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Politiques du polar

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Cette étude va à l'encontre des idées communément admises sur le polar contemporain, — ici, le roman noir et le policier français de ces vingt dernières années. L'aura de Jean-Patrick Manchette a longtemps jeté un voile politiquement progressiste sur une production qui en fait a pris ses distances avec cette filiation. Aurélien Masson, ancien directeur de la « Série noire », parle d'ailleurs d'une « génération de dégagés ». Le polar actuel n'assène plus des vérités politiques, il serait plutôt agnostique dans le domaine. Outre l'analyse de romans, il s'agit ici, et c'est une approche originale, d'évaluer l'interaction avec les politiques culturelles publiques et les manifestations accompagnant la promotion du genre. Sa dimension sociétale semble se retrouver dans les canaux de diffusion que sont les critiques, les festivals et les tables rondes en librairies et bibliothèques, tous concourant à faire de « l'objet polar » un instrument d'éducation à la démocratie. Le personnage du « flic » est également commenté de façon éclairante : policier, mais non représentatif de l'institution, et souvent dans un « rapport clandestin à l'enquête judiciaire ».

Voir en ligne : /2026/11/DAGUERRE/70195

Éditions Amsterdam, Paris, 2025, 176 pages, 18 euros.

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Tintin au pays des fascistes

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Léon Degrelle (1906-1994), chef de file des collaborationnistes wallons durant la seconde guerre mondiale, soutient, dans son autobiographie posthume, interdite pour négation de crimes contre l'humanité, avoir inspiré à Hergé son héros. Sébastien Bourdon, journaliste spécialiste de l'extrême droite, revient sur les relations qui ont toujours uni les deux hommes, sur la carrière d'Hergé, mise sur orbite par la presse pronazie, ses dessins antisémites, effacés au fil des rééditions mais toujours à la demande de son éditeur, ses amis qu'il accueillera au Journal Tintin pendant ses premières années, véritable « pépinière à collaborateurs ». Lui-même, à défaut de s'excuser, reconnaîtra avoir cru que « l'avenir de l'Occident pouvait dépendre de l'Ordre nouveau ». Alors, Tintin est-il fondamentalement un « défenseur des opprimés » ou un « sauveur blanc » ? Pour l'extrême droite, le doute n'est pas permis : il est bien « uno di noi » (l'un des nôtres). Et pour Bourdon, si ses aventures ne relèvent d'aucune idéologie, elles offrent bien une vision du monde « résolument fascisto-compatible ».

Voir en ligne : /2026/11/LONDON/70196

Divergences, Quimperlé, 2026, 180 pages, 16 euros.

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Manuel contre la mise en échec scolaire

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Partant du postulat que « la pédagogie est l'ensemble des stratégies d'affection », Nicolas Kaczmarek propose de remettre la pratique enseignante au centre des enjeux scolaires. L'auteur est professeur d'histoire et géographie et exerce depuis près de vingt ans en réseau d'éducation prioritaire (REP). Il entend rappeler que « le cœur du métier est d'enseigner des savoirs et savoir-faire avant tout disciplinaires », et entreprend de définir une école qui puisse être le « lieu de la joie de comprendre ». La construction d'un cadre d'apprentissage centré sur la compréhension collective et l'entretien de la capacité critique de l'élève envers le travail enseignant pourrait y contribuer. C'est d'ailleurs en situant le système scolaire dans la société actuelle et les rapports de domination qui la traversent qu'il expose ses réflexions en faveur d'une pédagogie de l'exigence intellectuelle et examine l'évolution de ses pratiques, gardant en ligne de mire une école de l'émancipation.

Voir en ligne : /2026/11/VESCOVI/70197

La Dispute, Paris, 2026, 160 pages, 15 euros.

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Au cœur de l'État pénal. Les avocats de la défense sous contrainte

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Que signifie défendre lorsqu'on se situe au cœur de l'État pénal ? À partir d'une enquête dans le milieu judiciaire marseillais, le sociologue Julien Larrègue a recueilli une vingtaine de témoignages d'avocats de la défense, qui vont composer un ensemble bien éloigné de l'image héroïque de l'avocat défenseur des libertés. Larrègue analyse les conditions concrètes dans lesquelles exercent les pénalistes : quête de crédibilité, dépendance à l'aide juridictionnelle, hiérarchies internes, rapports de genre et distance sociale avec la clientèle. Il souligne que le droit pénal ne s'applique pas de manière neutre mais cible prioritairement les classes populaires, les hommes racisés et les personnes précaires, et que les comparutions immédiates relèvent d'une « justice d'abattage ». Un paradoxe central : les défenseurs des justiciables les plus dominés contribuent à légitimer l'institution qui les juge. En éclairant les mécanismes ordinaires de la justice pénale, l'ouvrage montre comment elle contribue à reproduire les inégalités sociales tout en affirmant les principes de l'État de droit.

Voir en ligne : /2026/11/GARCIA/70192

Raisons d'agir, Paris, 2026, 208 pages, 24 euros.

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Ordures ! Journal d'un vidangeur

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« Ce travail impose des cadences et des contraintes physiques dignes des première et deuxième révolutions industrielles » : chaque jour au Québec, un helper peut passer jusqu'à quinze heures à l'arrière du camion poubelle, courir plusieurs dizaines de kilomètres et jeter à la benne 50 tonnes de déchets. Formé à la sociologie, l'auteur décrit son métier de vidangeur (d'éboueur, en français) : les conditions de travail en pleine canicule ou dans la neige montréalaise ; l'atmosphère particulière des runs de nuit ; le regard, entre indifférence et mépris, du « payeur de taxes », cet habitant qui jette près de 463 kilos de déchets chaque année. En brossant le portrait de ses collègues déviants ou drogués, rencontrés au gré du turn-over permanent dans les entreprises auxquelles les municipalités sous-traitent la collecte des déchets, il raconte l'usure des corps, mais aussi la fierté du dépassement de soi et de l'utilité sociale. Un moyen de rendre hommage à ceux qui se confrontent aux détritus de la société de consommation : « Le vidangeur fait disparaître le papier et le plastique, et avec eux la mauvaise conscience du bourgeois. »


Lux Éditeur, Québec, 2026, 144 pages, 14 euros.

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Ma vie sans moi, suivi de Fragments

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« Ne pas être de mon temps, ne pas être de ma vie ! » Le poète Armand Robin (1912-1961), qui fut un temps « écouteur » au ministère de l'information, est mort un soir entre les mains de la police, d'une façon encore mystérieuse. Deux amis sauvent alors trois valises de papiers dans l'appartement qui doit être vidé. Ces textes, mêlés par d'ingénieuses constructions éditoriales aux poèmes d'un recueil intitulé Ma vie sans moi, ont servi à constituer la légende d'un poète maudit. C'est contre cette légende que s'élève Françoise Morvan, qui propose cette nouvelle édition d'une partie des œuvres de Robin. Le présent volume rétablit l'intégralité de Ma vie sans moi, dont ses traductions de Vladimir Maïakovski, Sergueï Essénine, Rainer Maria Rilke ou encore Julian Tuwin — car Robin, étonnant polyglotte, a beaucoup traduit : « Par le choix de mots / Reproduire une âme parallèle / Être avec elle jusqu'au bout de sa route. » La deuxième partie, consacrée aux fragments, donne à voir et à comprendre le travail d'un homme qui, après avoir cherché à s'affranchir et traverser toutes les frontières, notamment linguistiques, se sentit brisé, « objet sans sujet ».


Gallimard, Paris, 2026, 416 pages, 11,40 euros.

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Atoll Circus. Voyages à Clipperton

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Véritable laboratoire de biodiversité à ciel ouvert, l'îlot français de Clipperton, situé au cœur du Pacifique nord, à 1 300 kilomètres des côtes du Mexique, a vu son intérêt géopolitique, stratégique et scientifique longtemps sous-estimé par nos gouvernants. Fort de quatre expéditions réalisées entre 2001 et 2023, Stéphane Dugast, membre de la Société des explorateurs français, revient sur l'histoire de ce bout du monde, véritable petite épopée où défilent explorateurs, pirates, militaires, narcotrafiquants, savants, journalistes, radioamateurs, aventuriers et même un « roi fou ». Les Mexicains s'y établirent durant plusieurs décennies et en revendiquèrent la souveraineté, avant l'arbitrage définitif du roi italien Victor-Emmanuel III en 1931 : les Américains y installèrent une station météorologique et une piste pour hydravions. Quant aux Français, ils y menèrent de nombreuses missions, militaires puis scientifiques, sans jamais s'y établir durablement, en dépit des nombreux enjeux : droits de pêche, protection des ressources terrestres et maritimes, avant-poste du changement climatique…

Voir en ligne : /2026/11/CLASTRES/70162

Éditions du Trésor, Paris, 2026, 224 pages, 21 euros.

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Le droit en armes. Lawfare et sécurité nationale aux États-Unis

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À rebours des lectures qui opposent mécaniquement État de droit et raison d'État, cette enquête montre comment les autorités américaines font du droit un outil de puissance. À partir d'une recherche fouillée portant sur le ministère de la justice, le politiste Mark Corcoral analyse comment l'exécutif s'affranchit parfois des principes fondamentaux : dignité humaine, respect de la vie privée, présomption d'innocence… La démonstration met en lumière le rôle singulier de l'attorney general, à la fois ministre, avocat-conseil de l'État fédéral et procureur général. Cette position lui permet d'imposer des pratiques controversées (quand elles ne sont pas illégales), de l'extension de la surveillance après le 11-Septembre à la torture de personnes suspectées de terrorisme. Le livre éclaire aussi comment les procureurs font de la justice un instrument de sécurité nationale, notamment en facilitant l'inculpation de cyberattaquants supposés servir des États adverses. Une contribution stimulante à l'étude des rapports entre droit, sécurité et puissance.

Voir en ligne : /2026/11/BONZON/70163

PUF, Paris, 2026, 224 pages, 25 euros.

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Rio Confidential. Qui a tué Marielle Franco ?

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Quelques mois avant l'élection en 2018 de M. Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil, une jeune conseillère municipale de gauche, Marielle Franco, est assassinée à Rio de Janeiro, le fief de la famille du « capitaine » d'extrême droite. Ce crime politique est le sujet de cette enquête, où l'auteur interroge les principaux acteurs de l'affaire et examine chaque dossier judiciaire. Dans les méandres de la « ville merveilleuse », il retrace le parcours de cette femme née dans la favela du Complexo da Maré, mais également celui de ses meurtriers, liés aux milices. Ces groupes paramilitaires recrutent parmi les membres de la police et soumettent par la terreur des quartiers entiers. Plongé dans le monde interlope carioca, le lecteur découvre comment une militante a gêné des intérêts criminels en défendant les habitants rackettés quotidiennement. Et par quel cheminement, grâce à un accord passé avec les tueurs, la police a identifié les commanditaires de l'homicide. Objet des attaques de l'extrême droite avant sa mort, Franco est devenue le symbole de la résistance populaire contre cette mouvance.

Voir en ligne : /2026/11/VIGNA/70164

Éditions HarperCollins, Paris, 2026, 352 pages, 19,90 euros.

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MRs Gargantua. Reports from Cuba

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Dans un récit aussi captivant que savant, le reporter britannique J. S. Tennant nous entraîne au cœur d'une longue marche à travers cinq siècles d'histoire cubaine, de la « découverte » colombienne à l'éphémère dégel de l'ère Obama. Au récit de voyage se mêlent chronique de la vie politique de l'île, miscellanées d'histoire naturelle, méditations sur les mythes et le folklore hispano-caribéens. Conquistadors et missionnaires côtoient chamans indiens et esclaves émancipés, romanciers célèbres et révolutionnaires, riches héritières et anciens détenus de Guantánamo — sans oublier les héroïques vaches laitières du régime castriste. À la description des paysages répond celle d'une population prise, génération après génération, dans les ambitions des puissances extérieures — le cruel embargo américain n'étant, rappelle Tennant, que l'ultime épisode d'une longue histoire d'oppression occidentale. Cette érudition buissonnière brosse un tableau bien éloigné des images convenues, et on en recommanderait volontiers la lecture aux jeunes diplomates en partance pour La Havane… si seulement l'horizon d'une normalisation ne paraissait pas aujourd'hui aussi lointain.

Voir en ligne : /2026/11/BARNAY/70165

William Collins, Londres, 2026, 352 pages, 24 euros.

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Le virus invisible. Essai sur la désinformation en Afrique

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Si les fausses informations sont un fléau universel, l'Afrique en fait particulièrement les frais. La journaliste franco-congolaise Dominique Tchimbakala, longtemps figure de TV5 Monde, décrypte ce qu'elle qualifie de « véritable virus ». La vulnérabilité du continent provient, notamment, de la fragilité du tissu médiatique (un « désert informationnel ») et de l'utilisation très étendue des plates-formes numériques — « La désinformation s'est industrialisée avec le téléphone portable » ; ses richesses en font un enjeu économique et la cible des campagnes de désinformation venues de Russie, de Chine ou d'anciennes puissances coloniales. Mobilisant exemples et anecdotes, Tchimbakala analyse les ressorts sociaux et psychologiques de la propagation du « virus », comme la « cécité militante » ou l'« indifférence calculée » des pouvoirs publics. Elle met en garde contre les illusions d'un fact checking sans moyens et appelle à « réapprendre collectivement (…) ce qu'est vraiment le journalisme ». Selon elle, l'Union africaine doit contribuer à relever ce défi éducatif, culturel et social.

Voir en ligne : /2026/11/ROBERT/70166

Riveneuve, Paris, 2026, 190 pages, 10,50 euros.

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Géopolitique de l'Afrique

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Dans cette troisième édition mise à jour, la politiste Sonia Le Gouriellec, de l'Université catholique de Lille, conserve son approche transversale mais enrichit ses « études de cas ». Elle note que, si de nombreuses régions connaissent des périodes de paix, l'Afrique compte plus de la moitié des conflits armés actifs dans le monde, soit entre 28 et 30 conflits « étatiques ou internationalisés » sur les 59 dénombrés par le Global Peace Index en 2025. Autre constat développé dans son chapitre « La quête de l'unité » : les États africains occupent 54 des 193 sièges à l'Assemblée générale des Nations unies, qui élit, tous les deux ans, trois d'entre eux pour siéger au Conseil de sécurité en tant que membres non permanents. Ce poids numérique permet au continent d'« exercer une influence et de faire entendre sa voix » dans les débats sur l'élection du secrétaire général et la réforme de l'institution. Un fait majeur de la dernière période reste cependant curieusement absent de cette réédition : les ambitions régionales des juntes militaires coalisées du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger).

Voir en ligne : /2026/11/PIOT/70167

PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris, 2026, 128 pages, 10 euros.

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Comores-Mayotte. Une histoire néocoloniale

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L'erreur de la plupart des médias et des responsables politiques, en France, est de ne considérer Mayotte que comme un territoire français extrait par magie, sinon exclu, de son histoire et de sa géographie, et, ce faisant, d'ignorer le droit international. Dans une édition actualisée de son essai de 2003, Pierre Caminade, chercheur indépendant et militant à Survie, brise ce récit : malgré la séparation de 1975, toutes les îles de l'archipel des Comores ont une histoire commune, polluée par les multiples ingérences françaises menées de part et d'autre de la frontière. Méticuleusement, il décrit les manœuvres de Paris pour « garder » Mayotte et les barbouzeries qui ont fragilisé le nouvel État indépendant des Comores, tout en rappelant les condamnations internationales récurrentes. Pour mettre fin à ce qu'il qualifie d'« échec », Caminade propose une « troisième voie » qui offrirait à Mayotte une « grande autonomie, avec des coopérations avec les deux systèmes, français et comorien », une option « très présente dans les débats des élites mahoraises dans les années 1960 ».

Voir en ligne : /2026/11/CARAYOL/70168

Agone, Marseille, 2026, 256 pages, 11 euros.

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Vers une disparition de la gauche en Europe centrale ?

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Rejetés dans les limbes électoraux ou tentés par les démons du nationalisme, les partis de gauche vont mal en Europe centrale et orientale. Issus des anciens appareils communistes, certains ont porté beau jusque dans les années 2000 (Bulgarie, Pologne). Mais l'effondrement, surprenant, touche désormais tous les pays concernés : Hongrie, République tchèque… En cause, le ralliement de ces partis aux politiques néolibérales, au nom de leur orientation proeuropéenne. Certaines formations ont, comme en Bulgarie ou en Slovaquie, cru trouver le salut (électoral) en se ralliant au conservatisme prorusse, antiféministe et anti-LGBT. Le Parti social-démocrate roumain a ainsi rejeté l'« idéologie progressiste » pour défendre les « valeurs traditionnelles ». Une évolution qui « produit des effets systémiques sur l'Union européenne », en renforçant les forces conservatrices, voire l'extrême droite. L'alternative viendra peut-être d'une nouvelle gauche, écologiste et proche des mouvements sociaux, comme Levica en Slovénie, Možemo ! en Croatie ou Razem en Pologne.

Voir en ligne : /2026/11/DERENS/70169

Le Bord de l'eau, Carignan-de-Bordeaux, 2026, 106 pages, 15 euros.

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Sur la piste minérale. Enquête sur la filière du sable en Asie du Sud-Est

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Le sable et sa filière ? On n'en parle pas, encore moins aux étrangers. Intriguée par cette affirmation d'un commandant de bateau aux environs de Phnom Penh, la chercheuse Dolorès Bertrais décide d'explorer les cheminements de cette ressource, depuis le Mékong jusqu'aux amoncellements dans les rues de la capitale cambodgienne et à sa transformation en béton afin de bâtir immeubles, routes et autres infrastructures… Elle mesure ainsi l'ampleur de la « production urbaine néolibérale granulaire ». Ici, on drague ; là, on comble des lacs, pourtant essentiels à la gestion des inondations ; plus loin, on remblaie sur le fleuve. Le travail du sable est un marqueur capitalistique d'une ville qui, à partir des années 2018, s'est transformée à vive allure, comme saisie d'une frénésie dantesque au service de la production de foncier, extrêmement rentable. Au centre de l'ouvrage, l'auteure dessine son enquête ethnographique et donne à voir ce que le déplacement de ces tonnes de matière première charrie comme bouleversements : « Les injustices spatiales et environnementales augmentent à mesure que le sable sort de son lit. »

Voir en ligne : /2026/11/CHAUMEAU/70170

MētisPresses, Lausanne, 2025, 208 pages, 23 euros.

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L'ère de l'Indo-Pacifique, chimère ou réalité durable ?

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Quel est le positionnement de puissances et entités régionales à l'égard de la notion d'Indo-Pacifique ? Japon, Chine, États-Unis, Inde, Association des nations d'Asie du Sud-Est (Anase), Russie et Union européenne retiennent des définitions et des priorités stratégiques différentes pour cet espace. Mais tous ces acteurs, à l'exception de Pékin et de Moscou qui récusent le terme même, s'accordent sur la nécessité de « contenir », voire « contrebalancer » la puissance chinoise, et sur la centralité de l'Anase. Ce que la Chine perçoit clairement. Plutôt qu'entrer dans une logique de « nouvelle guerre froide », les pays de l'Anase préfèrent maintenir un équilibre entre Pékin et Washington, tandis que le Japon, l'Inde et l'Union européenne sont plus proches de la ligne américaine. La Russie soutient quant à elle le point de vue chinois, sans nécessairement adhérer à sa vision.

Voir en ligne : /2026/11/GUYONNET/70171

Presses de l'université du Québec, Québec, 2026, 306 pages, 34 euros.

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Allemagne 1918-1923. Leçons d'une révolution fusillée

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À l'heure où il est sans cesse question de la République de Weimar et de sa chute, Anne Deffarges offre un éclairage différent sur la période en brossant un tableau détaillé des mouvements sociaux et des luttes du mouvement ouvrier. Loin de circonscrire la tentative de révolution à 1918-1919 et à l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, comme il est de règle dans l'historiographie scolaire, elle l'étend aux cinq années allant de la mutinerie des marins de Kiel à l'insurrection de Hambourg de 1923. Elle montre combien le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), par hostilité au bolchevisme, s'opposa à tout dépassement du régime parlementaire « libéral », sans voir que le danger principal résidait dans l'armée, les forces économiques et les mouvements nationalistes dont le nazisme offrit un précipité chimique. Elle met en lumière la manière dont les insurrections successives et dispersées ont échoué, faute d'une organisation politique capable de les coordonner. Le groupe spartakiste, opposé au SPD, rallié en 1914 à l'« union sacrée », ne se constitue en Parti communiste (KPD) qu'en décembre 1918, alors que la révolution est en cours.

Voir en ligne : /2026/11/ALBERA/70158

Atlande, Neuilly-sur-Seine, 2026, 432 pages, 21 euros.

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La Gueule ouverte et l'écologie contestataire

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Si « l'atome est la matrice » de La Gueule ouverte, le « journal qui annonce la fin du monde », né dans le giron de Charlie Hebdo en 1972, traita de toutes les questions qui agitaient alors le mouvement écologiste. Au-delà de son fondateur, Pierre Fournier, qui disparaît au bout de trois numéros, on retrouve de nombreuses autres signatures dans les pages de ses 314 numéros parus en huit ans : de Bernard Charbonneau à Françoise d'Eaubonne, en passant par Reiser et Isabelle Cabut. Entre les nombreux déménagements et les difficultés financières, les engueulades, la cohabitation entre les (rares) journalistes professionnels et les militants, cette saga éditoriale est évoquée avec concision mais précision. Une sélection de textes complète cette histoire, illustrant les débats dont la rédaction fut une véritable caisse de résonance : les luttes antinucléaires, les combats féministes, la non- et la contre-violence, sur fond de société industrielle aux aménagements divers, nourrie par son culte du progrès. L'ensemble a une portée didactique, comme tous les volumes de cette collection consacrée aux « précurseur·ses de la décroissance ».

Voir en ligne : /2026/11/LONDON/70159

Le Passager clandestin, Lorient, 2026, 128 pages, 12 euros.

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Avec Piazzolla

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Journaliste et écrivain argentin, Alberto Speratti (1942-1991) a découvert la musique d'Astor Piazzolla (1921-1992) au début des années 1960. Ce dernier est alors controversé. Pour écrire ce livre paru initialement en 1969, Speratti rencontre le compositeur et bandonéoniste une dizaine de fois entre juillet et octobre 1968. Piazzolla a 47 ans et vient de créer avec succès son opéra María de Buenos Aires. Le livre mêle récit chronologique et extraits de conversations avec Piazzolla qui en précisent et complètent le propos. On découvre son milieu, son enfance d'émigré à New York ; les péripéties d'une carrière commencée très tôt ; l'importance de l'année passée à Paris à étudier auprès de Nadia Boulanger, qui a eu sur lui une influence majeure, comme le compositeur argentin Alberto Ginastera ; ses goûts littéraires (Roberto Arlt) et musicaux (le jazz, Igor Stravinsky), etc. Si le livre ne couvre pas la carrière ultérieure d'Astor Piazzolla, il n'en demeure pas moins nécessaire pour découvrir l'inventeur du tango nuevo : une fois la dernière page tournée, on peut penser que le lecteur ira tout naturellement écouter ses standards.

Voir en ligne : /2026/11/JACQUIER/70160

Allia, Paris, 2026, 176 pages, 14 euros.

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Chassol - Reich

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Fondé cette année, le label Matière noire souhaite « faire vivre la création contemporaine avec joie » en enregistrant des œuvres de compositeurs vivants, figures du XXe siècle ou créateurs actuels. Son premier volume associe l'Américain Steve Reich, pionnier de la musique minimaliste dans les années 1960, et le Français Christophe Chassol, auteur de pièces audiovisuelles dont les orchestrations sont harmonisées avec des sons du réel (par exemple, des sketchs de stand-up sur son récent album Funny How ?) ; le second revendiquant l'influence du premier. Pour cet album fougueusement interprété par l'ensemble Miroirs étendus que dirige Fiona Monbet, le choix s'est porté, dans le répertoire de Reich, sur City Life (1995), un standard dont les cinq mouvements sont tissés de hautbois, clarinettes, cordes… et hérissés de bruits collectés dans les rues de New York (klaxons, sirènes, éclats de voix). En miroir, Paris noir (2024) de Chassol — au piano — sample un guide-conférencier sur les traces des penseurs de la négritude dans le Quartier latin. « Le nègre vous emmerde », citation d'Aimé Césaire mise en boucle, produit un motif musical aussi malicieux qu'éloquent.

Voir en ligne : /2026/11/DELHAYE/70161

Matière noire, 2026, CD 15 euros, numérique 8 euros.

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