L'erreur de la plupart des médias et des responsables politiques, en France, est de ne considérer Mayotte que comme un territoire français extrait par magie, sinon exclu, de son histoire et de sa géographie, et, ce faisant, d'ignorer le droit international. Dans une édition actualisée de son essai de 2003, Pierre Caminade, chercheur indépendant et militant à Survie, brise ce récit : malgré la séparation de 1975, toutes les îles de l'archipel des Comores ont une histoire commune, polluée par les multiples ingérences françaises menées de part et d'autre de la frontière. Méticuleusement, il décrit les manœuvres de Paris pour « garder » Mayotte et les barbouzeries qui ont fragilisé le nouvel État indépendant des Comores, tout en rappelant les condamnations internationales récurrentes. Pour mettre fin à ce qu'il qualifie d'« échec », Caminade propose une « troisième voie » qui offrirait à Mayotte une « grande autonomie, avec des coopérations avec les deux systèmes, français et comorien », une option « très présente dans les débats des élites mahoraises dans les années 1960 ».
À Mayotte, deux figures politiques de premier plan viennent de voir leurs condamnations confirmées pour des faits mêlant intérêts publics, entourage et emplois fictifs. Le 1er octobre 2026, la cour d’appel a maintenu l’essentiel des peines prononcées en première instance contre Rachadi Saindou et Salime M’Déré, avec prison exécutée sous bracelet électronique, amendes et inéligibilité.
LE COURRIER DES STRATÈGES
Restez libre !
LA NEWSLETTER · GRATUITE
Le Courrier, chaque matin.
L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.
Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.
L’affaire est d’autant plus sensible que les deux hommes occupent des positions institutionnelles majeures : Saindou préside la communauté d’agglomération de Dembéni-Mamoudzou (CADEMA), tandis que M’Déré est premier vice-président du conseil départemental de Mayotte.
LE COURRIER DES STRATÈGES
Restez libre !
ABONNEMENT
Allez au fond des choses.
Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.
La cour d’appel a condamné Rachadi Saindou à deux ans de prison, dont un avec sursis, la partie ferme devant être exécutée sous bracelet électronique à domicile. Son amende a été ramenée de 50 000 à 25 000 euros. Il est également frappé de quatre ans d’inéligibilité et de quatre ans d’interdiction d’exercer une fonction publique, avec exécution provisoire.
Salime M’Déré écope pour sa part d’un an de prison, dont six mois avec sursis, également sous bracelet électronique, de 25 000 euros d’amende et de deux ans d’inéligibilité et d’interdiction d’exercer une fonction publique. Là encore, l’exécution provisoire s’applique.
Les poursuites portaient notamment sur des faits de prise illégale d’intérêts et d’emplois fictifs. L’avocat de Rachadi Saindou a indiqué étudier un pourvoi en cassation.
Quand la fonction publique devient une affaire d’entourage
L'appel n'étant pas suspensif, Rachadi Saindou a été écarté de ses fonctions dès la première condamnation. Il a contesté sa démission d'office. La même question de constitutionnalité que celle posée par Marine Le Pen est alors montée jusqu'au Conseil constitutionnel. Fin mars 2025, les juges ont validé son éviction. Selon eux, un élu local ne se trouve pas dans la situation d'un parlementaire européen : l'atteinte au droit d'éligibilité n'était pas disproportionnée. La défense s'est dite « surprise » à la sortie d'audience. Me Fatima Ousseni examinera la motivation de l'arrêt, pas encore communiquée, avant d'envisager un pourvoi en cassation.
Plus de deux ans se sont écoulés entre le jugement de première instance et la confirmation en appel. Pendant ce temps, les deniers publics continuaient de circuler dans un territoire où les ressources restent limitées et les besoins criants. L’affaire révèle la porosité entre mandats électifs, recrutements internes et marchés publics.
Ces condamnations rappellent que la frontière entre service public et clientélisme reste fragile. Quand des élus au sommet d’une agglomération et d’un département transforment un poste en rente pour un proche, c’est le contribuable qui règle l’addition.
LE COURRIER DES STRATÈGES
Restez libre !
TIPS · SANS ABONNEMENT
Offrez-nous un café.
Un média libre vit de ses lecteurs. Un pourboire ponctuel, sans compte ni engagement, quand le cœur vous en dit.
Vous donnez ce que vous voulez. Vous restez libre.