent docilement cette surenchère répressive. Pour les jeunes arrêtés, une justice expéditive est mise en place, à coups de comparutions immédiates qui ne laissent pas le temps aux accusés de préparer leur défense. Un lourd parfum de délation flotte même dans l'atmosphère quand la préfecture de police de Paris met en place une plate-forme sur laquelle les témoins des débordements peuvent transmettre leurs vidéos à la police. Et quand M. Darmanin, le ministre de la justice, déclare son souhait d'autoriser les parquets à prévenir les employeurs des personnes condamnées.
Des couvre-feux sont également instaurés dans plusieurs villes, sous l'œil vigilant de drones et d'hélicoptères, des rassemblements sont prohibés et, dans certains quartiers, il devient même interdit de se balader avec un sac à dos ou un couvre-chef. Le 24 octobre, jour de mobilisation nationale, la restriction des libertés publiques franchit un nouveau seuil. Sous couvert de prévenir les débordements, les manifestations sont interdites à Lyon, Nice, Montpellier, Rouen, Le Havre, Toulon… La SNCF supprime des trains pour empêcher certains manifestants de se rendre aux rassemblements, et des contrôles préventifs sont réalisés dans les gares et sur les routes. À Paris, l'armée est mobilisée pour encadrer les manifestants, de même que la brigade d'intervention régionale, le RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion) et le groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN).
Ainsi le pouvoir apeuré cherche-t-il à étouffer la contestation en ignorant ce qui la nourrit. Mais cela ne fonctionne plus. Le 24 octobre, la foule fut finalement aussi nombreuse que la semaine précédente, malgré les interdictions, les gaz lacrymogènes, le mauvais temps et les vacances scolaires. Après dix ans de présidence Macron, les raisons de la colère ne disparaîtront pas sous les coups de matraque. La France compte désormais près de dix millions de pauvres. sept millions d'adultes déclarent ne pas manger à leur faim. Depuis 2024, sous l'effet de l'inflation, un ménage de deux adultes et deux enfants a vu son budget annuel amputé de 1 200 euros en moyenne. La justice manque de juges, de greffiers, de procureurs ; l'école, d'enseignants, d'infirmières, de surveillants. À l'hôpital, les services d'urgences saturent, et environ 35 000 lits ont été supprimés en dix ans, tandis que les déserts médicaux continuent de s'étendre, y compris dans des centres-villes. Pompiers en grève, pénurie de logements sociaux, lignes ferroviaires supprimées, établissements pour personnes âgées en sous-effectif, prisons surpeuplées… La liste des problèmes est sans fin.
Face à cela, M. Macron et son gouvernement n'ont que l'austérité à la bouche. Les yeux rivés sur la dette et soumis au verdict des marchés, ils répètent que les caisses sont vides — sauf pour augmenter les dépenses militaires, construire des prisons et accorder des cadeaux fiscaux aux entreprises et aux ménages aisés. Pourtant, comme le remarque l'économiste Thomas Piketty, si la dette publique est bien passée de 20 % du produit intérieur brut (PIB) en 1970 à 120 % aujourd'hui, les patrimoines privés ont bondi de 300 % à 600 % du PIB, avec une concentration extrême au sommet de la pyramide (8). En 2025, les dividendes versés aux actionnaires ont atteint le niveau record de 107 milliards d'euros, contre 46 milliards en 2017 (9). Or, plus l'épargne augmente, plus la dette gonfle. Mais s'attaquer aux plus fortunés, dont il espère peut-être qu'ils l'embaucheront bientôt, est inenvisageable pour M. Macron. Faute de s'y résoudre, le pouvoir s'enferme dans une équation dangereuse, où les raisons de se révolter s'accumulent tandis que la place laissée à la contestation se réduit.
La diversion identitaire d'une part, la répression et l'intimidation d'autre part ne sont pas parvenues à étouffer la volonté de nommer et défaire les injustices. À son arrivée au pouvoir en 2017, sous les applaudissements des classes dominantes occidentales, M. Macron s'était érigé en rempart contre la « tentation illibérale » qui gagnait, selon lui, du terrain dans plusieurs pays. Dix ans plus tard, le Rassemblement national se trouve aux portes du pouvoir. Désavoué trois fois par le suffrage universel depuis 2024, le président français n'hésite plus à remettre en cause le droit constitutionnel à manifester, rivalisant, en matière de répression de la contestation, avec la cheffe d'extrême droite du gouvernement italien, Mme Giorgia Meloni.
En faisant converger des jeunesses que tout semblait opposer, la révolte actuelle rappelle que rien n'est écrit d'avance. Son élan saisit en effet d'autres secteurs qui, chacun isolément, avait protesté en vain au cours des dernières décennies : fonctionnaires, « gilets jaunes », salariés du privé, retraités. Ironie des effets homogénéisateurs du néolibéralisme, la colère se propage hors des frontières où les mêmes causes produisent les mêmes effets. De plus en plus à l'étroit dans un corps électoral vieillissant, la jeunesse ouvre ainsi la voie au mouvement social européen dont rêvait le sociologue Pierre Bourdieu à la fin des années 1990 ; une démonstration que la fatalité recule quand les luttes convergent.
(1) Christophe Guilluy, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, Paris, 2014 ; Salomé Berlioux, Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier, « Jeunes des villes, jeunes des champs : la lutte des classes n'est pas finie », rapport pour la fondation Jean-Jaurès, 20 novembre 2019 ; Benoît Bréville et Pierre Rimbert, « Une gauche assise à la droite du peuple », Le Monde diplomatique, mars 2015.
(2) Benoît Coquard, Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin, La Découverte, Paris, 2019. Cf. aussi Julian Mischi, Rural, Anamosa, Paris, 2026.
(3) « Statistical bulletin on the public disorder of 6th-9th August 2011 », ministère de la justice, Londres, 13 septembre 2012.
(4) Gareth Morell, Sara Scott, Di McNeish et Stephen Webster, « The August riots in England. Understanding the involvement of young people » (PDF), National Centre for Social Research, Londres, octobre 2011.
(5) Eric Hobsbawm, « The machine breakers », Past & Present, n° 1, Oxford, février 1952. Voir la traduction parue dans le supplément 2006-4bis de la Revue d'histoire moderne et contemporaine.
(6) Joshua Clover, Riot. Strike. Riot. The New Era of Uprisings, Verso, Londres, 2016.
(7) Discours à Nîmes, 30 mars 2007.
(8) Thomas Piketty, « Lycéens, étudiants : le crépuscule du macronisme », blog de Thomas Piketty, 20 octobre 2026.
(9) « Dividendes et rachats d'actions au sein du CAC 40 en 2025 », La Lettre Vernimmen, n° 233, janvier 2026.
Interrogé dans Le Monde (8 octobre 2026) sur l'inclination politique des marchés, M. Emmanuel Roman, directeur général du fonds Pimco, explique : « Très malheureusement, si vous me demandez entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, je pense que les marchés préféreront l'option Le Pen. »
Directeur du Figaro Magazine, Guillaume Roquette s'adressant à l'ancien ministre Thierry Breton, qui venait de se réjouir que les pillages en France ne se soient pas soldés par des morts, comme en Chine, en Iran, aux États-Unis, en Amérique latine (LCI, 20 octobre) : « M. Breton, je ne sais pas si je suis d'accord avec vous. J'entends beaucoup de Français qui disent : s'il y a des blessés graves, s'il y a des morts, eh bien c'est un prix qu'on est prêts à payer. »
Le président de la République du Salvador, M. Nayib Bukele, décrié pour sa dérive dictatoriale, a subitement accédé au rang de modèle politique pour la France. Sur CNews, le 19 octobre, le président du Rassemblement national Jordan Bardella fulmine : « En dix ans, le président de la République a été incapable de mettre en place les sept mille places de prison promises, et en dix mois le Salvador a construit quarante mille places de prison. » M. Nicolas Dupont-Aignan, maire de Yerres (Essonne), lui emboîte le pas : « Pourquoi les tribunaux ne condamnent pas en France ? C'est pas qu'il y a des mauvais magistrats. C'est qu'il n'y a pas de places de prison. On peut le faire, tous les pays le font. Pourquoi le Salvador de Bukele, un petit pays, a été capable de rétablir l'ordre et la France n'en est pas capable ! » (BFM TV-RMC, 23 octobre).
Réagissant le 20 octobre sur Channel 14, une chaîne israélienne, aux scènes de pillage en France, le premier ministre Benyamin Netanyahou a expliqué : « L'Europe est un continent épuisé. Ils n'ont aucune volonté de se battre. Ils cèdent à ces électeurs islamistes et à la gauche “woke”. (…) Si nous n'arrêtons pas le Hamas ici, vous les verrez dans les rues de Paris, et c'est exactement ce qui se passe en ce moment » (cité par Le Monde, 22 octobre).
Lors d'un meeting électoral au Kansas, le 19 octobre 2026, M. Donald Trump a expliqué : « Si vous voulez comprendre ce qui est en jeu dans cette élection, vous n'avez qu'à regarder ce qui se passe en France, un pays qui fut grand et qui est en train d'être conquis, pillé et brûlé par des migrants, des djihadistes et des communistes. »
« La recommandation générale, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation dans les jours à venir » (Emmanuel Macron, 22 octobre 2026).
« C'est ahurissant de pouvoir dire des choses pareilles quand on est chef de l'État. C'est oublier que le droit de manifester est une liberté fondamentale pour tous. Ce n'est pas au président de la République de fixer de telles règles, car c'est une rupture incroyable d'égalité entre les citoyens » (Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l'homme, citée dans Le Monde, 23 octobre).
« C'est dangereux, cette banalisation risque demain d'être reprise par l'extrême droite » (Patrice Spinosi, dans le même article du Monde, 23 octobre).
En France, le président du Sénat, deuxième personnage de l'État, réfléchit à dissoudre le premier parti d'opposition.
— Le Figaro (20 octobre) : « Faut-il interdire le parti de Jean-Luc Mélenchon ? »
— M. Gérard Larcher : « Nous avons pu dissoudre Génération identitaire et la Jeune Garde. LFI est un parti politique qui concourt à l'expression de la nation. Je l'entends. Mais il tient une grande part de responsabilité dans le discours de haine. Je pense que la question peut être posée. »
Christophe Rouillon, socialiste, maire de Coulaines : « Aujourd'hui, on a effectivement une stratégie du bazar de l'extrême gauche trotskiste néo-léniniste et marxiste alliée aux fréristes musulmans et puis aux réseaux mafieux qui sont là pour détruire la République et qui poussent au chaos » (France Info, 19 octobre).
Candidat de droite libérale, M. David Lisnard propose, face à un « État régalien en déliquescence », de consacrer 8 milliards d'euros à la construction de vingt mille places de prison (RTL, 20 octobre). En somme, de l'argent, il y en a.
Pour accoucher du bon peuple, il faut écraser la foule. ce principe qui guide la bourgeoisie française depuis le XIXe siècle a été réaffirmé par Dominique Reynié, professeur de science politique et militant de droite, dans Le Figaro Magazine (23 octobre) : « Une partie des manifestants, les casseurs et finalement les pilleurs ont donné le jour à une foule d'émeutiers déterminés, aguerris, entraînés, y compris au tir, par le maniement des mortiers d'artifice. (…) Le peuple est une étrange puissance ; il ne peut être souverain qu'à la condition d'être conduit par les représentants qu'il se donne. Il n'y a pas d'autre possibilité. Livré à lui-même, inorganisé, il redevient multitude et foule. La foule, c'est le peuple redevenu incapable de liberté et qui ne peut que s'adonner au chaos et, pour y mettre fin, s'abandonner à la tyrannie. »
« Si nous renonçons à employer la force contre les barbares, c'est la République qui s'effondrera » (titre d'un entretien d'Éric Ciotti au Figaro, 20 octobre).
Avocat spécialisé dans la défense des policiers, M. Thibault de Montbrial a commenté sur BFM TV le 19 octobre les manifestations et les pillages survenus la veille et l'avant-veille : « Et s'il faut tuer trente émeutiers dans le cadre prévu par la loi (…), si la situation de proportionnalité exige que pour protéger nos concitoyens il faille utiliser la force létale, eh bien il faut l'assumer. »


An Ohio high school soccer referee suffered broken ribs and a collapsed lung after a Steubenville player knocked him to the ground during a playoff game Tuesday against New Philadelphia, according to reports.
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