❌

Reading view

Salariés, avez-vous vérifié comment votre employeur assure vos longues maladies ?

Par Vincent Clairmont

Depuis le 1er juillet 2026, l'indemnitĂ© journaliĂšre maximale de l'Assurance maladie est de 42,97 euros brut par jour, soit environ 1 290 euros par mois. Ce plafond ne dĂ©pend pas de votre salaire : au-delĂ  de 2 613,83 euros brut mensuels — 1,4 fois le SMIC, contre 1,8 fois avant le 1er avril 2025 —, votre indemnitĂ© ne bouge plus. Pour un cadre Ă  5 000 euros brut, la SĂ©curitĂ© sociale remplace donc 26 % du salaire sur un arrĂȘt long. Les lecteurs me posent toujours la mĂȘme question : suis-je couvert si je tombe malade un an ? Ma rĂ©ponse, dans la majoritĂ© des cas : moins que vous ne le croyez, et vous n'avez jamais lu le document qui le dit.

Salariés, avez-vous vérifié comment votre employeur assure vos longues maladies ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Salariés, avez-vous vérifié comment votre employeur assure vos longues maladies ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Les trois étages, et celui qui est facultatif

Premier Ă©tage, les indemnitĂ©s journaliĂšres : 50 % du salaire journalier de base, Ă  partir du quatriĂšme jour, pendant 360 jours sur trois ans — trois ans en affection de longue durĂ©e exonĂ©rante, un an seulement pour les autres depuis le 15 octobre 2026.

DeuxiÚme étage, le maintien de salaire par l'employeur, article L. 1226-1 du Code du travail : 90 % du brut trente jours, puis 66,66 % trente jours, à partir d'un an d'ancienneté et aprÚs sept jours de carence ; les durées s'allongent avec l'ancienneté, et les conventions collectives font souvent mieux.

TroisiÚme étage, la prévoyance collective, qui comble l'écart entre le plafond public et votre salaire réel, puis prend le relais quand le maintien est épuisé. C'est celui-là qui est facultatif.

Salariés, avez-vous vérifié comment votre employeur assure vos longues maladies ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que l'obligation légale garantit vraiment

Si vous ĂȘtes cadre, votre employeur doit cotiser 1,50 % de la tranche 1 — la part de rĂ©munĂ©ration sous le plafond annuel de la SĂ©curitĂ© sociale, 48 060 euros en 2026 —, en application de l'accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017. Mais lisez l'affectation : au moins 0,76 point doit financer la garantie dĂ©cĂšs. Le solde, 0,74 point au plus, peut couvrir l'incapacitĂ©, l'invaliditĂ©, une rente de conjoint ou une rente Ă©ducation. Peut, pas doit.

Aucun texte n'oblige votre employeur Ă  vous assurer contre un arrĂȘt long, et la seule sanction joue au dĂ©cĂšs : les ayants droit d'un cadre non couvert peuvent rĂ©clamer trois fois le plafond annuel, soit 144 180 euros en 2026. Pour l'invaliditĂ©, pas de sanction, parce que pas d'obligation.

Salariés, avez-vous vérifié comment votre employeur assure vos longues maladies ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Comment vérifier, et les trois chiffres qui comptent

Trois documents. Le bulletin de paie, oĂč vous cherchez une ligne « prĂ©voyance »

  •  

OAT Ă  5,14 %, Moody's s'abstient, or en recul de 4,1 % : le point patrimonial du 25 octobre

Par Vincent Clairmont

Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette semaine : taux français et notation souveraine, calendrier du budget 2027, échéances fiscales de novembre et dispense d'acompte, or et argent, bitcoin, livrets, BCE et devises.

OAT Ă  5,14 %, Moody's s'abstient, or en recul de 4,1 % : le point patrimonial du 25 octobre
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
OAT Ă  5,14 %, Moody's s'abstient, or en recul de 4,1 % : le point patrimonial du 25 octobre

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 22 octobre, le rendement de l'OAT à dix ans a touché 5,14 % en séance, son plus haut niveau depuis juillet 2002. Le 23 octobre, Moody's a maintenu la France en Aa3, perspective négative, alors que la majorité des économistes attendaient une dégradation en A1. Et l'once d'or a reculé de 4,1 % en euros. Je reprends ces dossiers un par un.

OAT Ă  5,14 %, Moody's s'abstient, or en recul de 4,1 % : le point patrimonial du 25 octobre
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Taux et notation : la France emprunte plus cher que l'Italie

L'OAT Ă  dix ans a clĂŽturĂ© Ă  5,05 % le 23 octobre, le Bund Ă  3,33 %. Le spread, la prime exigĂ©e pour prĂȘter Ă  la France plutĂŽt qu'Ă  l'Allemagne, ressort Ă  171,8 points de base le 23, contre 137,4 le 16 octobre et 78,9 de moyenne sur un an : plus 34,4 points en une semaine, plus 70,1 en un mois. Moody's a maintenu Aa3 sur l'hypothĂšse explicite d'un budget 2027 ramenant le dĂ©ficit de 5,4 % Ă  5 % du PIB,

  •  

Pourquoi un régime d'assemblées citoyennes est incompatible avec la démocratie liquide

Par Eric V.

Deux cent mille numéros de téléphone composés en juillet et en août. Cent cinquante citoyens retenus. Six week-ends à Paris, trois millions d'euros, et en février un message aux candidats à la présidentielle. Le tirage au sort revient à la mode. Personne ne dit ce que ces assemblées n'auront pas le droit de décider.

Pourquoi un régime d'assemblées citoyennes est incompatible avec la démocratie liquide
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Pourquoi un régime d'assemblées citoyennes est incompatible avec la démocratie liquide

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 10 et le 11 octobre, cent cinquante Français tirés au sort se sont retrouvés pour la deuxiÚme fois au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. L'initiative s'appelle Un commun accord. Elle a été lancée par Jean-Marc Jancovici et elle est hébergée par l'association The Shift Project. Pour constituer le groupe, un institut de sondage a composé environ deux cent mille numéros de téléphone pendant l'été, soit plus de mille trois cents appels pour chaque participant retenu. Les tirés au sort sont indemnisés comme des jurés d'assises, 102,16 euros par jour. Ils travailleront jusqu'en février 2027 sur six « dilemmes » choisis aprÚs une consultation en ligne, puis ils décideront s'ils s'adressent aux candidats à l'élection présidentielle.

L'initiative est privĂ©e, financĂ©e par des dons, et ne prĂ©tend gouverner personne. Je n'ai rien Ă  lui reprocher en tant que telle. Mais elle arrive dans un paysage oĂč l'assemblĂ©e tirĂ©e au sort est devenue, Ă  gauche comme au centre, la rĂ©ponse automatique Ă  la crise de la reprĂ©sentation. RaphaĂ«l Glucksmann promet une convention citoyenne sur l'immigration. Le programme de La France insoumise inscrit le recours aux conventions citoyennes parmi ses mesures, et sa plateforme de contributions a vu passer l'idĂ©e de transformer le SĂ©nat en assemblĂ©e citoyenne tirĂ©e au sort. Depuis la loi organique du 15 janvier 2021, le Conseil Ă©conomique, social et environnemental peut tirer des citoyens au sort pour les consulter. Et Étienne Chouard, qui a popularisĂ© le rĂ©fĂ©rendum d'initiative citoyenne chez les gilets jaunes, dĂ©fend depuis vingt ans des chambres entiĂšres tirĂ©es au sort.

Je dois une précision à ceux qui ont lu mon papier de mardi, « Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ? ». J'y présentais des jurys tirés au sort comme l'une des trois pistes pour préparer les lois dans une démocratie liquide. Je maintiens la piste, à une condition. Et cette condition tient à une question que presque personne ne pose dans ce débat : que cette assemblée aura-t-elle le droit de décider, et que n'aura-t-elle pas le droit de toucher ?

Pourquoi un régime d'assemblées citoyennes est incompatible avec la démocratie liquide
Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
Huit jours de diligence en 1800, quelques secondes aujourd’hui : pourquoi votons-nous encore comme sous le Consulat ? Les cinq piliers de la dĂ©mocratie liquide.
Pourquoi un régime d'assemblées citoyennes est incompatible avec la démocratie liquide
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que la loi n'a pas le droit de faire

La démocratie liquide, telle que ce journal la défend, ne commence pas par une technique de vote. Elle commence par deux interdits.

Le premier est une charte des droits que nulle loi, nulle majoritĂ© et nulle assemblĂ©e ne peut modifier : la libertĂ© de penser, de croire, de s'exprimer, d'aller et venir ; l'inviolabilitĂ© de la personne ; le consentement libre aux soins ; la vie privĂ©e, Ă  protĂ©ger contre le fichage, la reconnaissance faciale et une monnaie numĂ©rique capable de tracer chaque dĂ©pense. Le second est une subsidiaritĂ© stricte : la collectivitĂ© ne lĂ©gifĂšre que lĂ  oĂč les personnes, les familles, les entreprises et les communes ne peuvent pas rĂ©gler le problĂšme elles-mĂȘmes. L'État garde la police, la justice, l'impĂŽt et la dĂ©fense. Il n'a rien Ă  faire dans la salle de classe, sur la scĂšne de théùtre ou dans le thermostat de votre salon.

C'est seulement Ă  l'intĂ©rieur de ce pĂ©rimĂštre que le vote s'organise. Chaque Ă©lecteur dispose d'une voix sur chaque question qui relĂšve de la loi. Il peut voter lui-mĂȘme, ou prĂȘter sa voix Ă  quelqu'un qu'il estime, sujet par sujet : sur les retraites, vous votez vous-mĂȘme ; sur le nuclĂ©aire, vous confiez votre voix Ă  une amie ingĂ©nieure ; et vous la reprenez le lendemain si elle vous déçoit. C'est ce qu'on appelle la dĂ©mocratie liquide. Mais l'ordre compte, et je l'Ă©crivais mardi : les deux premiers piliers limitent le pouvoir, le vote vient ensuite. Une dĂ©mocratie liquide sans charte ni subsidiaritĂ© serait une majoritĂ© instantanĂ©e capable de tout, c'est-Ă -dire une menace totalitaire : un pouvoir qui peut atteindre chaque domaine de la vie, et qui le fait au nom de tous.

Pourquoi un régime d'assemblées citoyennes est incompatible avec la démocratie liquide
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

La Convention, ou l'assemblée qui peut tout

Ce danger n'est pas une hypothĂšse d'Ă©cole. La France l'a vĂ©cu, et sous le nom mĂȘme que portent aujourd'hui nos assemblĂ©es tirĂ©es au sort : une convention.

De 1792 Ă  1795, la Convention nationale a concentrĂ© entre ses mains le pouvoir de faire la loi, et, par ses comitĂ©s, celui de gouverner et de juger. Elle ne connaissait aucune borne, puisqu'elle se tenait pour la nation elle-mĂȘme. Le 17 septembre 1793, elle vote la loi des suspects, qui permet d'enfermer quiconque, « par sa conduite, ses relations ou ses propos », passe pour ennemi de la RĂ©volution. Selon les historiens, entre 70 000 et 500 000 personnes ont Ă©tĂ© dĂ©tenues. Le 10 juin 1794, elle vote la loi du 22 prairial : plus de dĂ©fenseur pour les « conspirateurs », plus de tĂ©moins quand il existe des preuves « morales », et une seule peine, la mort. Devant le seul tribunal rĂ©volutionnaire de Paris, 2 625 condamnations Ă  mort sont prononcĂ©es pendant les semaines qui suivent.

Le 9 thermidor, Robespierre tombe. On a longtemps cru que la Terreur Ă©tait l'affaire d'un homme ; la suite prouve le contraire. Les thermidoriens suspendent la loi de prairial, mais ils gardent le principe qui l'avait rendue possible : l'assemblĂ©e peut tout. Le 22 aoĂ»t 1795, par le dĂ©cret des deux tiers, la Convention rĂ©serve Ă  ses propres membres 500 des 750 siĂšges des futurs conseils. Elle Ă©crit, par la loi, les rĂšgles de sa propre succession. Quarante-sept sections parisiennes sur quarante-huit le rejettent, et le refus tourne Ă  l'insurrection le 13 vendĂ©miaire. Deux ans plus tard, le 4 septembre 1797, leurs hĂ©ritiers du Directoire organisent le coup d'État du 18 fructidor : les Ă©lections sont annulĂ©es dans 49 dĂ©partements, et des dĂ©putĂ©s, des prĂȘtres et des journalistes sont dĂ©portĂ©s en Guyane.

Voilà la leçon thermidorienne, et elle dépasse de loin la période. Les hommes avaient changé, les factions aussi ; la pratique est restée, parce que rien n'interdisait à l'assemblée de faire n'importe quelle loi contre n'importe qui. Une assemblée sans champ de compétences strictement délimité ne protÚge personne de ses successeurs.

Pourquoi un régime d'assemblées citoyennes est incompatible avec la démocratie liquide
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un mĂ©dia libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cƓur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Pourquoi le tirage au sort aggrave le danger

On me répondra que des citoyens ordinaires, tirés au sort, n'ont rien de commun avec les conventionnels de 1793. C'est exact pour les personnes. C'est faux pour le mécanisme. Une assemblée tirée au sort se présente comme le peuple en modÚle réduit. Sa légitimité, à ses propres yeux et à ceux du public, n'est pas celle d'un parti ou d'un élu : c'est celle de « Monsieur et Madame Tout-le-Monde ». Elle est donc moins encline que toute autre à se demander si elle a le droit de décider ce qu'elle décide.

Regardons ce qu'a produit la plus célÚbre d'entre elles. La Convention citoyenne pour le climat a réuni 150 personnes d'octobre 2019 à juin 2020, pour un coût de plus de 6 millions d'euros selon le Sénat. On lui avait demandé comment réduire les émissions de gaz à effet de serre. Personne ne lui avait dit ce qu'elle ne pouvait pas toucher. Parmi ses 149 propositions, on trouve, d'aprÚs le recensement de L'Info durable : un référendum pour modifier le préambule et l'article premier de la Constitution ; un délit d'écocide, avec une « haute autorité » chargée de faire respecter les « limites planétaires » ; la rénovation énergétique obligatoire de tous les bùtiments d'ici 2040 ; l'interdiction de climatiser en dessous de 30 degrés, hors milieu médical et petite enfance ; l'interdiction des vols intérieurs quand le train fait le trajet en moins de quatre heures ; l'interdiction de certaines publicités.

Je ne discute pas ici chacune de ces mesures. Je compte ce qu'elles touchent : la Constitution, le droit pĂ©nal, la propriĂ©tĂ© de votre maison, la tempĂ©rature de votre bureau, votre libertĂ© de vous dĂ©placer et celle des entreprises de faire connaĂźtre leurs produits. Cent cinquante personnes de bonne foi, interrogĂ©es sur le climat, ont proposĂ© de lĂ©gifĂ©rer sur tout cela, parce que rien dans leur mandat ne les en empĂȘchait. Demain, une convention sur l'immigration, comme celle que promet RaphaĂ«l Glucksmann, sera interrogĂ©e sur un sujet qui touche Ă  la libertĂ© d'aller et venir, Ă  la vie de famille, Ă  la libertĂ© de conscience. Aucun de ses promoteurs n'a dit ce qu'elle n'aurait pas le droit de proposer.

Personne n'a prĂȘtĂ© sa voix aux cent cinquante

Le dĂ©faut de bornes n'est pas le seul. Dans la dĂ©mocratie liquide, chaque parcelle de pouvoir a Ă©tĂ© prĂȘtĂ©e par un Ă©lecteur nommĂ©, qui peut la reprendre. Dans une assemblĂ©e tirĂ©e au sort, le pouvoir circule par ressemblance. Les cent cinquante de la convention climat parlaient au nom de quarante-neuf millions d'inscrits parce qu'ils leur ressemblaient statistiquement, Ă  raison d'une chance sur 325 000 d'ĂȘtre appelĂ©. Si une retraitĂ©e de la DrĂŽme, tirĂ©e au sort Ă  votre place, vote une mesure qui vous paraĂźt absurde, vous n'avez aucun geste Ă  faire. Elle ne vous doit rien et vous ne pouvez rien lui reprendre. Dans la dĂ©mocratie liquide, le dĂ©lĂ©guĂ© qui vous déçoit perd votre voix Ă  la minute.

Qui écrit la question, qui choisit les experts

Une assemblée tirée au sort ne tient son pouvoir d'aucun électeur. Elle le tient donc de celui qui la convoque : c'est lui qui pose la question, choisit les experts, recrute les animateurs et décide, à la fin, de ce qu'il garde. Emmanuel Macron s'était engagé à transmettre les propositions de la convention climat « sans filtre ». Le 29 juin 2020, il en écartait trois d'entrée, dont la réécriture du préambule de la Constitution et la taxe de 4 % sur les dividendes. Les membres ont noté la reprise de leurs travaux par le gouvernement : 3,3 sur 10. La convention sur la fin de vie s'est prononcée à 75,6 % pour une aide active à mourir en avril 2023 ; le projet de loi a été abandonné avec la dissolution de juin 2024. Le juriste François Saint-Bonnet parlait, à propos d'un collectif de trente-cinq tirés au sort réuni sur la vaccination en 2021, de « démocratie par petit conseil ».

Je ne prĂȘte Ă  personne l'intention de manipuler. Je constate que l'absence de bornes et la dĂ©pendance Ă  l'organisateur se combinent : une assemblĂ©e qui peut tout proposer, dirigĂ©e par quelqu'un qui choisit ce qu'il retient, donne Ă  ce quelqu'un un pouvoir que nulle constitution ne lui a confiĂ©.

Ce que montrent les assemblées qui marchent

Les défenseurs du tirage au sort ont un parrain de poids. Montesquieu écrivait dans L'Esprit des lois que « le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie ». Ils ajoutent une objection directe à la démocratie liquide : la délégation ne fabrique-t-elle pas des « super-délégués » ? Le Parti pirate allemand, qui a utilisé le logiciel LiquidFeedback de 2010 à 2013, permet de répondre chiffres en main. Une étude de 2015 portant sur 499 009 votes confirme la concentration : 38 votants ont reçu plus de cent délégations. Mais sans aucune délégation, 84,9 % des résultats auraient été identiques, et chacun de ces trente-huit pouvait tout perdre le lendemain matin.

Quant Ă  Montesquieu, il pensait Ă  AthĂšnes, et AthĂšnes confirme ce que j'avance. Le tirage au sort y dĂ©signait la BoulĂš, un conseil de cinq cents membres qui prĂ©parait les dĂ©cisions ; l'EcclĂ©sia, ouverte Ă  tous les citoyens, les prenait. Et mĂȘme cette assemblĂ©e souveraine n'avait pas tous les droits. Par la graphĂš paranomon, n'importe quel citoyen pouvait attaquer un dĂ©cret contraire aux lois en vigueur ; sa seule dĂ©claration sous serment en suspendait l'application, et l'auteur du texte s'exposait Ă  une amende, voire Ă  la perte de ses droits civiques. Les AthĂ©niens avaient compris que le peuple rĂ©uni pouvait voter contre la loi, et ils s'Ă©taient donnĂ© un frein.

Les expĂ©riences modernes les plus honorables suivent le mĂȘme schĂ©ma. En Irlande, une assemblĂ©e de 99 citoyens tirĂ©s au sort a travaillĂ© en 2016 et 2017 sur l'interdiction constitutionnelle de l'avortement. Elle a recommandĂ© ; les Ă©lecteurs irlandais ont tranchĂ©, par rĂ©fĂ©rendum, le 25 mai 2018. Partout oĂč le tirage au sort fonctionne sans abus, son champ est bornĂ© et quelqu'un d'autre que les tirĂ©s au sort a le dernier mot.

Le systùme d'Étienne Chouard

Le dĂ©fenseur français le plus constant du tirage au sort n'est ni Emmanuel Macron ni Jean-Marc Jancovici. C'est Étienne Chouard, ancien professeur d'Ă©conomie et de gestion au lycĂ©e Marcel-Pagnol, Ă  Marseille, connu depuis 2005 pour son analyse du traitĂ© constitutionnel europĂ©en. Son systĂšme, dĂ©taillĂ© sur son site, est cohĂ©rent. Une assemblĂ©e constituante tirĂ©e au sort plutĂŽt qu'Ă©lue, dont les membres seraient inĂ©ligibles aux fonctions qu'ils crĂ©ent, parce que « ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'Ă©crire les rĂšgles du pouvoir ». Une chambre lĂ©gislative et des chambres de contrĂŽle tirĂ©es au sort. Des mandats courts et non renouvelables. Un rĂ©fĂ©rendum d'initiative citoyenne lĂ©gislatif, abrogatoire, rĂ©vocatoire et constituant. Et une formule : « Ă©lire n'est pas voter ».

Sur deux points, Chouard est plus proche de nous que les conventions officielles. Il a critiquĂ© la convention climat dans un billet de juillet 2020 titrĂ© « Fake tirage au sort, fake dĂ©mocratie ». Et il veut que les lois soient votĂ©es par tous. Son argument du conflit d'intĂ©rĂȘts est juste, aussi, et le dĂ©cret des deux tiers lui donne raison : une assemblĂ©e qui Ă©crit les rĂšgles de sa propre succession est juge et partie.

Mais le dĂ©saccord principal porte exactement sur les bornes. Une constituante tirĂ©e au sort et un RIC constituant peuvent tout réécrire, y compris la libertĂ© de conscience, l'inviolabilitĂ© de la personne et la vie privĂ©e. Rien, dans ce systĂšme, ne place ces libertĂ©s hors de portĂ©e d'une majoritĂ©, qu'elle soit de cent cinquante tirĂ©s au sort ou de vingt-cinq millions d'Ă©lecteurs. Chouard soupçonne Ă  juste titre les Ă©lus d'Ă©crire les rĂšgles Ă  leur profit. Il ne dit pas ce qui empĂȘcherait des tirĂ©s au sort, ou une majoritĂ© rĂ©fĂ©rendaire, d'Ă©crire des rĂšgles contre une minoritĂ©. La Convention de 1793 n'Ă©tait pas peuplĂ©e de professionnels installĂ©s depuis vingt ans : une bonne part de ses membres siĂ©geaient pour la premiĂšre fois dans une assemblĂ©e nationale.

Deux désaccords secondaires s'y ajoutent. Chouard tire au sort parmi les volontaires : le groupe ressemble alors à ceux qui ont le temps et le goût des réunions, rarement à l'artisan ou à la mÚre de trois enfants. Et ses tirés au sort se révoquent par une procédure et une majorité, alors que, dans la démocratie liquide, chacun reprend sa voix seul.

La place exacte du tirage au sort

D'oĂč la rĂšgle que je propose, et qui prĂ©cise ce que j'Ă©crivais mardi. Elle tient en trois temps, dans cet ordre. D'abord, la charte des droits et la liste fermĂ©e de ce que la loi peut rĂ©gler sont posĂ©es avant toute assemblĂ©e, et aucune assemblĂ©e, tirĂ©e au sort ou non, ne peut y toucher. Ensuite, un jury tirĂ© au sort peut prĂ©parer un texte Ă  l'intĂ©rieur de ce champ, entendre des experts, rĂ©diger des options ; il publie la liste des experts entendus et le nom de ceux qui les ont choisis. Enfin, le texte est soumis au vote de tous les Ă©lecteurs, chacun votant lui-mĂȘme ou par une dĂ©lĂ©gation qu'il peut retirer, et n'importe quel citoyen peut, comme Ă  AthĂšnes, le faire suspendre devant un juge s'il sort du champ autorisĂ©.

Un régime d'assemblées citoyennes renverse cet ordre. Il fait du panel l'organe qui décide, ou dont les conclusions s'imposent, et il le fait sans liste de ce qu'il ne peut pas décider. Une chambre haute tirée au sort, une convention dont les propositions passeraient directement dans la loi, un conseil permanent qui fixerait l'agenda national : chacune de ces formules reproduit le schéma de la Convention, avec des visages plus sympathiques.

Le confort d'ĂȘtre remplacĂ©

Il faut aussi regarder pourquoi ces assemblĂ©es nous plaisent tant. Quelqu'un comme nous lit les dossiers, entend les experts, passe ses week-ends au Cnam, et nous n'avons qu'Ă  lire la synthĂšse. La dĂ©mocratie liquide est plus exigeante : elle suppose que nous lisions les textes qui nous concernent, que nous choisissions sĂ©rieusement Ă  qui prĂȘter notre voix sur les autres, et que nous dĂ©fendions la charte mĂȘme quand une majoritĂ© sympathique propose de l'Ă©corner pour une bonne cause. En 1793, la loi des suspects n'a pas seulement Ă©tĂ© subie : elle a Ă©tĂ© appliquĂ©e par des comitĂ©s de surveillance oĂč siĂ©geaient des voisins. Cent cinquante personnes indemnisĂ©es 102,16 euros par jour peuvent aujourd'hui faire le travail Ă  notre place, et nous n'avons mĂȘme pas Ă  choisir lesquelles.

Dernier mot

Les assemblĂ©es tirĂ©es au sort vont occuper la campagne de 2027 : celle lancĂ©e par Jean-Marc Jancovici, qui rendra ses travaux en fĂ©vrier, les conventions promises dans plusieurs programmes, et les propositions d'Étienne Chouard, que le RIC a remises en circulation. Devant chacune, trois questions suffisent, et la premiĂšre commande les deux autres. Qu'est-ce que cette assemblĂ©e n'aura pas le droit de dĂ©cider ? Qui a Ă©crit sa question et choisi ses experts ? Qui vote Ă  la fin ?

Aux candidats qui promettent une convention citoyenne, il faut donc demander deux choses, par écrit : la liste des sujets que cette convention n'aura pas le droit de trancher, et l'engagement que ses conclusions seront soumises à référendum. Un candidat qui ne peut pas fournir la premiÚre liste propose une assemblée qui peut tout. La France en a déjà eu une, de septembre 1792 à octobre 1795.

  •  

Vers un génocide à bas bruit en Cisjordanie ? C'est commencé !

Par Thibault de Varenne

AprĂšs l’attaque d’HĂ©bron, Bezalel Smotrich rĂ©clame pour la Cisjordanie une guerre « exactement comme Ă  Gaza ». La formule fait peur, et elle Ă©gare. Ce qui menace la Cisjordanie n’est pas une copie de Gaza, c’est l’extension aux villes d’une mĂ©thode appliquĂ©e depuis vingt mois aux camps de rĂ©fugiĂ©s. Il faut la prendre au sĂ©rieux pour cette raison-lĂ .

Vers un génocide à bas bruit en Cisjordanie ? C'est commencé !
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Vers un génocide à bas bruit en Cisjordanie ? C'est commencé !

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Un maire français à Taybeh, une ville bouclée à Hébron

Le samedi 17 octobre, Ă  Taybeh, un village chrĂ©tien Ă  l’est de Ramallah, une dĂ©lĂ©gation composĂ©e du consul gĂ©nĂ©ral de Belgique, de diplomates français et polonais et de reprĂ©sentants des Églises est prise Ă  partie par des colons israĂ©liens. La vitre d’un vĂ©hicule consulaire belge vole en Ă©clats. Un maire français de 78 ans, Bernard Baudoux, est frappĂ© Ă  coups de pied. Deux jours plus tard, la police israĂ©lienne et le Shin Bet arrĂȘtent dix IsraĂ©liens soupçonnĂ©s d’attaques contre des journalistes et des diplomates Ă©trangers.

Six jours aprĂšs, le vendredi 23 octobre, deux hommes armĂ©s ouvrent le feu sur un poste militaire israĂ©lien prĂšs d’HĂ©bron. Deux soldats sont tuĂ©s, trois blessĂ©s ; les deux assaillants sont abattus. Le soir mĂȘme, Benyamin NĂ©tanyahou annonce une opĂ©ration en Cisjordanie « d’une ampleur jamais vue depuis la guerre des Six Jours », ordonne le bouclage d’HĂ©bron et de la ville voisine de Halhoul, et demande Ă  l’armĂ©e de se prĂ©parer Ă  fermer tout le territoire. Son ministre des Finances, Bezalel Smotrich, rĂ©clame une campagne « exactement comme Ă  Gaza et au Liban ».

Ces deux journĂ©es ne disent pas la mĂȘme chose, mais elles se rĂ©pondent. La premiĂšre montre ce que vivent les Palestiniens de Cisjordanie quand ils ne font pas la une : des attaques de colons assez banales pour qu’elles touchent, cette fois, des diplomates europĂ©ens. La seconde montre ce que le gouvernement israĂ©lien prĂ©pare au nom de la sĂ©curitĂ©, quatre jours avant les Ă©lections lĂ©gislatives du 27 octobre.

La question posĂ©e par mon directeur de la publication est simple : faut-il prendre au sĂ©rieux l’annonce d’une opĂ©ration « du mĂȘme ordre qu’à Gaza » ? Ma rĂ©ponse l’est aussi. Oui, mais pas dans le sens oĂč on l’entend. Le danger n’est pas que la Cisjordanie soit bombardĂ©e comme Gaza. Il est qu’on y applique aux villes ce qu’on a dĂ©jĂ  fait aux camps, et que cette mĂ©thode, dĂ©jĂ  rodĂ©e, produise au bout du compte le mĂȘme effet politique : un territoire vidĂ©, sans gouvernement palestinien, livrĂ© Ă  l’annexion.

Vers un génocide à bas bruit en Cisjordanie ? C'est commencé !
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Qui est qui en Cisjordanie

La Cisjordanie est le territoire situĂ© Ă  l’ouest du Jourdain, occupĂ© par IsraĂ«l depuis la guerre de juin 1967, que le gouvernement israĂ©lien appelle « JudĂ©e-Samarie ». Les accords d’Oslo, dans les annĂ©es 1990, l’ont dĂ©coupĂ©e en trois zones. La zone C, qui couvre environ 60 % du territoire, est entiĂšrement sous contrĂŽle israĂ©lien. Les villes palestiniennes relĂšvent pour l’essentiel des zones A et B, oĂč l’administration est palestinienne. Plus de 700 000 colons israĂ©liens y vivent aujourd’hui, JĂ©rusalem-Est comprise.

L’AutoritĂ© palestinienne, créée par les accords d’Oslo et installĂ©e Ă  Ramallah, gouverne ces villes : Ă©coles, hĂŽpitaux, police. Elle vit en grande partie des taxes qu’IsraĂ«l perçoit pour elle sur les marchandises entrant dans les territoires et doit lui reverser chaque mois, selon le protocole de Paris de 1994. Ces reversements reprĂ©sentent environ 56 % de ses recettes publiques, selon son ministre des Finances, Estephan Salameh. Elle coopĂšre avec l’armĂ©e israĂ©lienne en matiĂšre de sĂ©curitĂ©, ce qui la rend impopulaire chez une partie des Palestiniens.

Le Hamas, qui a gouvernĂ© Gaza, n’administre rien en Cisjordanie. Il y dispose de cellules, comme le Djihad islamique et des groupes armĂ©s locaux, surtout dans les camps de rĂ©fugiĂ©s du nord. Ce ne sont pas des armĂ©es : ce sont des rĂ©seaux.

Le gouvernement israĂ©lien sortant repose sur une coalition. Benyamin NĂ©tanyahou dirige le Likoud, le grand parti de droite. IsraĂ«l Katz est son ministre de la DĂ©fense. À leur droite siĂšgent deux partis qui rĂ©clament la souverainetĂ© israĂ©lienne sur la Cisjordanie : le Sionisme religieux de Bezalel Smotrich, ministre des Finances, et Otzma Yehudit (« Force juive ») d’Itamar Ben-Gvir. Smotrich est sanctionnĂ© par plusieurs pays occidentaux.

L’opposition n’est pas, sur ce dossier, un autre monde. Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major, qui conduit la liste Yashar, juge l’idĂ©e d’un État palestinien « dĂ©lirante » et veut « renforcer » les colonies, tout en refusant l’annexion complĂšte. Naftali Bennett se dit « plus Ă  droite » que NĂ©tanyahou. Avigdor Lieberman veut annexer toute la zone C. Seul YaĂŻr Golan, Ă  gauche, dĂ©fend une forme de sĂ©paration en deux États.

HĂ©bron, enfin, est le grand centre Ă©conomique du sud de la Cisjordanie, et la ville la plus tendue du territoire. Un accord signĂ© en 1997 par NĂ©tanyahou et Yasser Arafat l’a coupĂ©e en deux : une zone H1 palestinienne, environ 80 % de la ville, et une zone H2 sous contrĂŽle israĂ©lien, oĂč quelques centaines de colons vivent au milieu de dizaines de milliers de Palestiniens, autour du tombeau des Patriarches, que les musulmans appellent mosquĂ©e d’Ibrahim. J’y suis passĂ© une fois, il y a longtemps, dans une voiture Ă  plaque diplomatique ; on changeait de rĂ©gime en changeant de rue.

Documenter le génocide palestinien

Chaque semaine, retrouvez mon "Journal de Jérusalem" qui document le génocide avec rigueur.

Je rejoins le Journal de Jérusalem
Vers un génocide à bas bruit en Cisjordanie ? C'est commencé !
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce qu’a dit Smotrich, et depuis quand il le dit

On aurait tort de lire la phrase du 23 octobre comme un mot de colĂšre. Smotrich l’avait dĂ©jĂ  prononcĂ©e Ă  froid. Le 27 septembre, dans un entretien, il appelait IsraĂ«l Ă  « faire en Cisjordanie ce que nous avons fait Ă  Gaza », c’est-Ă -dire, selon ses propres termes, dĂ©manteler l’AutoritĂ© palestinienne, qu’il qualifie d’« autoritĂ© terroriste ». Dans le mĂȘme entretien, il rĂ©clamait l’annexion de la partie de Gaza tenue par l’armĂ©e israĂ©lienne et du Sud-Liban jusqu’au fleuve Litani. Le 23 octobre, il prĂ©cise que ce doit ĂȘtre l’une des premiĂšres exigences de son parti dans le prochain gouvernement.

Gaza, dans sa bouche, ne dĂ©signe donc pas seulement une intensitĂ© de feu. C’est un modĂšle politique : un territoire oĂč l’administration ennemie est dĂ©truite, oĂč l’armĂ©e tient durablement une partie du sol, et que l’on peut ensuite redessiner. Le ministĂšre de la SantĂ© de Gaza, qui relĂšve du Hamas et dont les chiffres doivent ĂȘtre lus comme ceux d’une partie au conflit, compte 74 480 morts depuis octobre 2023, dont 1 522 depuis le cessez-le-feu de l’an dernier. L’armĂ©e israĂ©lienne contrĂŽle environ 65 % de l’enclave. C’est cela que Smotrich propose d’étendre.

Le Premier ministre, lui, n’a pas repris la formule. Il a dit autre chose, de plus prĂ©cis, et qui mĂ©rite qu’on s’y arrĂȘte davantage.

Vers un génocide à bas bruit en Cisjordanie ? C'est commencé !
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un mĂ©dia libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cƓur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce qu’a ordonnĂ© NĂ©tanyahou : le modĂšle des camps, Ă©tendu aux villes

Selon le compte rendu de Xinhua, NĂ©tanyahou a annoncĂ© que l’armĂ©e appliquerait aux quartiers d’oĂč venaient les assaillants « le modĂšle opĂ©rationnel des camps de rĂ©fugiĂ©s » : Ă©vacuation des habitants, fouilles maison par maison, saisie des armes, destruction de « l’infrastructure terroriste ». DĂšs le vendredi soir, un immeuble de trois appartements a Ă©tĂ© dĂ©truit dans le quartier de Farsh al-Hawa, Ă  l’ouest d’HĂ©bron. L’agence TASS, de son cĂŽtĂ©, rĂ©sume la nouveautĂ© en une phrase : jusqu’ici l’armĂ©e dĂ©truisait surtout des bĂątiments dans les camps ; cette pratique s’étend dĂ©sormais aux villes palestiniennes, Ă  commencer par HĂ©bron, et le modĂšle pourra ĂȘtre appliquĂ© Ă  d’autres villes.

Il faut donc savoir ce qu’est « le modĂšle des camps ». Il a un nom et une date. Le 21 janvier 2025, l’armĂ©e israĂ©lienne lance l’opĂ©ration « Mur de fer » contre le camp de rĂ©fugiĂ©s de JĂ©nine, puis, une semaine plus tard, contre ceux de Tulkarem et de Nour Chams, dans le nord de la Cisjordanie. Ces camps, administrĂ©s par l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les rĂ©fugiĂ©s palestiniens, abritent depuis 1948 les descendants des familles chassĂ©es ou parties lors de la crĂ©ation d’IsraĂ«l.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a publiĂ© le bilan en septembre. L’opĂ©ration a dĂ©placĂ© plus de 33 000 habitants ; 33 362 restaient dĂ©placĂ©s en juillet, selon l’UNRWA. Elle a tuĂ© 102 Palestiniens, dont au moins 21 enfants. Le Haut-Commissaire, Volker TĂŒrk, Ă©crit que la conduite de l’opĂ©ration « suggĂšre que son but Ă©tait d’expulser autant de Palestiniens que possible ». Des dĂ©placĂ©s ont rapportĂ© que des officiers israĂ©liens leur avaient dit qu’il n’y aurait plus de camps, et qu’ils devaient « tous aller en Jordanie ».

Le dĂ©tail matĂ©riel compte plus que les mots. En octobre 2025, 52 % des bĂątiments du camp de JĂ©nine Ă©taient dĂ©truits ou endommagĂ©s, 48 % Ă  Nour Chams, 36 % Ă  Tulkarem, oĂč plus de 2 000 logements ont Ă©tĂ© entiĂšrement rasĂ©s. Dans certaines zones, des maisons ont Ă©tĂ© remplacĂ©es par de larges routes, et la reconstruction y est interdite. Fuad Abu Salam, 42 ans, a fui Tulkarem avec plus de quarante membres de sa famille ; il loue un appartement de 100 mĂštres carrĂ©s dans la ville voisine. Vingt mois plus tard, la Cour suprĂȘme israĂ©lienne attend encore du gouvernement un calendrier de retour, qu’il doit lui remettre le 23 novembre.

VoilĂ  le modĂšle que NĂ©tanyahou propose d’appliquer Ă  HĂ©bron, au cƓur d’une rĂ©gion oĂč vivent, selon des sources israĂ©liennes citĂ©es par Xinhua, plus d’un million de Palestiniens.

L’argument de la sĂ©curitĂ©, pris au sĂ©rieux

Un lecteur de bonne foi m’arrĂȘtera ici. Deux soldats ont Ă©tĂ© tuĂ©s par des hommes armĂ©s, Ă  un poste militaire. Depuis le 7 octobre 2023, IsraĂ«l a vu ce que produit un territoire laissĂ© Ă  des groupes armĂ©s Ă  sa frontiĂšre. Selon les chiffres officiels israĂ©liens repris par Xinhua, 1 318 membres des forces de sĂ©curitĂ© ont Ă©tĂ© tuĂ©s en trois ans de conflits. L’AutoritĂ© palestinienne ne tient plus les camps du nord, oĂč des groupes armĂ©s s’étaient installĂ©s avant l’opĂ©ration de 2025. Quel État, demandera ce lecteur, accepterait qu’on tire sur ses soldats sans rĂ©pondre ?

L’argument est fort, et une partie en est juste. L’attaque d’HĂ©bron est un acte de guerre ; IsraĂ«l a le droit d’en rechercher les auteurs et leurs complices, et aucun gouvernement au monde ne laisserait un tel acte sans rĂ©ponse. Je ne connais pas de pays qui ferait autrement.

Mais l’argument tombe sur un point prĂ©cis : la mĂ©thode ne correspond pas au but affichĂ©. Pour rechercher les complices d’une cellule, on enquĂȘte, on arrĂȘte, on saisit des armes. Le Shin Bet le fait d’ailleurs : il cherche Ă  Ă©tablir si les deux assaillants agissaient seuls ou au sein d’un rĂ©seau plus large. On n’a pas besoin, pour cela, de vider des quartiers, de raser des immeubles et d’interdire ensuite de reconstruire. Une opĂ©ration qui se mesure Ă  la sĂ©curitĂ© se termine quand les armes sont saisies. Une opĂ©ration qui laisse 33 362 personnes hors de chez elles vingt mois plus tard, sur des terrains transformĂ©s en routes, se mesure Ă  autre chose : Ă  la carte.

Il y a plus. Le gouvernement qui invoque la dĂ©faillance de l’AutoritĂ© palestinienne est celui qui l’organise. Selon le ministre palestinien des Finances, IsraĂ«l retient environ 6 milliards de dollars de recettes fiscales qui lui sont dues, et a cessĂ© tout reversement depuis un an. Le ministre israĂ©lien qui a conduit cette politique, selon Al Jazeera, est Bezalel Smotrich. RĂ©sultat, Ă  l’hĂŽpital public de Beit Jala, le seul du gouvernorat de BethlĂ©em et ses 320 000 habitants : des soignants payĂ©s Ă  moitiĂ©, des fonctionnaires qui ne viennent que deux ou trois jours par semaine faute de pouvoir payer le trajet, des traitements anticancĂ©reux qui manquent. Le mĂȘme homme qui affame l’administration palestinienne la qualifie ensuite d’« autoritĂ© terroriste » incapable d’assurer l’ordre, et en tire la nĂ©cessitĂ© de la dĂ©manteler.

La sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l est un intĂ©rĂȘt lĂ©gitime. Elle ne justifie pas cette mĂ©thode, parce que cette mĂ©thode sert un autre but, que ses auteurs ont eux-mĂȘmes Ă©noncĂ©.

Ce que Smotrich a déjà fait, sans attendre les élections

Reste l’objection inverse, celle du sceptique : tout cela serait de la surenchĂšre Ă©lectorale. Smotrich est en campagne, Ă  quatre jours d’un scrutin ; il crie fort pour exister. AprĂšs le 27 octobre, la phrase sera oubliĂ©e.

Le registre de ses actes rĂ©pond Ă  cette objection mieux que tout commentaire. En juin 2026, Smotrich annonce 2 162 logements dans une nouvelle colonie prĂšs de JĂ©rusalem. Le mĂȘme mois, il dĂ©clare avoir « aboli » les dispositions de l’accord

  •  

Une nouvelle journée insurrectionnelle peut-elle provoquer une crise de la dette ?

Par Vincent Clairmont

Cette semaine, l'État français paie plus cher que l'Italie pour emprunter. Samedi, une nouvelle journĂ©e de mobilisation. Ce soir, Moody's rend sa note. Les prĂȘteurs ne regarderont pas les vitrines brisĂ©es. Ils regarderont ce que le gouvernement promettra lundi pour que ça s'arrĂȘte.

Une nouvelle journée insurrectionnelle peut-elle provoquer une crise de la dette ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Une nouvelle journée insurrectionnelle peut-elle provoquer une crise de la dette ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Jeudi, la France a emprunté à dix ans à 5,14 %. C'est son taux le plus élevé depuis 2002. L'Allemagne emprunte autour de 3,5 %. L'Italie, que l'on présente depuis quinze ans comme le malade de l'Europe, paie aujourd'hui moins cher que nous.

Samedi, les syndicats défilent de nouveau. Ce soir, l'agence Moody's dit si la France garde sa note. Les économistes interrogés s'attendent presque tous à une baisse.

La question posĂ©e en titre, des lecteurs me la posent depuis lundi. Ma rĂ©ponse est oui, c'est possible. Mais si une crise de la dette arrive, la journĂ©e de samedi n'en sera pas la cause. La cause sera la façon dont le gouvernement l'achĂštera. Les prĂȘteurs ne sanctionnent pas la colĂšre d'un pays. Ils sanctionnent ce que l'État promet de payer pour la calmer, quand il n'a plus de quoi le payer.

Une nouvelle journée insurrectionnelle peut-elle provoquer une crise de la dette ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce qu'est une crise de la dette

Le mot fait peur, il faut donc le dĂ©finir. Une crise de la dette, ce n'est pas un État

  •  

Insurrection : le pari dangereux du tout sécuritaire et du silence politique

Par Eric V.

Des blindés Centaure, des soldats de Sentinelle devant les bùtiments officiels, le RAID et le GIGN, plus de 60 000 hommes. Toutes les manifestations interdites dans les Bouches-du-RhÎne et à Lyon. Et, sur le pouvoir d'achat, « aucune mesure ». Voilà la réponse du gouvernement au pays, à la veille du 24 octobre.

Insurrection : le pari dangereux du tout sécuritaire et du silence politique
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Insurrection : le pari dangereux du tout sécuritaire et du silence politique

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 2 octobre, alors que les lycées se bloquaient les uns aprÚs les autres, j'écrivais ici que la stratégie du tout sécuritaire était dangereuse. Trois semaines plus tard, on a eu le 17 octobre : 550 000 manifestants, l'hÎtel de ville de Limoges incendié, celui de Marseille forcé, des centaines de commerces pillés, plus de 6 800 gardes à vue. On pourrait croire que l'exécutif en aurait tiré une leçon. Il en a tiré un dispositif. Pour samedi, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, annonce vouloir « monter en gamme », et le Premier ministre a fixé la doctrine en une phrase : « Le retour à l'ordre est le préalable de tout ».

Contestation étudiante : la dangereuse stratégie de la répression
600 interpellations avant midi, 40 proviseurs blessés, et deux explications gouvernementales incompatibles en 24 heures. Devaquet, le CIP, le CPE : la leçon.

Le préalable de tout. Autrement dit : rien d'autre avant. Pas de réponse sur les salaires, pas de réponse sur l'école, pas de réponse sur la vie chÚre qui a fait descendre les gens dans la rue. D'abord les blindés, ensuite on verra. Je maintiens ce que j'écrivais le 2 octobre, et je l'aggrave : ce vide politique est confondant, et il est dangereux.

Insurrection : le pari dangereux du tout sécuritaire et du silence politique
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Rien sur le fond

Mercredi 21 octobre, Sébastien Lecornu a reçu les cinq confédérations syndicales à Matignon, flanqué du ministre de l'Intérieur. Le choix du ministre qui l'accompagnait disait déjà l'ordre du jour. Les syndicats venaient parler de pouvoir d'achat et de coût de l'énergie. Ils sont repartis, selon Sophie Binet, avec « aucune mesure ». Le Premier ministre a confié au ministre du Travail le soin de « travailler » avec eux dans les semaines à venir. Résultat : la quasi-totalité des syndicats appelle à la grÚve le 5 novembre, et la CGT parle déjà de faire succéder les grÚves aux manifestations.

Les lycĂ©ens et les Ă©tudiants, qui sont pourtant Ă  l'origine du mouvement, n'Ă©taient mĂȘme pas invitĂ©s. On les renvoie au ministre de l'Éducation lundi prochain. Depuis dĂ©but octobre, leurs revendications sont connues, et la fin de Parcoursup en fait partie. J'ai consacrĂ© deux papiers, les 7 et 9 octobre, Ă  expliquer pourquoi cette revendication n'Ă©tait pas un caprice d'adolescents mais la critique fondĂ©e d'un algorithme qui dĂ©cide Ă  17 ans de l'avenir d'un Ă©lĂšve sur la base d'une prĂ©somption. Le gouvernement n'y a opposĂ©, depuis trois semaines, que le silence. Le 2 octobre, 564 Ă©tablissements Ă©taient perturbĂ©s et l'exĂ©cutif « cherchait une sortie de crise ». Il la cherche encore.

Obtenir la fin de Parcoursup
126 632 candidats sans proposition, 83 000 places vides le mĂȘme jour. Pourquoi il faut obtenir la fin de Parcoursup, et ce que « finir » veut dire.

Le pays entend donc ceci : vous avez des problÚmes de fin de mois, vos enfants ont des problÚmes d'orientation, et nous avons des hélicoptÚres. Il ne faut pas s'étonner que se répande le sentiment d'un régime sourd et arrogant. Ce sentiment n'est pas une manipulation de l'ultragauche. Il est fabriqué, jour aprÚs jour, à Matignon.

Car il y a une incohĂ©rence au cƓur de la communication gouvernementale. Le Premier ministre parle de « schĂ©ma insurrectionnel » Ă  la tribune de l'AssemblĂ©e. Mais la rĂ©ponse qu'il organise reste celle d'une grosse journĂ©e de maintien de l'ordre : plus d'hommes, plus de matĂ©riel, plus d'interdictions, et rendez-vous Ă  la prochaine. Le mot « insurrection » sert Ă  disqualifier les manifestants, pas Ă  dĂ©crire un danger auquel on se prĂ©pare politiquement.
Insurrection : le pari dangereux du tout sécuritaire et du silence politique
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

La liberté de manifester devient une licence syndicale

Pendant que rien ne bouge sur le fond, tout bouge sur les libertés. Et dans un seul sens.

Jeudi 22 octobre, à l'issue d'un conseil de sécurité, Emmanuel Macron a énoncé une nouvelle « doctrine » : « La recommandation générale, c'est pas de manifestations dans les jours à venir ». Seules seront autorisées les manifestations organisées à la demande des syndicats. Celles demandées « par des gens qui n'ont aucune légitimité pour le faire » seront interdites par les préfets.

Les prĂ©fets ont suivi. Dans les Bouches-du-RhĂŽne, toutes les manifestations sont interdites samedi, « y compris celles portant sur d'autres sujets que le pouvoir d'achat », dĂ©clarĂ©es ou non, et les transports publics de l'agglomĂ©ration marseillaise seront suspendus vingt-quatre heures. À Lyon, toute manifestation dans la ville est interdite. À Lille, Ă  Nice, Ă  Toulon, au Havre, Ă  Rouen, les centres-villes sont fermĂ©s aux cortĂšges. À Paris, la prĂ©fecture de police autorise le cortĂšge de la CGT entre Bastille et Nation et interdit celui des Ă©tudiants et des gilets jaunes entre Bastille et OpĂ©ra. À Metz, mĂȘme un rassemblement de l'Unef est interdit.

Mesurons ce qui vient d'ĂȘtre dit. La libertĂ© de manifester n'est pas un privilĂšge accordĂ© aux organisations reprĂ©sentatives. C'est une libertĂ© individuelle, que le Conseil constitutionnel rattache Ă  la libertĂ© d'expression collective des idĂ©es et des opinions, et que chaque citoyen dĂ©tient sans avoir Ă  prĂ©senter une carte syndicale. Le prĂ©sident de la RĂ©publique vient d'inventer une libertĂ© sous licence : vous pouvez descendre dans la rue si une confĂ©dĂ©ration vous y emmĂšne. Un lycĂ©en de Marseille, un artisan gilet jaune de Lille, une mĂšre de famille de Lyon n'ont plus « aucune lĂ©gitimitĂ© » pour dire publiquement qu'ils ne bouclent plus leurs fins de mois.

Les juges ne s'y trompent pas tous. Jeudi, le tribunal administratif de Paris a annulĂ© l'interdiction d'un rassemblement Ă©tudiant, et un recours a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© devant le Conseil d'État contre la doctrine prĂ©sidentielle elle-mĂȘme. Mais l'essentiel est fait : le message est passĂ© que la rue appartient dĂ©sormais Ă  ceux que l'État agrĂ©e.

Et pendant ce temps, l'Ă©quipement monte. Le 17 octobre, Laurent Nuñez avait prĂ©venu que grenades et LBD « pourront ĂȘtre utilisĂ©s ». Pour samedi, on ajoute les blindĂ©s, les lanceurs d'eau, les unitĂ©s d'Ă©lite et l'armĂ©e devant les bĂątiments publics. Le Premier ministre juge le maintien de l'ordre « trop statique et pas assez mobile ». Il veut plus mobile. On imagine ce que cela signifie dans des rues interdites.

Insurrection : le pari dangereux du tout sécuritaire et du silence politique
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un mĂ©dia libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cƓur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le piĂšge de l'interdiction

J'en viens au cƓur du danger. Cette stratĂ©gie ne produit pas l'ordre. Elle produit l'inverse.

Une manifestation dĂ©clarĂ©e a un parcours, un service d'ordre, des organisateurs que la prĂ©fecture connaĂźt et qui ont intĂ©rĂȘt Ă  ce que la journĂ©e se passe bien. C'est ce qui permet de sĂ©parer la foule des casseurs. Interdire, c'est supprimer tout cela d'un coup. Ceux qui veulent manifester ne restent pas chez eux pour autant, parce que leur colĂšre n'a pas Ă©tĂ© traitĂ©e. Ils se retrouvent sans parcours, sans service d'ordre, sans interlocuteur, dans des rassemblements que plus personne n'encadre. La prĂ©fecture d'Ille-et-Vilaine a dĂ©jĂ  dĂ» interdire Ă  Rennes un rassemblement non dĂ©clarĂ©, appelĂ© « sur les rĂ©seaux sociaux ». Franceinfo raconte comment la journĂ©e de samedi se prĂ©pare sur des serveurs Discord. C'est

  •  

Oui, vous pouvez ĂȘtre harcelĂ© par vos collaborateurs !

Par Claire Montsalvy

Le harcĂšlement moral n'exige aucun lien d'autoritĂ©. Un salariĂ© peut en ĂȘtre l'auteur envers son supĂ©rieur, et la Cour de cassation l'a jugĂ© dĂšs 2011. Ce que dit le droit, ce que le manager peut faire, et ce que l'employeur risque s'il ne fait rien.

Oui, vous pouvez ĂȘtre harcelĂ© par vos collaborateurs !
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Oui, vous pouvez ĂȘtre harcelĂ© par vos collaborateurs !

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Les faits

Le chef du service d'action sociale territoriale de Parthenay, dans les Deux-SÚvres, s'est donné la mort en avril 2007. L'un des éducateurs de son service, placé sous son autorité, a été poursuivi pour harcÚlement moral. Il lui était reproché d'avoir, pendant plusieurs années, dévalorisé le travail de son chef, diffusé auprÚs des collÚgues l'image d'un responsable incompétent, adopté à son égard un comportement méprisant, organisé des refus d'appliquer ses instructions et adressé un courriel obscÚne.

Le tribunal correctionnel de Bressuire a condamné le prévenu le 9 juin 2009. La cour d'appel de Poitiers l'a relaxé le 11 mars 2010. Elle a notamment estimé qu'un subordonné ne disposait pas des moyens de compromettre la carriÚre de son supérieur, et que l'atteinte à la santé de la victime n'était pas démontrée.

La chambre criminelle de la Cour de cassation a cassĂ© cet arrĂȘt le 6 dĂ©cembre 2011 (n° 10-82.266). Elle a jugĂ©, d'une part, que le dĂ©lit n'exige pas la preuve d'une atteinte effective : la simple possibilitĂ© d'une dĂ©gradation des conditions de travail suffit ; d'autre part, que la qualitĂ© de subordonnĂ© du prĂ©venu est indiffĂ©rente. L'affaire a Ă©tĂ© renvoyĂ©e devant la cour d'appel d'Angers.

Oui, vous pouvez ĂȘtre harcelĂ© par vos collaborateurs !
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

La rĂšgle

La solution dĂ©coule du texte lui-mĂȘme. L'article L. 1152-1 du code du travail dispose qu'« aucun salariĂ© ne doit subir les agissements rĂ©pĂ©tĂ©s de harcĂšlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dĂ©gradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte Ă  ses droits et Ă  sa dignitĂ©, d'altĂ©rer sa santĂ© physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ». L'article 222-33-2 du code pĂ©nal punit le harcĂšlement moral de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Aucun des deux textes ne mentionne de lien hiĂ©rarchique. Un manager est un salariĂ© comme un autre au regard de cette protection.

Trois conséquences en découlent.

L'intention de nuire n'est pas requise. Le harcĂšlement peut ĂȘtre constituĂ© par ses seuls effets, indĂ©pendamment de l'intention de son auteur, comme la

  •  

Le peuple français existe-t-il ? ou le plébiscite de tous les jours

Par Eric V.

« Enfant, tu dois aimer la France. » Ainsi s'ouvre le manuel d'histoire distribué par millions aux écoliers à partir de 1884. Deux ans plus tÎt, à la Sorbonne, Renan avait dit l'inverse : une nation se vote tous les jours. Zemmour a choisi le manuel. Les populistes, un peuple sans péché. Nous choisissons Renan.

Le peuple français existe-t-il ? ou le plébiscite de tous les jours
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Le peuple français existe-t-il ? ou le plébiscite de tous les jours

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

« Enfant, tu dois aimer la France parce que la nature l'a faite belle, et parce que son histoire l'a faite grande. » La phrase figure en tĂȘte du Petit Lavisse, le manuel d'histoire qu'Ernest Lavisse publie en 1884 et que des millions d'Ă©coliers ont appris jusqu'en 1950. C'est un ordre, donnĂ© Ă  un enfant, par un professeur de la Sorbonne, au nom de l'État.

Deux ans plus tĂŽt, dans la mĂȘme Sorbonne, un autre Ernest avait tenu un langage opposĂ©. Le 11 mars 1882, Ernest Renan prononce une confĂ©rence intitulĂ©e « Qu'est-ce qu'une nation ? ». L'Alsace et la Moselle ont Ă©tĂ© annexĂ©es onze ans plus tĂŽt par l'Empire allemand, au nom de la langue et de la race de leurs habitants. Renan rĂ©pond que ni la langue, ni la race, ni la religion, ni les montagnes ne font une nation. Une nation, dit-il, existe parce que des gens veulent continuer Ă  vivre ensemble, et elle doit ĂȘtre voulue tous les jours.

Ces deux textes de la TroisiĂšme RĂ©publique posent la question qui nous occupe. Le peuple français existe-t-il ? Deux rĂ©ponses dominent aujourd'hui le dĂ©bat, et toutes deux disent oui. La premiĂšre fait du peuple une chose, un hĂ©ritage clos qu'il faut garder sous cloche. La seconde en fait un saint, naturellement bon, trahi par ses Ă©lites. Je crois que ces deux rĂ©ponses se trompent de la mĂȘme façon, et que la bonne se trouve chez Renan, prolongĂ©e par deux auteurs qu'on n'associe jamais Ă  la question nationale : un mĂ©decin hollandais installĂ© Ă  Londres au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, Bernard Mandeville, et un Ă©conomiste autrichien, Friedrich Hayek. C'est aussi, sous une autre forme, la thĂšse de mon TraitĂ© pour le monde d'aprĂšs : ce qui tient une sociĂ©tĂ© n'est pas l'ordre qu'on lui impose d'en haut, c'est celui qu'elle produit elle-mĂȘme.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative?
Ce pont du 10 novembre, moment de répit dans l'agitation nationale, offre une occasion de prendre du recul sur le spectacle de notre propre impuissance. La France est paralysée. Le chaos parlementaire, les blocages institutionnels et la déconnexion béante entre le pays légal et le pays réel ne sont
Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
Huit jours de diligence en 1800, quelques secondes aujourd’hui : pourquoi votons-nous encore comme sous le Consulat ? Les cinq piliers de la dĂ©mocratie liquide.
Le peuple français existe-t-il ? ou le plébiscite de tous les jours
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

I. Le peuple-chose et le peuple-saint

Zemmour, ou la France sous cloche

Le 16 septembre 2018, sur le plateau des Terriens du dimanche, Éric Zemmour s'adresse Ă  la chroniqueuse Hapsatou Sy. Dans la sĂ©quence coupĂ©e au montage, puis rĂ©vĂ©lĂ©e par Quotidien, il lui dit : « Votre prĂ©nom est une insulte Ă  la France », et ajoute : « Vous devriez vous appeler Corinne, ça vous irait bien. » Il s'appuie sur la loi du 11 germinal an XI, qui encadrait le choix des prĂ©noms et qui a Ă©tĂ© abrogĂ©e en 1993.

Ce n'Ă©tait pas un Ă©cart de plateau. En mars 2022, candidat Ă  l'Ă©lection prĂ©sidentielle, il inscrit dans son programme un rĂ©fĂ©rendum pour « rĂ©tablir la loi sur les prĂ©noms pour les futures naissances » : le prĂ©nom d'un enfant devrait ĂȘtre pris dans les calendriers français ou rĂ©gionaux, dans l'AntiquitĂ© ou dans la Bible. Sur CNews, il prĂ©cise qu'il veut obliger les immigrĂ©s Ă  donner des prĂ©noms français, car « il n'y a aucune raison pour que les musulmans ne le fassent pas ». Le mĂȘme programme prĂ©voit « un grand ministĂšre de la remigration ». Et en 2025, il publie chez Fayard La messe n'est pas dite. Pour un sursaut judĂ©o-chrĂ©tien, dont la question centrale est, selon la recension de La Nef : « voulons-nous dĂ©fendre notre civilisation chrĂ©tienne ? » Le christianisme y vaut moins comme foi que comme identitĂ© et comme culture, seule capable, selon l'auteur, de rĂ©sister Ă  l'islamisation de l'Europe.

Mettons ces piÚces bout à bout. Le peuple français, dans cette vision, est un contenu déjà rempli : une religion devenue frontiÚre, un calendrier de prénoms, une histoire achevée. On peut y entrer, et c'est la version la plus forte de la thÚse, celle qu'il faut prendre au sérieux : Zemmour ne se dit pas racialiste, il se dit assimilationniste. La porte est ouverte. Mais elle donne sur une maison dont le

  •  

Ukraine : le front tient, c'est la table qui cĂšde

Par Thibault de Varenne

Le 16 octobre, Vladimir Poutine a dressĂ© lui-mĂȘme le bilan de son annĂ©e de guerre. Pris au mot, ses chiffres dĂ©crivent une avance lente, pas un effondrement ukrainien. Cinq jours plus tard, Ă  Saint-PĂ©tersbourg, la suite se nĂ©gociait loin du front, et sans l'Europe.

Ukraine : le front tient, c'est la table qui cĂšde
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Ukraine : le front tient, c'est la table qui cĂšde

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 16 octobre, en visite au poste de commandement de ses troupes, Vladimir Poutine a donné trois chiffres. Depuis le 1er janvier, l'armée russe aurait pris 6 500 kilomÚtres carrés et 310 localités. La région de Louhansk serait entiÚrement conquise. Dans celle de Donetsk, l'Ukraine ne tiendrait plus qu'environ 10 % du territoire ; dans celle de Zaporijia, 16,5 %. C'est l'agence russe Sputnik qui rapporte ces chiffres.

Ce papier ne s'appuie que sur des sources russes, chinoises et indiennes. Il ne les discute pas. Il les prend au mot. Et, pris au mot, elles racontent autre chose que la victoire qu'elles annoncent.

Ukraine : le front tient, c'est la table qui cĂšde
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Qui parle, et de quoi

Trois lieux commandent l'affaire. Le Donbass d'abord, c'est-Ă -dire les deux rĂ©gions de Louhansk et de Donetsk, Ă  l'est de l'Ukraine, frontaliĂšres de la Russie : leur conquĂȘte est l'objectif officiel de Moscou depuis fĂ©vrier 2022. Kramatorsk ensuite, grande ville de la rĂ©gion de Donetsk restĂ©e aux mains de Kiev, que l'armĂ©e russe cherche Ă  atteindre. Zaporijia enfin, au sud, rĂ©gion dont le chef-lieu, sur le Dniepr, est toujours ukrainien.

Quatre hommes parlent. Vladimir Poutine, qui conduit la guerre. Volodymyr Zelensky, qui la subit et cherche Ă  l'arrĂȘter sans perdre davantage. Steve Witkoff, promoteur immobilier new-yorkais devenu l'envoyĂ© spĂ©cial de Donald Trump pour l'Ukraine, qui fait la navette entre les deux. Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Poutine, qui rend compte au public russe de ce qui se dit dans les salons du Kremlin.

Ukraine : le front tient, c'est la table qui cĂšde
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ce que disent les chiffres de Moscou

Six mille cinq cents kilomÚtres carrés en 289 jours, cela fait 22 kilomÚtres carrés par jour. C'est un peu plus de 1 % du territoire ukrainien en dix mois. C'est, pour un lecteur parisien, la surface de Paris intra-muros tous les cinq jours. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas une percée.

Les 310 localités sont, pour l'essentiel, des villages. Le ministÚre russe de la

  •  

Assurance-vie : ce que l'article 6 du budget 2027 change, et pour qui

Par Vincent Clairmont

25 millions d'euros en 2027, puis 50 millions par an : c'est ce que le gouvernement attend de l'article 6 du projet de loi de finances (Ă©valuation prĂ©alable, selon France Épargne). RapportĂ© aux 2 174 milliards d'euros d'encours de l'assurance-vie française, c'est presque rien. La mesure ne vise pas l'Ă©pargnant moyen. Elle vise un montage prĂ©cis, et elle le fait avec une date d'effet qui mĂ©rite qu'on s'y arrĂȘte.

Assurance-vie : ce que l'article 6 du budget 2027 change, et pour qui
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Assurance-vie : ce que l'article 6 du budget 2027 change, et pour qui

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le contenu : trois conditions cumulatives

L'article 6 réserve le régime fiscal de l'assurance-vie aux contrats qui remplissent trois conditions à la fois.

PremiÚre condition : les primes sont versées en numéraire. Un apport de titres fait sortir le contrat du régime pour les versements effectués à compter du 1er octobre 2026.

DeuxiÚme condition : les supports, y compris dans un contrat souscrit à l'étranger, présentent des caractéristiques similaires à ceux de la liste de l'article R. 131-1 du Code des assurances, la liste des actifs admis pour un assureur français.

TroisiÚme condition : un fonds dédié, c'est-à-dire un fonds construit pour un seul souscripteur, ne peut pas détenir d'actifs émis, garantis ou dus par le souscripteur, l'assuré, un bénéficiaire, leur famille proche ou une société qu'ils contrÎlent. Un décret fixera le seuil de détention indirecte.

Le montage visĂ© est dĂ©crit en clair dans l'Ă©valuation prĂ©alable : un dirigeant loge les titres de sa holding patrimoniale dans un contrat Ă©tranger. Les dividendes y sont capitalisĂ©s au lieu d'ĂȘtre imposĂ©s Ă  31,4 %, et le patrimoine sort de la succession. L'administration Ă©crit qu'« un tel montage n'est pas permis en France ».

Assurance-vie : ce que l'article 6 du budget 2027 change, et pour qui
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ce que coûte la non-conformité

  •  

Peut-on vraiment couper TikTok pendant une émeute ?

Par Renaud Jacobs

Gabriel Attal veut « bloquer temporairement et de maniĂšre ciblĂ©e l'accĂšs Ă  certaines plateformes ». En 2024, la France a coupĂ© TikTok en Nouvelle-CalĂ©donie pendant deux semaines. Le Conseil d'État a jugĂ© la mesure illĂ©gale. Avant de dĂ©battre du principe, regardons comment on coupe un rĂ©seau social, et ce qui reste allumĂ© ensuite.

Peut-on vraiment couper TikTok pendant une émeute ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Peut-on vraiment couper TikTok pendant une émeute ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le 17 octobre, 550 000 personnes manifestent selon les autoritĂ©s, puis la soirĂ©e tourne au pillage : prĂšs de 2 400 interpellations, prĂšs de 1 000 policiers et gendarmes blessĂ©s. Le 19, le PrĂ©sident reconnaĂźt des « dĂ©faillances d'anticipation et de renseignement ». Le mĂȘme jour, l'ancien Premier ministre Ă©crit sur X que « les rĂ©seaux sociaux ne peuvent pas ĂȘtre le point de ralliement des casseurs » et propose de les bloquer. Il ne nomme aucune plateforme. La presse spĂ©cialisĂ©e cite TikTok, Snapchat et Instagram.

La question mérite mieux qu'un oui ou un non. Je propose de la prendre en trois temps : ce que le droit permet, ce que la technique permet, et ce que la mesure retire à ceux qui doivent maintenir l'ordre.

Peut-on vraiment couper TikTok pendant une émeute ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

PremiÚre observation : le droit a déjà répondu

Le 15 mai 2024 Ă  20 heures, le gouvernement suspend TikTok en Nouvelle-CalĂ©donie, en pleine Ă©meute. La suspension dure deux semaines. Le 1er avril 2025, le Conseil d'État la juge illĂ©gale. Il admet que des circonstances exceptionnelles peuvent justifier une suspension, et il reconnaĂźt que celles de NoumĂ©a l'Ă©taient. Mais il pose trois conditions : que la mesure soit indispensable, qu'aucun moyen

  •  

Pourquoi la Justice ne survivra pas à un nouvel épisode de violence

Par Eric V.

Mardi, au tribunal de Paris, un président de chambre libÚre un prévenu interpellé le 17 octobre : il est resté au dépÎt plus de vingt heures, la loi l'interdit. Deux autres dossiers tombent sur la procédure. 557 gardes à vue à Paris, 300 personnes présentées à un magistrat mardi soir. Et ce n'était que Paris.

Pourquoi la Justice ne survivra pas à un nouvel épisode de violence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Pourquoi la Justice ne survivra pas à un nouvel épisode de violence

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le prĂ©venu libĂ©rĂ© mardi n'a pas Ă©tĂ© jugĂ© innocent. Il n'a pas Ă©tĂ© jugĂ© du tout. Le prĂ©sident de chambre a constatĂ© que le dĂ©lai entre la fin de sa garde Ă  vue et sa comparution dĂ©passait vingt heures, que l'homme Ă©tait donc retenu sans titre, et qu'aucun tribunal ne pouvait le juger dans ces conditions. Dans une autre salle, des avocats n'avaient toujours pas pu parler Ă  leurs clients, enfermĂ©s dans les geĂŽles du palais, pendant que les magistrats attendaient, faute de dossier prĂȘt. Ailleurs, un rĂ©quisitoire a Ă©tĂ© Ă©courtĂ© pour ne pas laisser expirer le dĂ©lai du dossier suivant.

C'est la Justice française à l'heure de pointe. Et l'heure de pointe a duré un week-end.

Pourquoi la Justice ne survivra pas à un nouvel épisode de violence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Une interpellation, c'est six métiers

On parle des émeutes en chiffres d'interpellations. Le ministÚre de l'Intérieur en annonce prÚs de 2 400 pour la seule journée du 17. Le chiffre impressionne, et il trompe : une interpellation ne coûte presque rien. C'est ce qui vient ensuite qui coûte.

Chaque personne interpellĂ©e appelle un officier de police judiciaire pour la garde Ă  vue, quarante-huit heures au plus. Puis un substitut du procureur pour dĂ©cider de l'orientation. Puis une place au dĂ©pĂŽt, vingt heures au plus. Puis un avocat, qu'il faut trouver, dĂ©placer, laisser lire le dossier. Puis un greffier, sans qui aucune audience n'existe. Puis une escorte, une salle, un interprĂšte le cas Ă©chĂ©ant, et trois magistrats si l'audience est collĂ©giale. Et si le tribunal ne peut pas siĂ©ger le jour mĂȘme, un juge des libertĂ©s qui place le prĂ©venu en dĂ©tention, Ă  charge de le faire comparaĂźtre au plus tard le troisiĂšme jour ouvrable. Sinon, il sort.

Six métiers au moins, chacun avec son délai, chacun déjà au maximum un mardi ordinaire. La France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre 17,6 en médiane européenne. Pour les procureurs, le rapport tombe à 3 contre 11,2. Il n'existe pas de réserve opérationnelle de greffiers qu'on rappellerait un samedi soir.

2023 a tenu, en trichant avec le temps

On m'opposera que la machine a déjà encaissé pire. AprÚs la mort de Nahel, entre le 27 juin et le 13 juillet 2023, la Justice a rendu 1 278 jugements, avec 95 % de condamnations, 742 peines de prison ferme et prÚs de 600 incarcérations. Le garde des Sceaux de l'époque avait présenté ces chiffres comme la preuve que l'institution répondait.

Elle avait rĂ©pondu, en effet, mais sur seize jours et non sur trois. Pendant que les chambres de comparution immĂ©diate tournaient, j'imagine que les autres audiences attendaient, sans que personne en tienne le compte. Et cela se passait avec des maisons d'arrĂȘt dont l'occupation, selon les organisations de magistrats elles-mĂȘmes, frĂŽlait alors 145 %.

Trois ans plus tard, les prisons françaises comptent 90 020 dĂ©tenus au 1er septembre, un record. En fĂ©vrier, l'occupation moyenne atteignait dĂ©jĂ  137 %. Les prĂ©venus vont en maison d'arrĂȘt, lĂ  oĂč la surpopulation est la plus forte. Chaque mandat de dĂ©pĂŽt prononcĂ© aprĂšs le 17 octobre, c'est un matelas au sol de plus.

Pourquoi la Justice ne survivra pas à un nouvel épisode de violence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Le budget 2027, à l'échelle d'un samedi

Le projet de loi de finances porte la mission Justice à 11 milliards d'euros. Il crée 287 postes de magistrats, 334 postes de greffiers et 326 places de prison nettes pour toute l'année 2027.

Posons ces chiffres à cÎté de ceux des émeutes. PrÚs de 600 incarcérations en 2023, c'est prÚs de deux années de places nouvelles au rythme de 2027, consommées en seize jours. Les 287 magistrats seront répartis sur tout le territoire et sur toutes les matiÚres, du divorce au contentieux de l'Urssaf, et ils ne seront pas en poste avant d'avoir été formés.

À Paris, sur une trentaine de condamnations analysĂ©es par Europe 1, huit seulement sont des peines de prison ferme. On peut y voir de la mollesse. J'y vois surtout, peut-ĂȘtre, des juges qui savent combien il reste de places en maison d'arrĂȘt.

Ce que la fermeté coûte

Faut dire que la tentation de la loi d'exception viendra vite. On parlera d'insurrection, d'Ă©tat d'urgence, d'allonger les gardes Ă  vue. Aucun de ces textes ne fournit un greffier. L'Ă©tat d'urgence donne des couvre-feux, pas des salles d'audience. Et mĂȘme une dĂ©rogation Ă  la Convention europĂ©enne des droits de l'homme, comme celle que la France a notifiĂ©e en novembre 2015, ne permet pas de toucher Ă  l'interdiction des traitements dĂ©gradants : la France a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© condamnĂ©e par la Cour de Strasbourg en janvier 2020, dans l'arrĂȘt J.M.B. c. France, pour l'Ă©tat de ses prisons.

Le lecteur qui rĂ©clame, comme le garde des Sceaux de 2023, une rĂ©ponse « ferme, rapide, systĂ©matique » rĂ©clame donc, sans le dire, des milliers de magistrats, de greffiers et de places de prison. Il les rĂ©clame Ă  un État endettĂ© Ă  119 % du PIB, au moment mĂȘme oĂč l'AssemblĂ©e supprime de son budget la seule ligne qui fixait le dĂ©ficit.

Pourquoi la Justice ne survivra pas à un nouvel épisode de violence
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un mĂ©dia libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cƓur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Dernier mot

Au prochain épisode, il y aura plus d'interpellations que de places au dépÎt, et plus de dossiers que de greffiers pour les audiencer. Le premier prévenu libéré faute de délai fera la une. Le dixiÚme ne la fera plus.

Le 20 octobre, à Paris, ce n'est pas un juge laxiste qui a relùché un prévenu du 17 octobre. C'est la vingt et uniÚme heure.

  •  

Gaz russe : Bruxelles dit non à Washington, nos ports disent oui aux méthaniers

Par Thibault de Varenne

Lundi, à Bruxelles, une porte-parole de la Commission répond aux émissaires de Donald Trump : « Notre position reste inchangée. » Pas de reprise des achats de gaz russe. En septembre, la France a importé pour 446 millions d'euros de gaz liquéfié russe, deux fois plus qu'en août. Le gaz européen coûte trois fois ce qu'il coûtait en février.

Gaz russe : Bruxelles dit non à Washington, nos ports disent oui aux méthaniers
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Gaz russe : Bruxelles dit non à Washington, nos ports disent oui aux méthaniers

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Lundi 19 octobre, Paula Pinho, porte-parole de la Commission européenne, a été interrogée sur une proposition américaine. Elle a répondu en une phrase : « Notre position reste inchangée. » Ursula von der Leyen, a-t-elle ajouté, ne lÚvera aucune restriction contre la Russie « tant que la guerre ne sera pas complÚtement terminée ». La phrase est nette. Elle a le mérite de la constance. Elle a aussi un prix, que la porte-parole n'a pas mentionné.

Gaz russe : Bruxelles dit non à Washington, nos ports disent oui aux méthaniers
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Qui propose quoi

La proposition vient de Steve Witkoff et de Jared Kushner, les deux envoyés spéciaux que Donald Trump a chargés de négocier la fin de la guerre en Ukraine. Selon le New York Times du 17 octobre, repris par Meduza, ils ont soumis aux Européens deux idées liées : que l'Union recommence à acheter du gaz russe en quantité, et que l'Ukraine rouvre le transit par ses gazoducs, fermé depuis 2025. Kiev y retrouverait environ un milliard de dollars de droits de passage par an. Moscou y trouverait une raison de cesser le feu. Et les gouvernements européens, observent les deux émissaires, y gagneraient des électeurs moins exaspérés par leurs factures.

Ce n'est pas un geste isolé. Le 16 octobre, Donald Trump a suspendu une série de sanctions énergétiques contre la Russie quelques jours avant leur entrée en vigueur. Le Trésor américain avait déjà autorisé jusqu'en avril 2027 la vente de gazole russe. Washington a changé de pied ; il demande à l'Europe de le suivre.

En face, la Commission, qui propose les sanctions que les États votent, tient la ligne fixĂ©e au dĂ©but de la guerre. À Berlin, un conseiller du chancelier Merz a rĂ©pliquĂ© que le gaz russe reste russe, mĂȘme quand il passe par des

  •  

Budget 2027 : particuliers et PME, ce qui a été voté et ce qui reste en suspens

Par Élise Rochefort

Au 21 octobre 2026, aucune mesure fiscale du projet de loi de finances pour 2027 n'est définitivement adoptée. L'Assemblée nationale a examiné en séance, du 13 au 16 octobre, l'article liminaire, les articles 1 à 5 et l'article 55, ainsi que 92 amendements créant des articles additionnels. Les articles 6 à 57, qui contiennent l'essentiel des mesures visant l'épargne, l'immobilier locatif et les entreprises, n'ont pas encore été discutés. Le vote solennel sur la premiÚre partie, prévu le 20 octobre, a été reporté.

Budget 2027 : particuliers et PME, ce qui a été voté et ce qui reste en suspens
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Budget 2027 : particuliers et PME, ce qui a été voté et ce qui reste en suspens

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le statut de ce qui a été voté dépend de ce vote. Si la premiÚre partie est adoptée, les amendements votés en séance sont transmis au Sénat. Si elle est rejetée, le Sénat examine le texte du gouvernement et les amendements adoptés par l'Assemblée tombent. En cas de recours à l'article 49, alinéa 3, de la Constitution, le gouvernement choisit les amendements qu'il retient.

Budget 2027 : particuliers et PME, ce qui a été voté et ce qui reste en suspens
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Les mesures votées par l'Assemblée pour les particuliers

BarÚme de l'impÎt sur le revenu. L'article 2 indexe le barÚme et la grille du prélÚvement à la source sur l'inflation, soit 2,1 %. Il a été adopté le 15 octobre par 96 voix contre 0. Selon le gouvernement, la mesure évite une hausse d'impÎt d'environ 4 milliards d'euros pour prÚs de 20 millions de foyers, d'aprÚs Légifiscal.

Indemnités journaliÚres. Le texte initial imposait à 50 % les indemnités journaliÚres versées au titre d'une affection de longue durée et mettait fin à l'exonération partielle de celles versées aprÚs un accident du travail ou une maladie professionnelle. Un amendement adopté par 109 voix contre 37, déposé notamment par les groupes socialiste, écologiste et GDR, a supprimé ces deux dispositions.

Indemnités de rupture. Le texte initial plafonnait leur exonération d'impÎt sur le revenu au plafond annuel de la Sécurité sociale, 48 060 euros en 2026. Des amendements des groupes Droite républicaine et EPR, adoptés en séance selon Légifiscal, excluent de ce plafond les indemnités de licenciement. Un autre amendement réserve le nouveau régime aux indemnités versées à compter du 1er janvier 2027.

Abattement de 10 % sur les pensions. L'article 3 abaissait de 4 439 Ă  3 000

  •  

AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus d’État ?

Par Elise Rochefort

En trois jours, les candidats Ă  la prĂ©sidentielle ont proposĂ© l’état d’urgence, le blocage des rĂ©seaux sociaux, l’armĂ©e dans les rues, l’interdiction des manifestations et le report d’une Ă©lection. Presque tous ont rĂ©clamĂ© de l’ordre ; un petit nombre seulement a rĂ©clamĂ© des pouvoirs d’exception. C’est cette diffĂ©rence que mesure la carte des forces politiques du Courrier, recalculĂ©e au 20 octobre.

AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus d’État ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus d’État ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le Courrier des StratĂšges publie depuis le 12 octobre une carte qui place une trentaine de partis et de personnalitĂ©s sur deux axes. L’axe horizontal mesure le lieu oĂč se prend la dĂ©cision, de Bruxelles Ă  Paris. L’axe vertical mesure ce que chacun attend de l’État, de la planification (+5) Ă  l’ordre spontanĂ© (−5). La journĂ©e du 17 octobre et ses suites ont produit, en trois jours, plus de dĂ©clarations sur le rĂŽle de l’État que les trois mois prĂ©cĂ©dents. La carte a Ă©tĂ© recalculĂ©e sur cette base. Seul l’axe vertical a bougĂ©.

AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus d’État ?

La rÚgle appliquée

Les déclarations retenues sont datées du 17 au 20 octobre et rapportées par la presse ou publiées par leurs auteurs. Elles ont été classées en trois catégories.

La premiĂšre regroupe les mesures d’exception qui suspendent des libertĂ©s : Ă©tat d’urgence, blocage des rĂ©seaux sociaux, recours Ă  l’armĂ©e pour le maintien de l’ordre, interdiction gĂ©nĂ©rale de manifester, internement prĂ©ventif, report d’une Ă©lection. Chacune dĂ©place l’acteur d’un demi-point vers le haut.

La deuxiĂšme regroupe des mesures plus limitĂ©es : couvre-feu, dissolution d’associations, sanction par les prestations sociales, prix fixĂ© par l’État. Chacune compte pour un quart de point. La troisiĂšme regroupe les rĂ©serves explicites sur ces mesures au nom des libertĂ©s publiques : un quart de point vers le bas.

Le reste est tenu pour neutre. La fermetĂ© pĂ©nale, la demande de moyens policiers supplĂ©mentaires ou la mise en cause du ministre de l’IntĂ©rieur relĂšvent des fonctions rĂ©galiennes de l’État, que personne ne conteste. Un candidat qui rĂ©clame des condamnations rapides ne demande pas plus d’État ; il demande que l’État fasse ce qui lui revient. La variation est plafonnĂ©e Ă  un point par acteur.

AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus d’État ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ceux qui montent

Bruno Retailleau a demandĂ© le 18 octobre la rĂ©union du Conseil des ministres « sans dĂ©lai » pour dĂ©clarer l’état d’urgence, « comme cela a Ă©tĂ© fait en 2005 » (Les Surligneurs). Il a ensuite proposĂ© de modifier les dates de l’élection prĂ©sidentielle et la dĂ©chĂ©ance de nationalitĂ© des binationaux auteurs de pillages (Europe 1). Il passe de +4 Ă  +5, la note la plus haute de l’échelle.

Gabriel Attal a proposĂ© sur RTL un blocage des rĂ©seaux sociaux « temporaire, ciblĂ© sur les territoires oĂč se dĂ©roulent les Ă©meutes » (Public SĂ©nat), puis le recours « temporaire » aux forces armĂ©es. Il passe de +2,8 Ă  +3,8. C’est la plus forte progression du bloc central.

À Nice, Éric Ciotti a instaurĂ© avec le prĂ©fet un couvre-feu pour les mineurs jusqu’au 26 octobre et demandĂ© la dissolution d’associations ainsi que la suspension des aides des parents des auteurs (Nice Premium). L’UDR passe de +2,6 Ă  +3,6. Les RĂ©publicains, dont le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a rĂ©clamĂ© l’état d’urgence, passent de +3 Ă  +3,5.

Les autres dĂ©placements sont plus modestes. Emmanuel Macron, qui a annoncĂ© que les prĂ©fets pourraient « aller jusqu’à interdire » certains rassemblements tout en Ă©cartant l’état d’urgence (ÉlysĂ©e), gagne un quart de point. Jordan Bardella aussi, pour la suspension des allocations familiales des familles de rĂ©cidivistes. Nicolas Dupont-Aignan et Debout la France gagnent un quart de point pour une baisse administrĂ©e de 50 % du prix de l’électricitĂ©.

Le cas Lisnard

David Lisnard occupait jusqu’ici, Ă  −2, la position la plus basse de la droite. Sur TF1, il a dĂ©clarĂ© que « l’État est devenu une fiction » et que « moins l’État est capable de punir ceux qui cassent, plus il entrave nos libertĂ©s » (21 News). Dans la mĂȘme intervention, il a demandĂ© l’interdiction des manifestations prĂ©vues les 24 et 31 octobre, jugĂ© l’état d’urgence utile pour les perquisitions administratives, et refusĂ© un couvre-feu Ă  Cannes faute de besoin constatĂ©. Le solde le fait passer de −2 Ă  −1,5. Avec Sarah Knafo, il reste l’un des deux seuls acteurs de droite sous la ligne mĂ©diane. Ses propos ne sont rapportĂ©s que par des sources secondaires.

AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus d’État ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Ceux qui descendent, ceux qui ne bougent pas

À gauche, Fabien Roussel a qualifiĂ© les couvre-feux d’« aveu d’échec », Marine Tondelier a jugĂ© qu’ils frappent des habitants « qui n’ont participĂ© Ă  aucune violence », Olivier Faure a demandĂ© une « dĂ©sescalade » (BFMTV via Yahoo ; LCP). Le PCF, le PS, les Écologistes et Marine Tondelier perdent chacun un quart de point. La France insoumise et Jean-Luc MĂ©lenchon ne bougent pas : leur refus de l’état d’urgence et des couvre-feux est compensĂ© par la demande d’un blocage des prix.

Plusieurs acteurs ont tenu des propos d’une grande fermetĂ© sans proposer de mesure d’exception. Sarah Knafo rĂ©clame que les casseurs soient « enfermĂ©s » et les Ă©trangers « expulsĂ©s » ; RaphaĂ«l Glucksmann demande d’agir « de maniĂšre extrĂȘmement ferme » ; François Hollande et Édouard Philippe mettent en cause les moyens et le renseignement. Selon la rĂšgle retenue, ces positions relĂšvent du rĂ©galien et ne modifient pas les notes. Marine Le Pen et le Rassemblement national n’ont pris position, dans les sources consultĂ©es, ni sur l’état d’urgence ni sur les couvre-feux. Aucune dĂ©claration datĂ©e n’a Ă©tĂ© trouvĂ©e pour Dominique de Villepin, François Bayrou, François Ruffin, François Asselineau ou Florian Philippot.

AprĂšs le 17 octobre, qui a demandĂ© plus d’État ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un mĂ©dia libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cƓur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Les limites de l’exercice

La rĂšgle est un choix Ă©ditorial. Une autre pondĂ©ration donnerait d’autres chiffres, et les dĂ©clarations d’une semaine de crise ne disent pas tout d’un programme. Plusieurs sources n’ont pu ĂȘtre lues qu’indirectement : franceinfo, France 24 et les rĂ©seaux sociaux bloquent la consultation automatique. Le dĂ©placement de Marion MarĂ©chal, de +1,5 Ă  +2, repose sur une source unique et reste Ă  confirmer. Les propos Ă  caractĂšre identitaire tenus pendant la pĂ©riode n’entrent pas dans le calcul, qui ne mesure que le rĂŽle attribuĂ© Ă  l’État.

La carte recalculée est disponible avec le tableau complet des justifications. Elle sera de nouveau mise à jour aprÚs la journée du 24 octobre.

  •  

Indemnités de rupture : comment organiser son licenciement pour les optimiser

Par Vincent Clairmont

150 000 euros nĂ©gociĂ©s en 2026 laissent environ 132 700 euros nets Ă  un cadre payĂ© 100 000 euros par an. Les mĂȘmes 150 000 euros, en rupture conventionnelle au 1er janvier 2027, lui en laisseraient environ 100 400. Écart : 32 000 euros, Ă  cause d’un seul chiffre, le plafond annuel de la SĂ©curitĂ© sociale (PASS, 48 060 euros en 2026), que l’article 2 du projet de loi de finances et l’article 6 du projet de loi de financement de la SĂ©curitĂ© sociale (PLFSS) veulent imposer comme limite unique d’exonĂ©ration.

Indemnités de rupture : comment organiser son licenciement pour les optimiser
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Indemnités de rupture : comment organiser son licenciement pour les optimiser

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Ma thĂšse : pour un cadre qui envisage de partir, la seule dĂ©cision qui compte cette annĂ©e est le mode de rupture, et elle doit ĂȘtre signĂ©e au plus tard le 16 novembre. Le reste est de l’habillage.

Le cas chiffré

HypothĂšses, que chacun adaptera : cadre cĂ©libataire, 100 000 euros bruts par an, 15 ans d’anciennetĂ©, indemnitĂ© lĂ©gale de licenciement de 34 700 euros (un quart de mois par annĂ©e jusqu’à dix ans, un tiers au-delĂ ), revenu net imposable hors indemnitĂ© d’environ 70 000 euros, indemnitĂ© totale nĂ©gociĂ©e de 150 000 euros. Cotisations calculĂ©es Ă  environ 11 % cĂŽtĂ© salariĂ© et 42 % cĂŽtĂ© employeur sur la part assujettie, taux usuels au-dessus du plafond pour un cadre. BarĂšme de l’impĂŽt 2026.

Aujourd’hui. L’exonĂ©ration d’impĂŽt couvre le plus Ă©levĂ© de trois montants : l’indemnitĂ© lĂ©gale, deux fois le salaire annuel (200 000 euros), la moitiĂ© de l’indemnitĂ©. Les 150 000 euros sont donc entiĂšrement exonĂ©rĂ©s d’impĂŽt. Les cotisations ne s’appliquent qu’au-delĂ  de deux PASS, soit sur 53 880 euros : environ 6 100 euros pour le salariĂ©. La CSG-CRDS (9,7 %) frappe tout ce qui dĂ©passe l’indemnitĂ© lĂ©gale, soit 115 300 euros : 11 200 euros. Net : environ 132 700 euros.

En 2027, texte du gouvernement. Tout ce qui dĂ©passe 48 060 euros, soit 101 940 euros, devient imposable et soumis aux cotisations comme Ă  la CSG-CRDS. La CSG baisse lĂ©gĂšrement (9 900 euros), les cotisations salariales doublent presque (11 500 euros), et l’impĂŽt sur le revenu apparaĂźt : environ 32 700 euros, ramenĂ©s Ă  28 200 euros avec le systĂšme du quotient. Net : entre 100 400 et 104 900 euros.

En 2027, texte votĂ© en sĂ©ance. Les dĂ©putĂ©s ont adoptĂ© deux amendements (I-1300 et I-1591, LĂ©giFiscal) qui sortent les indemnitĂ©s de licenciement du plafond fiscal. Si cette version survit au SĂ©nat, un licenciement resterait exonĂ©rĂ© d’impĂŽt, et seul le volet social durcirait. Net : environ 128 600 euros, soit 4 100 euros de moins qu’en 2026. La rupture conventionnelle, elle, resterait plafonnĂ©e : environ 100 400 euros nets.

CĂŽtĂ© employeur, la rupture conventionnelle porte en plus une contribution patronale de 40 %. Elle reprĂ©sente aujourd’hui 38 400 euros sur notre cas, et environ 19 200 euros en 2027, parce que son assiette serait rĂ©duite Ă  un PASS. Les cotisations patronales passeraient d’environ 22 600 Ă  42 800 euros. Le coĂ»t total d’une rupture conventionnelle pour l’employeur reste donc Ă  peu prĂšs stable entre 2026 et 2027, autour de 61 000 Ă  62 000 euros au-delĂ  de l’indemnitĂ©. Un licenciement lui coĂ»terait 38 000 euros de moins en 2026, et 19 000 de moins en 2027.

Indemnités de rupture : comment organiser son licenciement pour les optimiser
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Partie 1 — Avant le 31 dĂ©cembre : la rupture conventionnelle, et elle seule

  •  

Naufrage policier du 17 octobre : ce que le libertarien Molinari proposerait

Par Élise Rochefort

En 1849, un Ă©conomiste libĂ©ral, Gustave de Molinari, soutenait que la sĂ©curitĂ© est une marchandise comme une autre : produite en monopole, elle coĂ»te cher, elle est mal rendue, et son producteur ne rend de comptes Ă  personne. Le 17 octobre, le monopole n’a pas livrĂ©. Une mairie a brĂ»lĂ©, des milliers de commerces ont Ă©tĂ© pillĂ©s, et le ministre responsable est restĂ© en place. La conclusion qu’en tirait Molinari : ouvrir la sĂ©curitĂ© Ă  la concurrence, parce qu’un fournisseur que ses clients ne peuvent pas congĂ©dier n’a aucune raison de mieux faire.

Naufrage policier du 17 octobre : ce que le libertarien Molinari proposerait
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Naufrage policier du 17 octobre : ce que le libertarien Molinari proposerait

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le bilan de la journĂ©e du 17 octobre est connu : prĂšs de 2 400 interpellations selon le ministĂšre de l’IntĂ©rieur, l’hĂŽtel de ville de Limoges en partie dĂ©truit, des pillages dans plusieurs grandes villes (AP). Le 19 octobre, le prĂ©sident de la RĂ©publique a reconnu des dĂ©faillances dans l’anticipation et le renseignement, et refusĂ© la dĂ©mission de Laurent Nuñez (Boursorama/AFP). Le gouvernement met en cause des groupes organisĂ©s de casseurs et de militants d’ultragauche ; une partie de l’opposition et des Ă©lus locaux mettent en cause l’organisation du maintien de l’ordre. La grille de Molinari conduit Ă  une troisiĂšme lecture.

Gustave de Molinari (1819-1912) est un Ă©conomiste nĂ© Ă  LiĂšge, Ă©tabli Ă  Paris Ă  partir des annĂ©es 1840. Il appartient Ă  l’école libĂ©rale française. Il a dirigĂ© le Journal des Ă©conomistes de 1881 Ă  1909. Le terme de libertarien n’existait pas de son vivant ; il lui est appliquĂ© rĂ©trospectivement, notamment par des auteurs amĂ©ricains du XXᔉ siĂšcle qui le tiennent pour un prĂ©curseur. Son texte le plus discutĂ©, De la production de la sĂ©curitĂ©, paraĂźt dans le Journal des Ă©conomistes en fĂ©vrier 1849. Il en reprend l’argument la mĂȘme annĂ©e dans la onziĂšme des SoirĂ©es de la rue Saint-Lazare.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
Huit jours de diligence en 1800, quelques secondes aujourd’hui : pourquoi votons-nous encore comme sous le Consulat ? Les cinq piliers de la dĂ©mocratie liquide.
L'État est-il trop ruinĂ© pour rĂ©tablir l'ordre dans les rues ?
Munitions en manque, Ă©quipements de la police en baisse de 7 % en 2027, dette Ă  72,9 Md€ : l'État a-t-il encore les moyens de tenir la rue ?
Naufrage policier du 17 octobre : ce que le libertarien Molinari proposerait
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

La thĂšse est la suivante. La sĂ©curitĂ© des personnes et des biens est un service, que des producteurs fournissent Ă  des consommateurs. Comme tout service, elle est mieux produite et moins chĂšre lorsque les consommateurs peuvent choisir leur fournisseur. Lorsqu’un producteur unique en dĂ©tient le monopole, le service tend Ă  devenir plus coĂ»teux et de moindre qualitĂ©, et le producteur tend Ă  servir ses propres intĂ©rĂȘts avant ceux des consommateurs. Molinari en dĂ©duit que la production de sĂ©curitĂ© devrait ĂȘtre ouverte Ă  la concurrence. Cette conclusion n’a Ă©tĂ© reprise par aucun État et reste contestĂ©e, y compris parmi les Ă©conomistes libĂ©raux.

Appliquée aux événements du 17 octobre, cette grille conduit à quatre observations.

La premiĂšre porte sur la sanction de l’échec. Le prĂ©sident de la RĂ©publique reconnaĂźt une dĂ©faillance et maintient le ministre en fonctions. Dans la lecture de Molinari, l’absence de consĂ©quence pour le producteur dĂ©coule de l’absence d’alternative pour le consommateur : une commune ou un commerçant ne peut pas changer de fournisseur de sĂ©curitĂ© publique. L’ÉlysĂ©e justifie au contraire le maintien de Laurent Nuñez par la nĂ©cessitĂ© de maintenir la continuitĂ© du commandement des forces de l’ordre dans le contexte actuel, et lui demande la transparence complĂšte sur les dĂ©faillances constatĂ©es.

La deuxiĂšme porte sur le coĂ»t. Les commerçants touchĂ©s financent la sĂ©curitĂ© publique par l’impĂŽt. Ils supportent en outre les franchises d’assurance, les pertes

  •  

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?

Par Eric V.

En 1800, il fallait huit jours de diligence pour aller de Paris à Toulouse. Il faut aujourd’hui quelques secondes pour consulter cent mille personnes. Nous votons pourtant comme sous le Consulat : un nom, tous les cinq ans, et la paix jusqu’au suivant. Voici ce que nous proposons à la place, pilier par pilier.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Huit jours. C’était, en 1800, le temps qu’il fallait Ă  un dĂ©putĂ© de la Haute-Garonne pour rentrer chez lui. En 1870, le train avait ramenĂ© le voyage Ă  vingt heures. Dans ces conditions, demander Ă  un Ă©lu de consulter ses Ă©lecteurs avant chaque vote relevait de la plaisanterie, et la dĂ©mocratie reprĂ©sentative n’était pas une confiscation : c’était une contrainte de transport, habillĂ©e en principe.

Le transport a changĂ©. Le principe est restĂ©. Un sondage sur Telegram rĂ©unit des dizaines de milliers de rĂ©ponses dans la matinĂ©e ; une banque authentifie un virement en deux secondes ; la mĂ©tropole se traverse en moins de deux heures d’avion. Et nous continuons de remettre, tous les cinq ans, la totalitĂ© de notre part de souverainetĂ© Ă  un homme ou Ă  une femme que nous n’avons souvent pas choisi, mais seulement prĂ©fĂ©rĂ© Ă  pire.

Ce journal dĂ©fend depuis des annĂ©es une autre organisation : la dĂ©mocratie liquide. J’en ai posĂ© les premiers jalons dans Faut-il quitter la France ? en 2012, je l’ai reprise ici mĂȘme en juin 2022, et j’en ai tentĂ© une thĂ©orie d’ensemble dans le deuxiĂšme chapitre du TraitĂ© pour le monde d’aprĂšs. On me demande souvent, Ă  raison, de dire concrĂštement ce que le mot recouvre. Voici.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Cinq cents personnes pour des milliers de pages

Commençons par ce qui ne marche plus, et par le chiffre qui le rĂ©sume le mieux. En 1980, le recueil annuel des lois publiĂ© par l’AssemblĂ©e nationale comptait 632 pages. En 2004, il en comptait 2 556 — quatre fois plus, selon le dĂ©compte que la revue Pouvoirs publiait en 2005. Ces pages sont votĂ©es par quelques centaines de personnes, absorbĂ©es par leur carriĂšre, qui doivent avoir un avis Ă©clairĂ© le lundi sur la fiscalitĂ© des holdings, le mardi sur la programmation militaire et le jeudi sur le remboursement des prothĂšses dentaires.

Personne ne peut tenir ce rythme, et personne ne le tient. Dans le mĂȘme temps, l’élĂ©vation gĂ©nĂ©rale du niveau de formation a créé, dans le pays, des rĂ©serves de compĂ©tence qui dĂ©passent de trĂšs loin celles du Parlement. Sur l’énergie, la finance ou la santĂ©, des milliers d’ingĂ©nieurs, de praticiens et de cadres connaissent mieux le dossier que le rapporteur. La reprĂ©sentation les Ă©carte par construction : elle opĂšre une soustraction de l’intelligence lĂ  oĂč une sociĂ©tĂ© instruite pourrait la multiplier.

Faut dire que les partis ont fait le reste. Le multipartisme devait garantir la pluralitĂ© des opinions ; il fonctionne, en pratique, comme un filtre qui Ă©limine les profils les moins contrĂŽlables et produit, Ă  chaque scrutin, le plus petit dĂ©nominateur commun. Le second tour de 2022 l’a montrĂ© jusqu’à la caricature : moins de 19 millions de voix pour le vainqueur sur prĂšs de 49 millions d’inscrits, et un nombre considĂ©rable d’électeurs venus voter contre quelqu’un plutĂŽt que pour quelqu’un. Avec moins de 40 % des inscrits, on obtient pourtant les pleins pouvoirs pour cinq ans.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Le piÚge de la démocratie directe

La rĂ©ponse spontanĂ©e Ă  ce constat est connue : rendre la parole au peuple, voter sur tout, tout le temps. C’est la voie la plus dangereuse, et je veux le dire avant de proposer quoi que ce soit.

Le ComitĂ© de salut public ne procĂ©dait pas du peuple directement, mais il obĂ©issait Ă  une conviction que la dĂ©mocratie directe partage : la loi peut tout. Les soviets prĂ©tendaient, eux, exprimer la volontĂ© populaire sans intermĂ©diaire, et dĂ©cidaient de tout au mĂ©pris de l’ordre traditionnel de la sociĂ©tĂ© russe. Leur Ă©chec n’a pas attendu Staline : il Ă©tait inscrit dans l’idĂ©e mĂȘme d’une assemblĂ©e sans bornes. Une majoritĂ© qui vote sur tout finit par voter contre quelqu’un, et elle le fait avec une bonne conscience qu’aucune caste n’a jamais eue — car la caste, au moins, sait qu’elle est minoritaire, et ses lois sont contestĂ©es comme telles.

Le vrai problĂšme n’est donc pas qui fait la loi. C’est ce que la loi a le droit de dĂ©cider. Toute rĂ©forme dĂ©mocratique qui ne commence pas par borner le champ de la loi prĂ©pare une tyrannie plus efficace que la prĂ©cĂ©dente, parce qu’elle sera plus lĂ©gitime.

Par quoi voulons-nous remplacer la démocratie représentative ?
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TIPS · SANS ABONNEMENT

Offrez-nous
un café.

Un mĂ©dia libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cƓur vous en dit.

Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.

LAISSER UN POURBOIRE merci !
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Cinq piliers, dans cet ordre

L’ordre compte. Les deux premiers piliers limitent le pouvoir ; les trois suivants l’organisent. Les inverser, c’est retomber dans le piĂšge prĂ©cĂ©dent.

Une charte des droits naturels, que nulle loi ne peut toucher. LibertĂ© de penser, de croire, de s’exprimer, d’aller et venir, inviolabilitĂ© de la personne : rien de neuf depuis l’habeas corpus, mais tout est Ă  rĂ©affirmer contre des menaces que 1789 ne pouvait pas imaginer. Le consentement libre et Ă©clairĂ© aux soins, qui a si peu pesĂ© pendant la crise sanitaire. La protection contre toute discrimination fondĂ©e sur l’apprĂ©ciation politique du comportement — ce que la Chine appelle crĂ©dit social et que nous avons commencĂ© de pratiquer sans le nommer. Et la vie privĂ©e, Ă  dĂ©fendre contre l’attelage de la reconnaissance faciale, de l’identitĂ© numĂ©rique et d’une monnaie numĂ©rique capable de tracer chaque dĂ©pense. Cette charte pourrait ĂȘtre, tout simplement, le premier amendement Ă  la DĂ©claration de 1789.

La subsidiaritĂ© stricte de la loi. La collectivitĂ© ne lĂ©gifĂšre que si les personnes, les familles, les entreprises, les branches, les communes ne peuvent pas rĂ©gler le problĂšme elles-mĂȘmes. Le droit pĂ©nal et le droit fiscal relĂšvent naturellement de la loi. Le droit du travail, en revanche, est confiĂ© aux nĂ©gociations collectives dans la plupart des pays voisins et reste chez nous une prĂ©rogative d’État ; les programmes scolaires, la politique culturelle ou l’assurance-chĂŽmage n’ont rien Ă  faire dans un hĂ©micycle. L’État garde la police, la justice, l’impĂŽt et la dĂ©fense, et il les tient mieux qu’aujourd’hui ; il quitte la salle de classe, la scĂšne de théùtre et la caisse de chĂŽmage.

Le rĂ©fĂ©rendum d’initiative citoyenne, Ă  sa juste place. Il existe en Suisse sous la forme de la votation, et il est devenu, depuis les gilets jaunes, une sorte de Graal. Je le dĂ©fends, mais je ne le sacralise pas. En France, le seul outil approchant, le rĂ©fĂ©rendum d’initiative partagĂ©e, n’a jamais abouti : la tentative sur AĂ©roports de Paris a rĂ©uni environ un million de soutiens quand il en fallait prĂšs de cinq. Mais un RIC sans charte des droits pourrait aussi bien mettre aux voix une obligation vaccinale ou une confiscation de la propriĂ©tĂ© privĂ©e. Et un RIC sans garde-fou devient le jouet des « rĂ©unionites » : les thĂšmes sont imposĂ©s par ceux qui ont le temps de se rĂ©unir, c’est-Ă -dire rarement l’artisan, la mĂšre de trois enfants ou le chef d’entreprise.

Le mandat transitif. C’est le cƓur technique du dispositif, et c’est aussi le point oĂč je tiens le moins Ă  avoir raison seul. Le constat, lui, ne se discute guĂšre : notre systĂšme confond deux opĂ©rations, prĂ©parer la loi et l’adopter. PrĂ©parer un texte fiscal ou un code des marchĂ©s exige un savoir que personne ne possĂšde sur tous les sujets Ă  la fois ; l’adopter relĂšve du corps Ă©lectoral tout entier. La maniĂšre de sĂ©parer les deux opĂ©rations, en revanche, reste ouverte, et je vois au moins trois pistes, qu’il faudra comparer, combiner peut-ĂȘtre, et Ă©prouver Ă  petite Ă©chelle avant d’en retenir une.

La premiĂšre, que j’ai dĂ©veloppĂ©e dans le TraitĂ©, est un bicamĂ©risme d’un genre nouveau. Une chambre gĂ©nĂ©raliste, resserrĂ©e, Ă©lue sur une base partisane. Et une chambre spĂ©cialisĂ©e aux siĂšges stables, mais dont les occupants changent Ă  chaque texte : des citoyens Ă©lus pour un seul projet de loi, sur leur compĂ©tence, avec un mandat impĂ©ratif, et qui rentrent chez eux une fois le texte rĂ©digĂ©. Comme pour les jurĂ©s d’assises, une liste annuelle recenserait les volontaires par domaine ; le Conseil Ă©conomique, social et environnemental pourrait fournir la charpente de cette chambre, Ă  condition de cesser d’ĂȘtre une maison de retraite pour syndicalistes. Le texte prĂ©parĂ© serait ensuite soumis Ă  tous. Sa faiblesse est connue : un expert Ă©lu pour un texte peut se rĂ©vĂ©ler le lobbyiste de sa propre branche.

La deuxiĂšme piste dĂ©place la souplesse vers le vote lui-mĂȘme. Chacun vote lui-mĂȘme, ou prĂȘte sa voix Ă  qui il veut — un voisin, un mĂ©decin, un ingĂ©nieur qu’il estime —, sujet par sujet, et la reprend d’un geste le lendemain. Une dĂ©lĂ©gation qui se retire Ă  vue cesse d’ĂȘtre un dĂ©pĂŽt Ă  fonds perdus et redevient un prĂȘt. Son risque Ă  elle est la concentration : quelques influenceurs pourraient rassembler des millions de voix dĂ©lĂ©guĂ©es par paresse. Une concentration rĂ©vocable chaque matin n’a certes ni la durĂ©e ni la sĂ©curitĂ© d’un siĂšge de dĂ©putĂ©, et c’est la durĂ©e qui nourrit la cooptation ; mais je ne prĂ©tends pas que l’argument suffise Ă  clore la question.

La troisiĂšme confierait la prĂ©paration des textes Ă  des jurys tirĂ©s au sort, sur le modĂšle des conventions citoyennes, Ă  condition qu’elles ne soient plus pilotĂ©es par ceux qui en fixent la question et en choisissent les experts. Elle donne Ă  chacun la mĂȘme chance d’ĂȘtre dĂ©signĂ© ; elle bute sur la technicitĂ© d’un texte fiscal, que le jurĂ© tirĂ© au sort dĂ©couvre le premier matin.

Les trois pistes partagent un mĂȘme danger, le fichier : un vote en ligne, mal conçu, produit la base de donnĂ©es politique dont rĂȘve tout pouvoir. Quelle que soit la formule retenue, la charte des droits doit prĂ©cĂ©der le logiciel, et le secret du vote primer sur sa commoditĂ©.

La fin du scrutin majoritaire. Une lĂ©gislative se joue rĂ©guliĂšrement Ă  moins de cent voix, et le perdant Ă  49,9 % se retrouve sans aucune part au pouvoir. Le vote unique transfĂ©rable pratiquĂ© en Irlande, oĂč l’électeur classe les candidats par ordre de prĂ©fĂ©rence, Ă©carte mĂ©caniquement les candidats les plus clivants. Le panachage en est une variante que nos petites communes connaissaient bien. Rien n’interdit de combiner les modes de scrutin selon les assemblĂ©es — proportionnelle dĂ©partementale ici, vote prĂ©fĂ©rentiel lĂ . Ce qui doit disparaĂźtre, c’est le duel binaire qui oblige Ă  choisir entre deux personnes que l’on n’a pas dĂ©signĂ©es.

Mille électeurs tirés au sort pour choisir le président

Reste la question qui passionne ce pays d’essence bonapartiste : comment choisir le chef de l’État. À partir de 1268, et pendant plus de cinq siĂšcles, Venise dĂ©signa ses doges par une cascade de tirages au sort et d’élections, onze Ă©tapes au bout desquelles quarante et un Ă©lecteurs choisissaient le doge. L’intuition vĂ©nitienne est la bonne, et elle renverse nos idĂ©es reçues : le tirage au sort ne sert pas Ă  dĂ©signer le gouvernant, il sert Ă  dĂ©signer ceux qui le dĂ©signeront.

Transposons. Deux ou trois tirages successifs constituent un collĂšge de mille Ă©lecteurs. Ces mille citoyens soumettent chaque candidat Ă  un grand oral public, retransmis en direct, avec des questions obligatoires sur la trajectoire des finances publiques et des libertĂ©s. Le scrutin final, prĂ©fĂ©rentiel, dĂ©signe celui qui dĂ©plaĂźt le moins plutĂŽt que celui qui divise le mieux. L’effet le plus immĂ©diat serait financier : une campagne prĂ©sidentielle coĂ»te aujourd’hui d’un demi-million d’euros pour les plus modestes Ă  prĂšs de vingt millions pour les plus lourdes, et aucun vainqueur n’a dĂ©pensĂ© moins de dix millions. Convaincre mille personnes rĂ©unies coĂ»te infiniment moins cher que d’occuper l’écran de quarante-neuf millions d’inscrits, et oblige le candidat Ă  rĂ©pondre aux questions plutĂŽt qu’à les contourner.

Ne manquez pas nos vidéos exclusives gratuites

Si vous voulez voir les vidéos exclusives de décryptage, rejoignez notre chaßne Telegram gratuite en cliquant sur ce lien :

J'ai Télégram et je rejoins gratuitement la chaßne

Une constitution de quelques pages

Faut-il, au-delĂ  de la charte, une constitution ? Moins qu’on ne croit. L’épaisseur d’un texte constitutionnel mesure presque toujours l’ambition d’encadrement de l’État qui l’a Ă©crit. Le traitĂ© sur le fonctionnement de l’Union europĂ©enne compte 358 articles, et seule une administration abondante est capable de le faire fonctionner. Un rĂ©gime proche de l’ordre spontanĂ© se contente de la charte des droits et de quelques rĂšgles de procĂ©dure : dissolution, veto, rĂ©vocation, amendement, articulation des deux chambres.

On m’objectera que tout cela est une utopie de plus. Je me demande plutĂŽt si l’utopie n’est pas de croire que le rĂ©gime actuel durera. La dĂ©mocratie liquide n’exige aucun grand soir : elle s’expĂ©rimente dans une association, une copropriĂ©tĂ©, une commune, une fĂ©dĂ©ration professionnelle, avant d’ĂȘtre portĂ©e Ă  l’échelle d’un pays. Les logiciels existent ; LiquidFeedback a Ă©tĂ© utilisĂ© par des partis europĂ©ens dĂšs 2010.

Dernier mot

Aucun professionnel de la reprĂ©sentation ne dĂ©fendra un dispositif qui le rend inutile, et il ne faut pas attendre de candidat qu’il le porte. Il faut aussi admettre ce que ce rĂ©gime nous coĂ»terait Ă  nous : lire les textes, choisir sĂ©rieusement ceux qui les prĂ©parent ou ceux Ă  qui l’on confie sa voix, et se dĂ©juger quand on s’est trompĂ©. Le bulletin quinquennal a ce confort qu’il nous dispense de tout cela pendant cinq ans. Nous l’avons prĂ©fĂ©rĂ©, Ă©lection aprĂšs Ă©lection, et c’est bien nous qui l’avons glissĂ© dans l’urne.

Le dernier rĂ©fĂ©rendum national date du 29 mai 2005. Ses rĂ©sultats ont Ă©tĂ© contournĂ©s trois ans plus tard par le traitĂ© de Lisbonne. Un Ă©lecteur qui avait dix-huit ans ce jour-lĂ  en a trente-neuf aujourd’hui, et n’a jamais Ă©tĂ© consultĂ© sur autre chose que sur des noms.

  •  

Rima Hassan ? ou la définition introuvable du terrorisme, sauf à Paris

Par Eric V.

Un tweet du 26 mars, effacé depuis. Vingt-six morts dans le hall d'un aéroport, le 30 mai 1972. Deux jours d'audience et trois juges, à Paris. Depuis décembre 1972, l'ONU cherche ce qu'est un acte de terrorisme et n'a toujours pas trouvé. Le tribunal correctionnel de Paris, lui, n'a pas eu besoin de chercher. Pour combien de temps cette hybris parisienne ?

Rima Hassan ? ou la définition introuvable du terrorisme, sauf à Paris
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
Rima Hassan ? ou la définition introuvable du terrorisme, sauf à Paris

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

J'ai passĂ© mon aprĂšs-midi de lundi dans la salle oĂč l'on juge Rima Hassan. L'eurodĂ©putĂ©e LFI est poursuivie pour apologie du terrorisme Ă  cause d'un tweet du 26 mars, supprimĂ© depuis, qui citait le Japonais Kozo Okamoto : « J'ai consacrĂ© ma jeunesse Ă  la cause palestinienne », et « tant qu'il y aura oppression, la rĂ©sistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Okamoto est l'un des trois hommes de l'ArmĂ©e rouge japonaise qui, le 30 mai 1972, ont ouvert le feu dans le hall de l'aĂ©roport de Lod, prĂšs de Tel-Aviv : vingt-six morts, dont dix-sept pĂšlerins portoricains. CondamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© en IsraĂ«l, libĂ©rĂ© en 1985 dans un Ă©change de prisonniers, rĂ©fugiĂ© au Liban, il est mort Ă  Beyrouth le 23 juillet, Ă  78 ans. Signalement du ministĂšre de l'IntĂ©rieur, puis de l'Organisation juive europĂ©enne et de la Licra. Peine encourue, parce que c'Ă©tait en ligne : sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.

La prĂ©venue a choisi de se taire. Elle a fait citer un tĂ©moin, Alexis Deswaef, avocat bruxellois, Ă©lu il y a un an prĂ©sident de la FIDH, qui plaide aussi devant la Cour pĂ©nale internationale. Il a dit la chose la plus simple de la journĂ©e. Le terrorisme, a-t-il expliquĂ© Ă  la barre, n'est pas une notion de droit international. Ce qui s'est passĂ© Ă  Lod en 1972 n'est pas un « attentat » : c'est un crime de guerre, commis dans un conflit armĂ© contre des civils, et un crime de guerre est plus grave qu'un attentat. Je suppose que les parties civiles n'ont pas aimĂ© le mot « guerre » : il suppose deux camps, lĂ  oĂč elles veulent un assassin et des victimes. Le tĂ©moin, lui, parlait d'un texte qui n'existe pas.

À ne surtout pas manquer : le journal de jerusalem

Chaque semaine, je document le génocide de Gaza sur Substack, avec rigueur et exactitude, sans fioriture : c'est le Journal de Jérusalem

Je veux m'abonner au Journal de Jérusalem
Rima Hassan ? ou la définition introuvable du terrorisme, sauf à Paris
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le mot que 193 États cherchent depuis l'annĂ©e de Lod

Au passage, il a mĂȘme dit moins que la vĂ©ritĂ©. Le droit international n'ignore pas le terrorisme : il en cherche la dĂ©finition depuis 1972, prĂ©cisĂ©ment. Quatre mois aprĂšs Lod, trois jours aprĂšs la prise d'otages de Munich, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Kurt Waldheim inscrit le terrorisme Ă  l'ordre du jour de l'AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale. Le 18 dĂ©cembre 1972, la rĂ©solution 3034 crĂ©e un comitĂ© spĂ©cial de trente-cinq membres chargĂ© de dĂ©finir le terrorisme — et, dans le mĂȘme texte, « rĂ©affirme le droit inaliĂ©nable Ă  l'autodĂ©termination » des peuples sous rĂ©gime colonial et « la lĂ©gitimitĂ© de leur lutte, en particulier celle des mouvements de libĂ©ration nationale ». Soixante-seize voix pour, trente-cinq contre, dix-sept abstentions. Le comitĂ© s'est rĂ©uni jusqu'en 1979. Il n'a jamais rendu de dĂ©finition.

En 1996, l'Inde a relancĂ© le chantier : une convention gĂ©nĂ©rale sur le terrorisme international, que la SixiĂšme Commission de l'ONU nĂ©gocie depuis trente ans. Elle bute toujours sur le mĂȘme article 18 : faut-il exclure du champ de la convention les armĂ©es des États, et les peuples qui luttent contre une « occupation Ă©trangĂšre » ? Les pays de l'Organisation de la coopĂ©ration islamique disent oui, les Occidentaux disent non, et en octobre 2025 l'Inde parlait encore de « divergences Ă©troites ». Cinquante-quatre ans aprĂšs Lod, 193 États, pas une ligne.

Rima Hassan ? ou la définition introuvable du terrorisme, sauf à Paris
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

TELEGRAM · L'INFO EN CONTINU

Entre deux éditions,
le fil.

La newsletter vous donne le matin. Le fil vous donne l'instant.

Gratuit, et en continu.

REJOINDRE LE FIL t.me/resterlibre
t.me/resterlibre
Restez libre !

Trois juges, deux jours, aucune hésitation

Le tribunal correctionnel de Paris, lui, n'a pas ce problĂšme. Le Code pĂ©nal français a sa dĂ©finition Ă  lui depuis 1986 : est terroriste tout crime ordinaire — meurtre,

  •  

« Sois comme l'eau » : le 17 octobre n'était pas un ordre spontané

Par Thibault de Varenne

Le 16 octobre, un site de la gauche autonome appelait à des « cortÚges multiples, incontrÎlés et inventifs », sous un mot d'ordre venu de Hong Kong : « Sois comme l'eau ». Le lendemain, la police n'a pas tenu les centres-villes. Le pouvoir parle de concertation, d'autres d'un ordre spontané. Les faits ne donnent raison ni aux uns ni aux autres.

« Sois comme l'eau » : le 17 octobre n'était pas un ordre spontané
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !
« Sois comme l'eau » : le 17 octobre n'était pas un ordre spontané

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boßte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Le texte a Ă©tĂ© publiĂ© le vendredi 16 octobre par Contre-Attaque, un site d'information de la mouvance autonome. Il recommandait de ne pas dĂ©filer en bloc, de multiplier les cortĂšges, de les rendre « incontrĂŽlĂ©s et inventifs ». Il reprenait le mot d'ordre des manifestants de Hong Kong en 2019, empruntĂ© Ă  Bruce Lee : sois comme l'eau. Le lendemain, de petits groupes trĂšs mobiles ont couru d'une rue Ă  l'autre, de Limoges Ă  Marseille, et les policiers ont dĂ©crit eux-mĂȘmes un dĂ©bordement « rarement vĂ©cu ».

Depuis, deux rĂ©cits s'affrontent. Le ministre de l'IntĂ©rieur Ă©voque un dĂ©sordre semĂ© « de maniĂšre concertĂ©e ». D'autres y voient un ordre spontanĂ©, une foule sans tĂȘte qui se serait organisĂ©e seule. Il faut regarder les piĂšces avant de choisir. Elles ne confirment ni l'un ni l'autre.

L'humeur de Veerle Daens : le maire qui se dĂ©clarait Ă  lui-mĂȘme
Lundi midi, les maires dĂ©fendent leur mairie. Avant ça, ils doivent dĂ©clarer la manifestation
 Ă  leur propre mairie, trois jours francs Ă  l'avance.
« Sois comme l'eau » : le 17 octobre n'était pas un ordre spontané
LE COURRIER
DES STRATÈGES
Restez libre !

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Qui était dans la rue le 17 octobre

L'appel est né sur les réseaux sociaux début septembre, à l'initiative de figures issues des Gilets jaunes, sans chef désigné ni organisation déclarante. Une coalition s'y est agrégée en un mois, dont Euronews dressait la liste la veille : la CGT et Solidaires, l'intersyndicale des chauffeurs VTC, la Confédération paysanne, La France insoumise et le Parti communiste, les syndicats lycéens et étudiants, les organisateurs des marches pour le climat, les collectifs de « Bloquons tout », le mouvement de blocage né en septembre 2025. Les revendications allaient de la vie chÚre au budget, de l'école à la police.

Une carte collaborative en ligne recensait plus de 1 300 actions. Le ministÚre en comptait 250. Personne, ni d'un cÎté ni de l'autre, n'avait la vue d'ensemble.

À cĂŽtĂ© de cette foule dĂ©clarĂ©e se tenaient deux autres populations. Des noyaux militants rompus Ă  l'affrontement, que les syndicats de police dĂ©signent sous le

  •  
❌